À qui confier votre amour ?

 

 

"Seigneur, disait le Psalmiste, j'ai aimé la beauté de ta Maison et le lieu où réside ta gloire !"

 

Pour le moment solennel qui va sceller votre promesse, l'Église vous accueille dans ce cadre d'honneur et de majesté,

digne de Dieu, pour qui rien n'est trop grand,

digne de la France, que vos familles ont si bien servie,

digne aussi de votre démarche vers Dieu et l'un vers l'autre.

 

Bien souvent déjà vous vous êtes dit et redit que vous vous aimiez,

que vous étiez l'un pour l'autre l'unique,

et que vous vouliez bâtir ensemble votre vie,

c'est-à-dire votre bonheur et le rayonnement de votre foyer.

 

Mais aujourd'hui, dans un instant, le oui que vous allez échanger

va recevoir une vérité, une gravité toutes nouvelles,

car il va vous lier pour toujours devant votre Seigneur,

devant Dieu, Témoin de votre amour,

devant Dieu qui vous appelle à entrer librement dans son œuvre.

 

À qui pourriez-vous confier votre amour comme un dépôt sacré,

qui pourrait être, à longueur de vie, le témoin à la longue mémoire, le garant de votre promesse,

sinon Dieu qui vous aime depuis toujours

et qui vous reconnaît pour siens alors même que vous cherchez encore son  visage ?

 

C'est Lui qui vous met au cœur le goût de la droiture

et les valeurs humaines auxquelles vous adhérez ;

c'est Lui que vous découvrez à la source de toute beauté

et que vous pressentez au-delà de toute émotion esthétique,

Lui que "personne n'a jamais vu, mais que le Fils unique nous a fait connaître"

en nous Le révélant comme un Père.

 

Dieu nous est plus intime que l'intime de nous-même ;

Il n'a pas besoin que nous sachions Lui parler pour entendre nos paroles ;

Il n'attend pas que nous voyions clair en nous-même pour illuminer notre route,

et Il habite nos joies avant même que nous songions à les Lui rapporter.

 

Dieu n'a pour nous que des pensées de paix, et Il suit chacun, chacune,

d'un regard qui appelle, qui approuve et réconforte,

car, pour Lui, aimer, c'est faire vivre

 

L'humanité, telle que Dieu l'a voulue, a commencé comme un projet de bonheur,

et c'est ce rêve inépuisable que reprennent, inlassablement,

chaque homme et chaque femme qui se choisissent et se donnent l'un à l'autre.

 

Quand on interrogeait Jésus sur le mariage et sur le sens qu'il lui donnait,

il renvoyait toujours à ce bonheur primordial :

"Au commencement, quand Dieu créa l'humanité, homme et femme il les créa".

 

Pour Jésus, chaque couple de croyants revit à sa manière

le premier amour du monde, sous le regard du même Dieu créateur ;

chaque foyer nouveau inaugure pour sa part le bonheur sur la terre ;

"c'est pourquoi, ajoutait le Christ, l'homme quittera son père et sa mère,

il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront qu'un".

 

À votre tour, aujourd'hui,

vous que l'amour a rendus irremplaçables l'un pour l'autre,

vous allez donner au bonheur un visage encore inconnu

et qui ne ressemblera qu'à vous deux.

 

À votre tour, vous accueillerez dans votre bonheur

tous ceux que Dieu vous donnera à aimer,

comme vous avez été vous-mêmes accueillis

dans le bonheur de ceux qui vous ont tout donné.

 

Toute la tendresse que vous avez trouvée dans votre propre famille,

toute cette somme de dévouement, de confiance et d'exigence discrètes

qui ont fait de vous ce que vous êtes

et qui ont modelé votre intelligence et votre cœur,

tout cela n'avait qu'un but :

vous rendre capables d'un bonheur autonome et d'une existence responsable,

vous amener à prononcer aujourd'hui, en toute loyauté et sérénité,

un oui inaltérable comme l'or et l'argent de vos alliances.

 

 

Ce même Dieu qui se fait aujourd'hui le Témoin de votre amour

vous convie à entrer librement dans son œuvre.

 

En disant oui au bonheur, oui à l'espérance, oui à la vie,

c'est le projet de Dieu que vous ratifiez ;

et, en réponse à la confiance que vous Lui faites,

Dieu va conférer à votre amour quelque chose de sa propre immutabilité :

"ce que Dieu a uni, rien ne le séparera",

telle est la portée du sacrement que l'un à l'autre vous allez vous donner.

 

Dans tout sacrement de son Église,

le Christ rejoint les hommes à travers un acte posé par les hommes,

pour leur apporter sa vie, sa joie et sa force,

au cœur d'une situation qu'ils assument dans la foi.

 

C'est bien vous qui allez poser l'acte du sacrement,

qui allez prononcer librement, allègrement, les paroles du don réciproque,

mais, invisiblement, c'est le Christ de votre baptême qui va sceller votre engagement.

Désormais, parce que le Christ sera le lien vivant de votre foyer,

vous serez un chemin l'un pour l'autre vers Dieu.

 

Il n'est pas nécessaire de vous sentir aujourd'hui de plain pied

avec cette présence du Christ qui libère en vous le meilleur de vous-mêmes,

D'ailleurs des moments comme celui que vous vivez là

sont toujours trop grands pour notre cœur, et échappent à nos prises.

Il suffit de rester ouverts à ce que Dieu peut faire, à ce que Dieu fera.

 

Vous n'aurez pas trop de toute une vie

pour rejoindre l'amour que vous vous donnez aujourd'hui en promesse ;

mais c'est bien ainsi,

car il n'est d'amour vrai que l'amour qui chemine,

de découverte en découverte, de bonheur en bonheur, de pardon en pardon,

d'un amour encore captatif vers un don plus serein et plus fort,

nourri de patience, de fidélité et de prévenances mutuelles,

et souvent l'on reçoit de l'autre pour autant qu'on est prêt à donner. 

 

Votre dialogue si court d'aujourd'hui engage le dialogue de toute une existence.

Vos deux oui échangés condensent en quelque sorte toute votre vie conjugale,

et esquissent la marche conjointe que le temps va maintenant déployer.

 

Vos joies communes, au milieu de vos enfants,

les espérances que vous porterez ensemble,

vos soucis d'éducateurs,

les épreuves que vous traverserez,

appuyés l'un sur l'autre, sûrs l'un de l'autre,

tout ce quotidien du métier, du couple et de la famille,

apportera peu à peu à votre foyer la patine inimitable de la tendresse,

si vous savez préserver entre vous le temps du dialogue,

si la parole redevient entre vous, à certaines heures, un chemin sacré.

 

Jésus disait :"À celui qui a beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé".

Certes, il vous faudra protéger, courageusement,

non seulement votre intimité,

mais la qualité, humaine et spirituelle, de votre vie familiale.

Vous serez amenés à sauvegarder, pour vous et pour vos enfants,

dans un monde parfois sans pitié, sans nuances, ou insalubre pour les cœurs,

un espace de douceur, de simplicité et de fraîcheur morale ;

 

mais l'amitié, sans aucun doute, frappera à votre porte,

et le Christ, de loin en loin, vous fera signe d'ouvrir votre bonheur.

Dès aujourd'hui il vous enrôle, comme il convoque tous ses disciples :

"Vous êtes le sel de la terre,

vous êtes la lumière du monde !"

 

Oui, soyez le sel de la terre :

gardez à votre vie la saveur de l'Évangile qui vous a séduits.

Alors, dans votre maison, la lumière ne s'éteindra pas,

cette lumière chaude et discrète qui vous convient si bien à tous les deux,

la lumière qui invite à entrer

et qui révèle les visages tout en laissant à chacun son mystère.

 

Soyez sel, soyez lumière ;

misez, demain comme aujourd'hui, sur l'être profond, sur l'authenticité,

alors vous deviendrez, à deux, un relais vers l'amitié du Christ.

 

Avancez sans crainte ;

vivez, pour l'heure, le grand printemps de votre amour.

En cet instant où va naître votre foyer,

tous, autour de vous, parents, frères et sœurs, amis de toujours,

nous rassemblons toutes les forces de notre foi et de notre espérance,

et nous appelons sur vous, avec la paix du Christ Sauveur,

le regard maternel de la Vierge Marie.

 

Longue route à vous deux, sous le regard de Dieu : le Seigneur soit avec vous !

 

Page d'accueil

Homélies nouvelles