Soixante-dix ans de vêture

Jn 5,21; 6,63

 

 

 

 

Après soixante-dix ans de fidélité du Père des miséricordes,

après bien des joies et bien des angoisses,

après tant de marches au désert pour la pensée et pour le cœur,

vous voici ce matin, ma Sœur, lasse de la route et "toute éveillée dans votre foi",

vous voici, comme au premier jour de votre don "fléchissant le genou devant le Père"

pour retrouver dans l'adoration la jeunesse de votre âme,

pour faire monter, comme un sacrifice du soir, votre action de grâces vers Dieu,

qui vous a donné, jour après jour, de devenir son enfant.

 

²  Qu'il est bon, à l'âge des pesanteurs et des impuissances,

d'expérimenter, avec une paix nouvelle, la force de l'Esprit.

Qu'il est réconfortant de sentir à l'œuvre le Paraclet,

nous conduisant par ses chemins nouveaux à la vérité tout entière,

nous ramenant avec douceur à l'eau vive de notre baptême,

et nous remémorant les paroles de Jésus,

alors que tant de choses vaines s'enfuient de notre mémoire.

Qu'il est consolant, alors que notre être extérieur se déconstruit d'année en année,

de percevoir la puissance de l'Esprit structurant en nous l'être intérieur,

en vue de la Rencontre.

 

²  Certes, en même temps que l'âge grandissent notre lucidité et notre réalisme.

Nous mesurons mieux la part de misère qui résiste à nos efforts,

les trésors d'indulgence que réclame la vie commune,

et la nécessité pour nous de garder les mains vides.

Mais alors même que notre pauvreté se fait à nos yeux plus évidente,

l'Esprit, par sa puissance, assure en nous la victoire de Jésus.

Il fait habiter le Christ, par la foi, dans notre cœur,

il nous donne d'accueillir le Verbe Lumière qui, en venant dans le monde, veut illuminer tout homme,

il enfonce nos racines dans l'amour, dans l'unique sol de l'amour,

afin que nos dernières fleurs, nos dernières frondaisons, et tous les fruits de notre automne

se nourrissent de la tendresse de Dieu et réjouissent ceux que Dieu aime.

 

²  C'est Lui, l'Esprit zôopoioun, l'Esprit qui rend vivant,

 

c'est Lui, ma Sœur, qui vous donne aujourd'hui encore la force pour l'essentiel,

la force de saisir avec tous les sanctifiés ce qu'est le mystère du Christ.

C'est l'Esprit qui, à longueur d'oraison, même aride,

agrandit votre cœur aux dimensions de ce mystère du Fils de Dieu.

C'est Lui, l'Esprit de vérité, qui vous fait entrer sans peur dans l'amour du Christ,

bien qu'il surpasse toute connaissance, qu'il déroute tout désir et qu'il échappe à toute prise.

C'est l'Esprit qui vous prépare à la vie, 

c'est Lui qui vous donne de pressentir la gloire, si lointaine et si proche,

et de la guetter patiemment, passionnément, sur le visage du Fils Unique

telle qu'Il la reflète lui- même,

 telle qu'il la tient du Père, plein de grâce et de vérité.

 

La route a été longue, ma Sœur : continuez de marcher,

sans vous lasser de l'espérance.

Cherchez la lumière pour ceux qui ne l'ont jamais trouvée.

Accueillez la miséricorde au nom de ceux qui n'osent plus la demander.

 

²  Votre corbeille est déjà bien pleine,

car Dieu l'a remplie des fruits que Lui seul connaît :

avancez encore, les mains vides, vers la plénitude de Dieu.

 

Gardez de grands désirs, à la mesure même de votre pauvreté,

car le Dieu de votre appel met sa joie à dépasser infiniment ce que vous pouvez Lui demander

et ce dont vous rêvez pour son amour et pour son service.

 

Donnez tout, comme vous avez voulu tout laisser

au jour où Il vous a revêtue du manteau de la justice.

Donnez tout le passé, et ce qu'il reste à vivre ;

faites tout passer à Dieu dans cette Eucharistie,

et chantez-Le, vivez dans l'action de grâces,

 

car son amour est bâti pour toujours, et sa fidélité plus stable que les cieux.

 

A Lui la gloire dans l'Église et le Christ Jésus .

 

 

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