S'aimer en Dieu

 

"Deux d'entre eux faisaient route" …
De vous-mêmes, avec cet instinct des choses de Dieu que donne l'Esprit de Jésus, vous les avez nommés : Georges et Denise. Dans cette longue marche côte à côte de deux croyants en quête du même Seigneur, vous avez lu spontanément l'histoire de votre amour, hier, aujourd'hui et demain.

Et votre intuition ne vous a pas trompés, car il n'est d'amour vrai que l'amour qui chemine, de découverte en découverte, de bonheur en bonheur, de pardon en pardon, d'un premier don encore captatif vers un don plus serein et plus fort, nourri de patience, de fidélité et de sacrifice.

Cet amour toujours en marche, cet amour de pèlerins, aucune tendresse ne saurait l'épuiser ni aucune parole le traduire, hormis la parole de Dieu, qui révèle d'où vient l'amour et où il va, et qui vous dévoile aujourd'hui, dans cet évangile des disciples d'Emmaüs, les trois lignes de force de votre vie conjugale :
- l'initiative de Dieu,
- la reconnaissance progressive du Christ ressuscité,
- la mission d'Église que le Seigneur vous confie.

 

C'est lui qui vous a aimés le premier, et la présence ici autour de vous de tous ceux et de toutes celles qui vous ont aidés à créer vous bonheur, vous rappellerait, s'il en était besoin, à quel point Dieu votre Père, depuis votre naissance à la grâce, s'est souvenu de son amour.

Vous avez pu connaître cet amour que Dieu a pour vous, et vous y avez cru ; vous avez compris, à l'âge où l'on décide de son existence,  que l'homme ne vit pas  seulement de pain, et qu'il ne s'achève vraiment que dans le dialogue avec Dieu et dans une vraie communauté de destin avec tous ceux qui le cherchent.

Ainsi, sans que vous le sachiez, l'amour de Dieu vous préparait l'un pour l'autre en vue d'un dessein connu de lui seul. Puis ce furent la rencontre, l'émerveillement, la certitude, l'amour. Ensemble, la main dans la main, vous avez pris la route ; et voilà qu'aujourd'hui, plus encore qu'aux plus beaux moments de vos fiançailles, Jésus en personne s'approche pour cheminer avec vous. Il vous surprend, vous aussi, en plein dialogue, en pleine marche, en pleine recherche. Il vient pour entendre ce que vous avez à vous dire, et cette promesse que vous allez échanger, comme en marchant à vos côtés il veut la sceller lui- même et en faire pour vous un sacrement.

Désormais toutes les réalités de votre vie conjugale, dans la mesure où vous les rapporterez au Christ, seront porteuses de son amitié. Votre amour, progressant chaque jour en intensité et en délicatesse vous révélera à tous deux combien plus encore vous êtes aimés par Celui qui vous appelle.

Vos joies communes, la paix que vous trouverez à votre foyer, les espérances que vous porterez ensemble, les épreuves que vous traverserez, appuyés l'un sur l'autre, sûrs l'un de l'autre, tout cela vous fera revivre le Mystère du Christ, qui a aimé notre humanité, l'a épousée à cause de sa misère, et s'est livré pour elle afin de la sanctifier ; et lorsque, répondant à l'initiative de Dieu, vous aurez pris à votre tour l'initiative d'entrer dans son œuvre de création, lorsque Dieu aura fait éclore la vie à votre foyer, le Christ, plus que jamais sceau de votre amour, viendra inspirer et sanctifier votre tâche d'éducateurs.

 

Les disciples d'Emmaüs ont marché longtemps sans pouvoir nommer l'inconnu qui les avait abordés. Vous en avez fait vous-mêmes l'expérience douloureuse : bien souvent nous cherchons parmi les morts Celui qui est vivant ; nous nous plaignons que le Christ reste lointain, alors que nous négligeons l'intimité qu'il nous offre et que nous détournons notre regard lorsque le sien nous interroge ; nous reprochons à Dieu de se taire, pour mieux excuser notre propre surdité. Même aux moments où la joie et l'aisance spirituelles reviennent en nous, à la faveur d'une journée de recueillement ou d'une nouvelle conversion, la foi et l'espérance demeurent une aventure à vivre au jour le jour.

Il nous faut donc rejoindre le Christ à travers l'épaisseur du doute ou de la lassitude, malgré les attraits de la facilité et les tentations de découragement. Cette loi de l'effort, inscrite en vous depuis votre baptême, vous allez la retrouver au cœur de votre vie à deux, mais là encore, là surtout, la grâce permanente du sacrement que vous allez vous donner vous aidera, dans les bons comme les mauvais jours, à retrouver votre élan d'aujourd'hui et votre désir de mettre votre amour au service du Royaume.

Dans la méditation de l'Évangile, vous puiserez lumière et sagesse, et chaque fois qu'ensemble vous essaierez de lire votre vie et de juger votre amour à la lumière de la parole de Dieu, vous revivrez l'allégresse limpide de ce jour de mai et cette certitude toute simple qui faisait dire aux disciples d'Emmaüs : "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin et qu'il nous expliquait les Écritures ?".

C'est d'ailleurs en écoutant Dieu que vous apprendrez le mieux à approfondir vos échanges. Le dialogue : voilà la véritable pierre de touche d'une véritable vie commune. Dans combien de foyers, même chrétiens, même jeunes, les époux, foncièrement d'accord sur les grandes choses, se rendent mutuellement malheureux avec les petites ! Vous le savez, pour s'aimer vraiment, il faut pouvoir souffrir non seulement l'un avec l'autre, mais l'un par l'autre, en dépassant toutefois cette souffrance et en la diluant aussitôt par un dialogue confiant, humble, exigeant, où le pardon soit signe de tendresse.

Ce sera facile pour autant que le Christ, qui vous donne aujourd'hui l'un à l'autre, restera le confident de toutes vos peines et de toutes vos joies, et le garant de votre intimité. Il faudra l'inviter, car jamais il ne s'impose ; il faudra lui dire, surtout à l'heure des grands choix : "Reste avec nous, Seigneur, car déjà le soir tombe". Alors il entrera, comme il entre aujourd'hui, "pour rester avec vous".

 

Vous aurez à refaire tous les jours un double cheminement : le cheminement vers Emmaüs, vers les horizons familiers, vers les certitudes du passé, vers le nid que vous aurez tressé brin à brin pour assurer à vos enfants la chaleur et la paix ; et le cheminement vers Jérusalem, pour vous replonger dans la communauté priante et missionnaire, pour confronter votre témoignage avec celui qu'elle rend au Christ : "C'est bien vrai ! Le Christ est ressuscité !" Vous aurez  à raconter à votre tour – et avant tout par votre vie elle-même – ce qui s'est passé en chemin entre vous et le Seigneur, comment vous l'avez pressenti rien qu'à sa parole et reconnu à la fraction du pain.
C'est dans ce double mystère de reconnaissance et de mission, d'identité et d'engagement, que vous avez voulu entrer, en plaçant votre vie conjugale sous le signe des pèlerins d'Emmaüs. D'ailleurs, après cette liturgie de la parole, où vous écoutez ce que le Christ vous dit, à vous qui avez pris son chemin, n'est-ce pas le repas d'Emmaüs que vous allez prendre dans quelques instants, après votre promesse ? n'est-ce pas le Pain de vie que le Christ va rompre pour vous ? et la coupe à laquelle vous allez boire, n'est-elle pas communion à son sang versé pour vous, pour la rédemption et la réussite de votre amour ?

Le Christ a pris l'initiative de la rencontre,
vous avez reconnu par lui que Dieu est amour :
l'heure est venue, grave comme tous les serments humains, simple comme toutes les joies des enfants de Dieu, de dire tous deux, face à votre mission d'époux, le oui qui vous liera, dans le Christ, pour l'éternité.

 

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