"Je suis la résurrection et la vie"

Jn 11,19-27

 

 

 

La liturgie d'aujourd'hui nous laisse le choix entre le texte de Luc (10,38-42) sur la rivalité des deux sœurs, si finement analysée par NM Ste Thérèse (Excl.Ve), et le texte de Jn (11,19-27), sur Marthe confrontée au mystère de la résurrection, que nous allons méditer ensemble.

Il a fallu trois étapes à Marthe et elle n'a pas rejoint totalement la pensée de Jésus.

 

²  La première, c'est le retour à la vie de son frère Lazare. L'arrivée de Jésus a été saluée par un reproche affectueux, celui-là même que Marie, selon le texte de Jean, reprendra dans les mêmes termes, probablement parce que les deux sœurs en avaient parlé ensemble :"Seigneur, si tu avais été là". Notons bien qu'il s'agit du retour à la même vie, auprès de ses sœurs et de tous ses amis ; et ce n'était là qu'une ébauche et une image lointaine de ce que Jésus voulait donner. Certes, on s'est réjoui de voir Lazare reprendre sa place parmi les convives, on s'est émerveillé de le voir manger de si bon appétit, mais après quelques années il est mort de nouveau, et pour toujours : il est "re-mort" en quelque sorte.

 

²  Le second niveau a été atteint par Marthe dans sa réponse à Jésus :"Je sais qu'il ressuscitera lors de la résurrection"". Bien que la thèse de la résurrection des corps fût entrée tardivement dans la théologie d'Israël (Dn 12,2), elle était reçue même par le commun du peuple au temps de Jésus, sous l'influence des Pharisiens. Mais dans l'esprit des gens - et donc de Marthe – il fallait attendre jusqu'au dernier jour pour voir cette merveille de la puissance de Dieu.

 

²  Le sommet est rejoint dans l'affirmation de Jésus :"Je suis la résurrection et la vie". Là nous tenons la résurrection vraie, totale et définitive. Non seulement "il faut que cet être corruptible revête l'incorruptibilité" (1 Co 15,53), non seulement Dieu "donnera la vie à nos corps mortels" (Rm 10,11),

mais "la vie de Jésus sera manifestée dans notre chair mortelle" (2 Co 4,11), et dès la présence de Jésus sur terre la résurrection et la vie éternelle sont encloses et présentes dans sa Personne. Sans exclure la résurrection finale, Jésus affirme que se réalise présentement ce que Marthe attend pour le dernier jour.

Tout cela est recouvert par le voile du mystère. "Celui qui croit en moi, même s'il meurt vivra", dit Jésus, et celui qui croit en Lui ne mourra jamais de la "seconde mort"; branché par la foi sur la vie éternelle, quand il sera mort à cette terre il continuera cette vie en Jésus.

 

²  Nous comprenons dès lors tout ce que Jésus, à travers Marthe, voudrait dire à la consacrée d'aujourd'hui. Marthe était l'amie de Jésus, elle se voulait toute dévouée à Jésus, et croyait à son intercession. Mais dans son deuil elle disait :"trop tard" : il aurait fallu, selon elle, que Jésus fût présent localement, avant la mort, et intercède. Quand Jésus lui parle de résurrection, elle dit :"plus tard", et renvoie tout à la fin du monde. Or Jésus l'aurait voulue tout ardente dans sa foi, et accueillant déjà en Lui toute vie et toute résurrection.

 

De même Jésus pourrait trouver notre foi encore bien timide. Certes, nous croyons que notre corps ressuscitera : "nous savons", comme dirait Marthe. Mais Jésus voudrait que notre regard s'attache à Lui, et que dès aujourd'hui nous adorions en Lui la force de nous ressusciter. Ce dont nous vivons et ce que nous expérimenterons, la vie nouvelle et la résurrection de notre corps, sont déjà en Lui prêtes à être admirées, adorées, reçues et chantées :"Je suis la résurrection et la vie ; crois-tu cela ?"

 Même si nous avons donné notre vie au Seigneur, aujourd'hui il s'agit de croire et d'aimer, aujourd'hui il s'agit de tout attendre du Christ, aujourd'hui par la foi nous pouvons Le rejoindre dans son mystère et puiser en Lui la vie éternelle. Par la foi, nous pouvons vivre au présent ce que nous vivrons dans le futur.

"Ce que je vous demande, disait Sainte Thérèse, c'est de Le regarder".

 

 

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