Qu'il vive !

Ez 18,21-28

 

 

 

² Arrêtons-nous ce matin sur le texte étrange d'Ézéchiel qui par certains côtés se veut libérateur, et par d'autres aspects nous laisse, nous chrétiens, sur un malaise. Il est indéniable qu'après des siècles où la responsabilité personnelle n'a émergé qu'à grand peine de la responsabilité collective, la réaction d'Ézéchiel apportait une bouffée de fraîcheur. Mais comment comprendre exactement la formule si tranchée du prophète : "À cause de son infidélité et de son péché, il mourra !"

² Au centre de tout il nous faut replacer le désir du Seigneur : "Est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n'est-ce pas plutôt qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ?". Qu'il vive : voilà ce qui habite le cœur de Dieu, et qu'il ne faut jamais perdre de vue pour comprendre ce passage.

² Le juste, par sa fidélité, trouvera la vie dans l'amitié avec son Dieu : cela ne nous pose pas de problème. Mais nous sommes mal à l'aise devant l'autre formule : "il mourra !", surtout quand nous entendons le prophète dire en quelque sorte :"un instant d'égarement suffit à effacer toute une vie de droiture".
Regardons de près. Quand il est dit : "on ne se souviendra plus de toute la justice qu'il a pratiquée", qui est ce "on" ? Non pas Dieu, mais "ils", eux, les gens. C'est donc là un jugement tout humain. Humaine également la condamnation qui suit : "il mourra !" C'est vrai, entièrement vrai, de la mort spirituelle, de la mort du péché, qui effectivement nous couperait de Dieu et de son amour. Mais si on l'entend de la mort physique, comme de toute souffrance, alors il faut compléter la parole du prophète par celle de Jésus et désolidariser la souffrance et le péché : "Ni lui ni ses parents n'ont péché", dit le Seigneur à propos de l'aveugle-né.

² Il nous faut donc quitter résolument le plan humain, et laisser au Dieu d'amour tout jugement sur l'au-delà d'une personne. Dieu veut toujours la vie, et seul Il peut dire d'un homme : "il mourra !".
La grande leçon de ce texte d'Ézéchiel, c'est que nous sommes, là aussi, amenés au paradoxe : nous valoriserons toujours la libre réponse de l'homme, sa responsabilité personnelle ; mais en même temps nous redirons : "Dieu seul sait, Dieu seul juge".

L'homme oriente librement son propre destin, mais Dieu reste Dieu, et devant Lui, il faut "choisir la vie".

 

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