"Regarde plus loin"

(Mt 24,42)

 

 

Chaque année, grâce à la liturgie du temps de l'Avent, le Seigneur entreprend de recréer dans notre cœur un espace pour l'espérance.
Et de ce point de vue nous avons bien besoin de nous laisser faire par Dieu, car pour nous, adultes chrétiens, espérer, espérer encore, espérer malgré tout, est parfois aussi difficile que croire.

² Il est dur d'espérer quand la vie nous a meurtris et privés d'un bonheur ou d'un amour qui ensoleillaient le présent et l'avenir, bonheur d'épouse, amour de mère.
Il est dur d'espérer quand de grands rêves se sont écroulés dans notre existence, quand le train de la joie humaine semble nous avoir laissés seuls sur le quai.
Il est difficile, à l'inverse, de garder en soi une place pour l'espérance et l'inattendu, quand la vie nous a souri et que nous pouvons compter pour aujourd'hui sur un certain confort et pour demain sur une relative sécurité.

² En ce dimanche de l'Avent, quel que soit le poids du présent et du passé, le Seigneur Jésus vient nous redire en quelque sorte : "Regarde plus loin !"
Regarde jusqu'au bout de ta vie, jusqu'au moment de la grande rencontre que je te prépare, comme je le prépare pour tous ceux que tu aimes ou que tu as aimés. Et, au lieu de te laisser pousser par les événements, assume ta vie de chaque jour comme quelqu'un qui prépare le retour d'un être aimé, comme quelqu'un qui attend une rencontre qui sera définitive.

² "Veillez donc", nous dit Jésus, "car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir, ou à minuit, au chant du coq ou le matin". Et de fait il n'y a ni âge ni heure pour paraître devant Dieu.
Mais comment faut-il faire pour rester en état de veille ? Faut-il chambouler toute notre  existence ? Non. Il ne s'agit pas tellement de faire autre chose, mais d'assumer les mêmes choses avec un autre regard et un nouvel amour.
Et Jésus d'expliquer : "Il en va de mon retour comme d'un homme parti en voyage ; en quittant sa maison il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, et fixé à chacun son travail".
Notre Maître et Seigneur est parti pour le voyage de la gloire auprès du Père, mais là où nous vivons, là où nous servons, là où nous témoignons de l'Évangile, il nous a donné tout pouvoir ; il nous a en quelque sorte fixé notre travail, et c'est à partir de ce réel de chaque jour que nous pouvons l'aimer et l'attendre.

² Dès lors tout ce qui fait notre vie, une fois replacé dans cette perspective de la fidélité, retrouve son vrai sens et tout son prix,
même les soucis et les alarmes des parents,
même les petits nuages de la vie conjugale,
même les blessures des séparations ou des deuils,
même la solitude de la femme qui vit seule, et pour qui les amis ne replacent pas un véritable amour,
même l'approche du troisième âge,
tout cela fait partie de l'attitude de veille,
tout cela peut être offert d'avance à Celui qui vient.

D'ailleurs, si nous veillons pour Dieu, Dieu, lui, veille sur nous. Et c'est ce que Saint Paul rappelait aux chrétiens de Corinthe : "Dieu est fidèle, qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ Notre Seigneur" (1 Co 1,9).

Tout au long de notre route d'espérance, il nous affermit, pour nous rendre "irréprochables" au jour du Seigneur.

 

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