"Voici la Servante !"

(Lc 1,38)

Fêter son jubilé sous le signe de l'Annonciation, c'est replacer le Dieu-Trinité au cœur du destin de Marie et au centre quotidien de la vie d'une moniale.

² Au jour de la Visite de l'Ange, Marie a remis toute sa vie entre les mains du Père. "Voici la Servante du Seigneur" : c'était à la fois un constat et une offrande ; c'était une parole qui regardait à la fois vers une belle fidélité, déjà passée, et vers un avenir qui s'annonçait plein de mystère. "Qu'il me soit fait selon ta parole", ajoute Marie ; et par là elle se voue tout entière à la volonté de Dieu, sans savoir d'avance par quels chemins Dieu la fera passer ni quelle nouveauté Il inventera dans sa sagesse, imprévisible et déroutante pour nous, qui ne pouvons regarder qu'avec nos yeux humains.

Votre vie, ma Sœur, a souvent côtoyé l'imprévisible, parce que vous avez voulu que Dieu, en vous et avec vous, puisse accomplir toute sa volonté. Les questions, les changements, les exodes ont été votre lot. Et pourtant, c'était bien le chemin que Dieu préférait pour vous. Aujourd'hui encore, c'est la voie sur laquelle "Dieu est avec vous"; car on reste près de Dieu, quand on ne désire plus d'autre "nourriture" que de faire sa volonté. Pour ne pas quitter la route semée de si petites choses, de si grands oublis de soi, vous continuez de serrer ce que Pierre appelait "la main puissante du Père", et cela vous rend heureuse, car après déjà tant d'années, vous restez sa fille et cherchez "à faire toujours ce qui Lui plaît".

² Sur cette route de l'obéissance, vous rejoignez le Fils et vous partagez son destin. "En entrant dans ce monde", ce jour même de l'Annonciation, il disait au Père : "Tu m'as donné un corps. Me voici, pour faire ta volonté". C'est le moment où le Fils de Dieu a commencé à grandir en Marie, et c'est aussi le moment où Marie a commencé à grandir en son Fils. Avec lui elle a tout partagé : trente ans de paix à Nazareth, puis les trois ans où Jésus, un peu partout, a été "un signe en butte à la contradiction", et enfin les heures terribles du Calvaire, où elle a donné son Enfant à Dieu avant que Dieu la donne pour mère à ses autres enfants.

À l'image de Marie, ma Sœur, vous êtes entrée dans le destin de Jésus, et son Visage, patiemment cherché, a illuminé votre route au Carmel.
Quand des croix imprévues se présentaient,
quand des occasions survenaient de vous effacer et de préférer la volonté des autres,
quand des circonstances vous rappelaient que la voie de l'humilité
est celle qui, au Carmel, creuse les sillons les plus profonds et les plus larges,
l'exemple de Jésus vous apportait toujours la paix et le bonheur, avec la certitude que Dieu voit dans le secret.

² Plus Marie reproduisait l'image soumise de son Fils, et plus elle "se laissait à l'Esprit".
Plus elle entrait, comme Jésus, dans la volonté du Père, et plus "la Puissance du Très-Haut faisait ombre sur elle".
Les"grandes choses" que Dieu faisait pour elle la trouvaient toujours plus douce et plus prête à servir. Il lui arrivait de se demander : "Comment cela se fera-t-il ?", mais elle retrouvait très vite sa paix et sa certitude, en songeant que l'Esprit Saint demeurait la force efficace de Dieu.

De même bien souvent, ma Sœur, quand vous vous interrogiez sur les voies du Seigneur, surprenantes et déroutantes, vous entendiez le "gémissement" de l'Esprit, qui redisait en vous : "Abba, Père" et vous donnait le sens de tous les dévouements, de tous les services et de tous les oublis de vous-même.
Comme il est bon, comme il est apaisant, quand les années ont passé, de fouler encore avec Marie le sentier des Béatitudes, sous la conduite de l'Esprit Saint. Marie est là pour témoigner, avec nous, que Dieu est fidèle et "qu'Il se souvient de son amour".
Il se souvient, comme au premier jour, des promesses que vous lui avez faites, mais aussi de l'engagement qu'il a pris de vous rendre heureuse dans le don de vous-même.

 

 

 

 

Page d'accueil

 

Homélies nouvelles