Il est ressuscité !

Mt 28,1-20

 

 

 

 

 

²  Il est ressuscité : et à cause de cela, frères et sœurs, en ce matin de Pâques, le joie doit triompher, en nous et entre nous. Il faut qu'elle se fraye un chemin dans tous les cœurs, même les plus seuls, même les plus pesants, même les plus désabusés. Partout où des fidèles du Christ vivent côte à côte, en cet anniversaire de la Résurrection, la joie du Christ doit rompre toutes les barrières, effacer toutes les méfiances et emporter toutes les réserves.

 

Voilà que Dieu fait toutes choses nouvelles !

Il nous faut aller courageusement au-devant de cette nouveauté qui vient de Dieu, et puisque, aujourd'hui, le Fils nous libère, libérons en nous-mêmes la joie des fils de Dieu, et entrons ensemble dans l'allégresse de l'Église.

 

²  Mais peut-être sentons-nous, en nous-mêmes, des réticences devant cette joie de Pâques ; et il est bon de les regarder en face : de quoi avons-nous peur ? qu'est-ce qui nous arrête ?

Peut-être le sentiment d'avoir trop peu travaillé à notre conversion

 et trop longtemps vécu dans l'à peu près.

Peut-être la gêne sourde d'avoir à accueillir la joie comme un cadeau de Dieu.

Peut-être la crainte que cette joie sonne faux dans notre propre existence,

où demeurent tant d'incertitudes, tant de crispations, tant de misères.

 

Peut-être aussi sentons-nous confusément que notre joie de baptisés pourrait faire mal

à ceux qui souffrent, à ceux qui meurent sans avoir jamais vécu en hommes libres,

à ceux qui doutent d'eux-mêmes, des hommes ou de Dieu,

à ceux qui n'ont jamais pu aimer, parce que jamais on ne leur a montré d'amour,

à tous ceux qui aperçoivent, par la porte grande ouverte de l'Église, la table illuminée  pour le festin,

   et qui jamais n'ont osé entrer.

 

 ²  Nous  percevons tout cela, et pour rien au monde nous ne voudrions nous désolidariser de tous  ces frères pour qui le Christ est mort.

Mais ces réticences, finalement, sont bienfaisantes, car elles nous forcent à dépasser l'enthousiasme superficiel.

Sans rien perdre de sa fraîcheur, notre joie pascale doit devenir lucide, et plus nous entrerons dans la joie du Christ, cette joie "que personne ne pourra nous ravir", plus elle nous enracinera dans le quotidien de notre foi.

 

Car c'est une liberté d'adulte que le Christ nous offre, et s'Il nous arrache de la servitude, c'est pour nous vouer au service. C'est une liberté exigeante que celle des enfants de Dieu, parce que c'est elle qui vit le drame de la foi, le drame de la fidélité au Christ Sauveur.

Nous savons que c'est dans sa mort que nous avons été plongés, et l'homme ancien, l'homme vieilli qui est en nous, doit tôt ou tard être fixé à la Croix avec lui, mais nous savons aussi que, si nous mourons au péché, nous pouvons jour après jour vivre pour Dieu en Jésus Christ. Chacun de nos instants est vécu à la fois sous le signe de la mort et sous le signe de la Résurrection. Par Jésus Christ, la mort débouche sur la vie, et nous savons quoi faire de notre pauvreté.

 

²  La joie de Pâques, c'est la joie forte d'un peuple qui se met en marche vers une terre de liberté. Comme le peuple juif dans la nuit de sa libération, le Seigneur nous veut prêts pour le voyage.

 

Frères et sœurs, là où Dieu nous a placés pour y porter du fruit, la joie de Jésus est pour nous, elle est à nous, mais à condition que nous acceptions de partir avec Lui. C'est là l'enjeu de notre baptême et des engagements que, dans quelques instants, nous allons renouveler (que les chrétiens, cette nuit, ont renouvelés).

 

Nous savons quelle espérance nous est ouverte par l'appel du Christ : tout est maintenant lié à notre réponse. Elle peut être à la fois courageuse, très douce et très confiante, car Celui qui nous aime nous précède dans la gloire

 

et marche avec nous sur le chemin.

 

 

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