La source du Temple

Ez 47

 

 

 

 

 

Prenons ce matin pour guide le prophète Ézéchiel. C'est lui qui va nous introduire dans le mystère de la présence de Dieu et de l'action vivifiante du Christ ressuscité.

L'eau jaillit de dessous du Temple, et c'est toujours au Temple qu'il faut revenir si nous sommes en quête de vie et d'amitié, mais désormais il n'y a plus de Temple matériel et c'est du Christ ressuscité que sort l'eau vive pour nous et pour le monde.

 

²    Une première expérience nous attend avec l'homme mystérieux qui mesure au cordeau, en s'en allant toujours vers l'orient. Mille coudées, et l'eau nous arrive aux chevilles ; mille coudées encore, et l'eau nous monte jusqu'aux genoux. Mille coudées encore, et la difficulté augmente : nous avons de l'eau jusqu'aux reins. Encore mille coudées, et l'eau "a grossi pour devenir une eau profonde, un fleuve infranchissable". Même en nageant on ne saurait traverser.

 

C'est l'image de la grâce et de notre découverte. Au début, nous comptons sur nos propres forces, et nous avons pied partout. Même quand la grâce nous arrive jusqu'aux reins, nous croyons encore que nous arriverons à traverser, et nous redoublons d'efforts, et d'illusions sur nos forces. Vient le moment où il faudrait nager, mais nous devons lucidement à atteindre l'autre bord, car on ne franchit pas la grâce, on ne force pas à soi seul le passage vers la rive de la totale amitié, que Dieu réserve pour l'au-delà.

 

²    "As-tu vu, fils d'homme ?" As-tu compris, fils d'homme, qu'un moment vient toujours où il faut s'abandonner au courant, renoncer à traverser avec ses seules forces, et attendre du Christ seul le salut et la paix ?

Mais le Seigneur nous fait lever les yeux sur ce torrent qui d'abord nous est apparu comme une limite à notre liberté, à notre volonté de traverser par nous-mêmes. Ce torrent trop profond est en réalité la grâce dans notre vie. Nous ne devenons pas parfaits d'un seul coup. "Nos marais et nos lagunes seront abandonnés au sel". Mais au bord du torrent, sur chacune de ses rives, même la rive de l'au-delà, croissent toutes sortes d'arbres fruitiers dont le feuillage ne se flétrit pas et dont les fruits ne cessent pas ; ils sont nouveaux chaque mois, car l'eau vient du sanctuaire qu'est le Corps du Ressuscité. Les fruits seront notre nourriture, et les feuilles un remède, car Dieu pense à tout, même à la tisane.

 

²    "Et partout où passera le torrent", jusque dans les terres arides de nos solitudes et de nos désespérances, "tout être vivant qui y fourmille vivra", et tout ce qui veut vivre trouvera à se dire et à se donner.

Le torrent se dirigera tout droit vers la Mer Morte, et l'on sera prompt à crier au scandale : pourquoi ce gâchis et tant de belle eau là où règne la mort ? Mais le miracle sera perpétuel, et là où le poisson mourait, il y aura des pêcheurs qui tendront leurs filets sur le rivage."Là où cette eau pénètre, elle assainit, et la vie se développe partout où va le torrent". Des secteurs entiers de notre être recommenceront à vivre, l'espérance de nouveau fleurira sur nos rives ; nous nous remettrons à croire en l'avenir que Dieu bâtira avec nous, et des pans entiers de notre cœur qui se croyaient condamnés à l'échec et à la tristesse se révéleront capables d'aimer.

 

²    Ainsi, en une seule parabole, le prophète Ézéchiel esquisse pour nous toute une théologie de la grâce, qu'il faut laisser croître selon son rythme, et qui déploie ensuite à perte de vue ses richesses de conversion et de vie.

 

Toute vie part du Christ ressuscité, et par là le message d'Ézéchiel est consonant au kérygme de Pâques. Tout culte rendu à Dieu s'origine dans la prière confiante du Fils glorifié, et la vision du Temple nouveau, qui est celle du prophète, rejoint notre optimisme de chrétiens pour qui tout ce qui naît en Christ au matin de Pâques est création nouvelle à la gloire du Père.

 

 

C'est à cela qu'est vouée l'Église : proclamer la force de vie que Dieu a enclose pour toujours dans la Résurrection de son Fils. C'est dans cette tâche qu'elle trouve sa joie : redire à tous les hommes "la vitalité de Jésus Christ", le torrent de sa grâce.

 

Page d'accueil

 

Homélie nouvelles