"Prenez patience"

Ja 5,7-12

 

 

Avec la première lecture, nous abordons les exhortations finales de la lettre de saint Jacques, l'héritier des sages de l'Ancien Testament.

Sa toute première consigne concerne la patience, thème sapientiel par excellence, mais que Jacques développe dans une perspective chrétienne, puisqu'il appelle les croyants à se montrer patients jusqu'à la Parousie du Seigneur.

Comme beaucoup de témoins de la génération des Apôtres, Jacques attend pour bientôt le retour glorieux du Seigneur Jésus :"il est aux portes", nous dit-il ; et, bien sûr, c'était un encouragement puissant pour les disciples déjà malmenés par les autorités juives ou païennes (cf. 1 P 4,7).

 

²  Quelques années plus tard, la Deuxième Lettre de Pierre prendra en compte le retard de la Parousie et l'expliquera en reprenant l'enseignement du Christ :

            "Le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de ce qu'il a promis,

             comme certains l'accusent de retard,

             mais il use de patience envers vous, (..) voulant que tous arrivent au repentir.

             Cependant il viendra le jour du Seigneur, comme un voleur" (2 P 3,10).

 

C'est de cet enseignement que nous vivons : nous avons renoncé à toute prévision touchant la Parousie du Seigneur, et nous mettons à profit ce long délai comme un espace de conversion et de repentir.

 

²  Ceci dit, l'exhortation de Jacques à la patience garde pour nous toute sa valeur, car pour nous aussi l'attente quotidienne du Seigneur est un temps d'épreuves, et nous avons à traduire notre patience de deux manières :

- il s'agit d'abord d'affermir notre cœur, en prenant appui sur les certitudes de notre foi ; et, en nous redisant que chaque jour le Seigneur est proche et que chaque jour il vient, il s'agit de nous préparer au grand Jour de sa Parousie ;

- il faut ensuite, nous dit Jacques, cesser de "gémir les uns des autres", car on ne peut authentiquement espérer en Dieu en désespérant de plus en plus des frères et des sœurs, et l'on dénature le temps de la patience si on le remplit d'amertume et d'animosité.

 

²  Trois modèles nous sont proposés par Jacques pour cette patience chrétienne adossée à l'espérance.

            En premier lieu, le modèle du cultivateur ou du jardinier, qui est forcé, lui aussi, de compter avec le temps, mais qui attend, sans perdre espoir, les pluies d'automne puis les pluies de printemps: "Il attend, dit Jacques, le fruit précieux de la terre", et il fait confiance à la terre en attendant son fruit.

            Un deuxième modèle est offert par les prophètes, qui ont parlé au nom de Dieu, qui ont osé faire fond sur la parole de Dieu en annonçant des interventions divines que rien dans le monde ne laissait pressentir.

            Mais l'exemple typique de la patience, de la constance (hupomonè) est celui de Job, qui jusqu'au bout est resté intègre dans sa foi, malgré ses cris et ses tentations de révolte. Car il y a la constance du croyant qui porte tout en silence et la constance de celui qui rugit dans l'épreuve ; et les deux rendent gloire à Dieu si l'homme ne lâche pas sa main, s'il continue à croire que l'amour sera vainqueur.

 

            C'est bien en effet cette victoire de l'amour de Dieu que nous annonçons lorsque nous tenons ferme dans l'épreuve (épreuve de santé, de famille, de solitude).

Et en définitive si nous osons parler, avec Jacques, de la Béatitude des chrétiens endurants, c'est parce que Dieu se révèle à eux, au cœur de la souffrance, comme le Miséricordieux, le Seigneur de toute pitié (polusplagkhnos).

 

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