"Viens, Seigneur"

(Jn 1,14)

 

 

Le Christ est venu sur la terre : comment se fait-il qu'il nous faille l'attendre encore ?
Écoutons, durant l'Avent, la réponse de l'Église qui peut relire l'Ancien Testament à la lumière de ce que le Fils de Dieu a pu apporter au monde, et qui, dans sa liturgie, nous rappelle les trois avènements du Christ.  

²   Premier avènement : le Christ  est venu dans la chair.

Dès l'aurore de l'humanité, Dieu promet la victoire à un fils de la femme : "Dieu dit au serpent ; Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien ; il t'écrasera la tête" (Gn 3,15).
Puis, tout au long de l'histoire de son Peuple élu, Dieu ne cesse de préciser les traits du Sauveur à venir : il sera fils d'Abraham le Croyant, il sera pris dans le peuple de l'Alliance, dans la tribu de Juda (Gn 49,10).

Vient le prophète Nathan, qui proclame que le Roi futur sera descendant de David (2 Sm 7).

Et désormais les hommes de Dieu entretiennent au cœur des Israélites fidèles l'espérance en un Messie, lieutenant de Dieu sur la terre. Il naîtra d'une Vierge (Is 7,14) ; il sera l'Emmanuel, "Dieu avec nous".

"Un enfant nous est né, chante Isaïe, un fils nous a été donné ; il a reçu l'empire sur les épaules ; on lui donne ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince de la paix. Étendu est son empire dans une paix infinie" (Is 9,5).
Sur ce rejeton de Jessé (père de David) "l'Esprit de Dieu reposera" (Is 11,2) ; le "Germe" d'Israël naîtra à Bethléhem (Mi 5,2), et l'avènement du nouveau roi inaugurera une ère de joie et de bonheur communautaire : "On ne fait plus de mal ni de ravages sur toute ma montagne sainte, car le pays est rempli de la connaissance de Dieu comme les eaux comblent la mer" (Is 11,9).

"Et le Verbe s'est fait chair, et il a planté sa tente parmi nous". Il est venu chez les siens, sans bruit, sans éclat ; et les siens ne l'ont pas reçu. Seuls l'ont attendu, reconnu et aimé, ceux qui avaient gardé une âme de pauvre, qui s'avouaient pécheurs et qui espéraient tout de Dieu : la vie et le courage.
Le Messie vient pour ceux qui savent espérer, pour les fidèles, c'est-à-dire ceux qui persévèrent dans l'amour.

² Deuxième avènement : le Christ vit dans l'Église et dans le cœur des chrétiens.

"À tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1,12).

Par sa vie, sa mort et sa résurrection, le Christ a fait de nous les membres de son Corps, les rameaux d'une Vigne unique. Nous vivons tous, et tous ensemble, de sa Vie ; ensemble nous sommes sous la mouvance de son Esprit ; en Église, nous faisons retour au Père. C'est un avènement continu que le Christ poursuit dans son Église. Il veut y être toujours plus agissant, toujours plus Seigneur.
De même en chaque chrétien le Royaume du Messie, depuis le baptême, cherche à s'étendre ; son amitié veut conquérir tous les secteurs de notre activité : métier, loisirs, vie familiale.
Mais le Christ ne s'impose pas, il se propose : "Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui, et lui près de moi" (Apoc 3,20). Il s'agit donc d'ouvrir, de nous ouvrir à Celui qui vient.

La liturgie nous fait contempler Marie, modèle de l'accueil. Elle a voulu être la Servante, et Dieu a regardé son humilité ; elle est restée affamée, et Dieu l'a rassasiée : le Tout-Puissant a fait en elle de grandes choses.
Autre grande figure qui éclaire notre Avent : le Précurseur Jean-Baptiste. C'est un passionné, qui prêche le sérieux de la vie et la nécessité de se convertir …"car déjà la cognée est à la racine de l'arbre" ; c'est un réaliste qui croit au devoir d'état, à l'honnêteté en affaires, à l'entraide fraternelle (Lc 3,10-14), un intransigeant qui ne vit que pour le témoignage. C'est aussi un humble qui s'efface devant le Seigneur ; là réside le secret de sa force : "il faut qu'Il croisse, et que moi, je diminue".

²   Troisième avènement : le Christ reviendra dans la gloire.

Le mystérieux Fils de l'Homme, que Daniel voyait descendre à la fin des temps sur les nuées du ciel, c'est notre Christ glorieux, toujours vivant à la droite du Père, intercédant pour nous, et qui viendra parachever son œuvre, juger le monde et instaurer les cieux nouveaux et la nouvelle terre.
Nul ne peut ni ne doit calculer l'époque du retour de Jésus : "Ce n'est pas à vous de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins, jusqu'aux confins de la terre"    (Act 1,8).
Donc nous n'avons pas à prédire, mais à préparer le dernier avènement.

Dès maintenant, l'histoire des hommes marche à la rencontre de la Gloire du Christ, si toutefois nous demeurons fidèles à notre vocation de chrétiens : d'abord et avant tout sauver le monde en le pénétrant de la loi du Christ et de sa vie ; et en même temps aménager le monde pour en faire hommage au Père, pour que tous les hommes puissent y vivre en fils de Dieu et s'y préparer à l'ultime dialogue.

"Tout est à vous,
  mais vous êtes au Christ,
  et le Christ est à Dieu" (1 Co 3,23).

 

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