"Reflet de sa gloire"

(Hb 1,3)

² Le monde est grand, immensément grand, digne de Dieu qui l'a créé.
Personne ne sait où se situe la limite du monde, et personne ne peut imaginer ce qu'il y a au-delà du bout du monde.
Certes les hommes, à force de science et de courage, ont commencé l'exploration des planètes, et cette audace des hommes rend gloire à Dieu ; mais pour aller au bout du monde, il faudrait se déplacer aussi vite que la lumière et durant des milliards d'années, sans savoir si l'on arriverait un jour. Si bien que la conquête de la lune, en même temps qu'elle exalte le pouvoir de l'homme, lui fait prendre conscience de sa petitesse dans l'univers de Dieu. La terre elle-même, si vaste à nos yeux, n'est qu'une poussière dans ce vaste univers.

² C'est pourtant sur cette terre que Dieu le Fils est venu.
"Ce Fils qui est de toute éternité le resplendissement de la gloire de Dieu", l'Image parfaite du Père et l'effigie de sa substance, "qui soutient l'univers par sa parole puissante", par qui et pour qui le Père a créé les mondes, voici que nous le découvrons, avec les bergers de Bethléhem, sous les traits d'un bébé, brun de peau et noir de cheveux comme tous les bébés de Palestine.
Celui qui dort, sous les yeux et dans les bras de Marie, c'est le Fils de Dieu, c'est Dieu le Fils, le Verbe qui s'est fat chair et qui demeure parmi nous, vrai homme, puisqu'il a besoin de sa mère, vrai Dieu puisqu'il ne cesse pas d'être un seul Dieu avec le Père et le Saint Esprit.

² Il fallait à Marie toute sa foi, toute la limpidité de son âme, pour ne pas être écrasée par le mystère de l'Incarnation, pour nourrir, embrasser, cajoler comme son fils cet Enfant qui était aussi le Fils unique de Dieu.
Nous aussi nous pourrions rester sous une impression d'écrasement devant cette disproportion entre l'infini de Dieu et la petitesse de notre monde, entre la puissance inouïe de Dieu et la fragilité du Fils de Dieu fait homme. Mais justement Dieu ne veut pas que nous nous sentions écrasés : quand on a peur, on ne peut aimer vraiment. C'est pourquoi il a franchi lui- même toute la distance. Il est venu partager notre condition d'homme, pour que nous ayons part aux richesses de sa divinité. "Échange extraordinaire" (o admirabile commercium) : Dieu donne tout, et l'homme reçoit tout.

² Pourquoi, Seigneur, tant de bonté ? Pourquoi cet amour disproportionné et incompréhensible ?
Saint Paul nous répond : "Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde". Cet Enfant qui est né pour nous et qui porte "l'empire du monde sur ses épaules", vient pour accomplir la purification de nos péchés, et par lui nous arrivent la grâce (le don gratuit de Dieu)  et la vérité (fidélité) de Dieu.

² Ainsi Noël, c'est la fête de la confiance.
Car Noël sur cette terre, au cœur du monde, au cœur de l'univers, ne nous parle pas d'un Dieu lointain, mais du Dieu tout-puissant qui s'est fait tout proche, du Dieu invisible qui s'est fait lumière, du Fils éternel de Dieu qui est venu dans le monde et qui donne à ceux qui le reçoivent le pouvoir de devenir enfants de Dieu.
Oui, c'est vrai, dans le monde règnent encore la guerre, le choc des armes et la haine des cœurs. Oui, des millions d'êtres humains connaissent encore la faim, la souffrance, la solitude, l'oppression, le désarroi.
Mais nous savons et nous croyons, en ce dimanche de l'Avent, que Dieu est avec nous (Immanu-El), et si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, l'enfant né de Marie, mais "l'a livré pour nous tous", comment, avec lui, ne nous accorderait-il pas toute faveur ? (Rm 8,32).
Qui pourrait nous séparer de l'amour du Christ ? Rien : ni l'épreuve, ni l'angoisse, ni la souffrance, ni la mort, ne pourra nous séparer de l'amour que Dieu nous manifeste aujourd'hui dans le Christ Jésus Notre Seigneur.
Et c'est cela que Marie se redisait sans cesse en regardant dormir son enfant, pendant que les astres continuaient leur course dans le ciel.

 

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