Au temps de ma puissance

1 Ma 6,1-13

 

 

 

 

 

 

Rien que de normal, à première vue, dans le texte de ce matin, venu du Premier Livre des martyrs d'Israël. Après deux cuisants échecs, l'un en Perse à Elymaïs, l'autre en Judée à Jérusalem et Bethsur, le roi païen Antiochus Epiphane tombe dans la neurasthénie "parce que les événements n'avaient pas répondu à son attente", et meurt dans le désespoir sur une terre étrangère.

 

Notre première réaction est de dire : "C'est bien fait pour lui ! Il ne devait pas entraver le dessein de Dieu ! Il n'a que la monnaie de sa pièce". C'est vrai en un sens, et toute la Bible est remplie de ces exemples catéchétiques, où le méchant périt au milieu de ses œuvres mauvaises. Mais plus intéressant est le retour du roi lui-même sur sa conduite passée. Il ignore pourtant une volonté divine, qui s'est révélée d'échec en échec :"Je me rappelle le mal que j'aussi fait à Jérusalem : tous les vases d'argent et d'or qui s'y trouvaient, je les ai pris ; j'ai fait exterminer les habitants de la Judée sans aucun motif". Il en reste donc au stade du constat :"J'étais bon et aimé au temps de ma puissance ; à quelle profonde détresse en suis-je arrivé !"

 

Nulle part n'affleure, au delà du regret, le repentir. Nulle part il ne se retourne vers un Dieu pour implorer son pardon. Et c'est le lecteur croyant qui décèle derrière le retour des choses une loi de la Providence. Toute l'espérance du roi impie se tourne vers son fils, qui ne fera que reculer devant la pression juive. C'est tout le sens de l'histoire qui disparaît quand on ne fait pas appel à Dieu. Là où les croyants lisent un dessein de Dieu, les incroyants pointent seulement un manque de chance qui débouche sur le non-sens. Et cela sert admirablement le dessein de l'Auteur biblique. Le tissu de l'histoire semble se dérouler comme une suite aléatoire de triomphes et de succès. Mais Dieu suit son idée, qui se révèle à la fin sans jamais avoir été soulignée. Dieu veut la victoire de son peuple, mais elle se dessine peu à peu à travers les événements, et seule la foi peut la découvrir, c'est-à-dire la certitude que rien n'échappe au vouloir de Dieu.

 

Savons-nous voir la main de Dieu dans les événements qui nous emportent ? Savons-nous que nous ne flottons pas sur une histoire dénuée de sens, mais que tout a sa portée dans notre vie, bien que Dieu ait la puissance de ne pas contraindre notre liberté ? Ce n'est pas une facilité ou un subterfuge d'affirmer que lui voit, que lui peut, que lui sait pourquoi. C'est simplement rendre à Dieu toute sa place, toute sa présence à l'histoire du monde, tout son mystère au cœur même de nos vies. Dieu, qui est chassé de partout dans le monde, réaffirme sa réalité. Les hommes de la Bible la soulignent de loin en loin ; notre foi la devine à chaque instant.

 

Page d'accueil

 

Homélies nouvelles