Obsèques de Roland

 

 

 

 

 

 

²  Devant une séparation si brutale, devant le chagrin et le courage d'une jeune épouse et de ses enfants, on voudrait pouvoir se taire. Se taire et être là, simplement, avec ceux qui souffrent, être là autour d'eux, en silence, pour porter avec eux le poids de la solitude.

 

Et c'est cela que nous sommes venus faire, nous tous qui avons connu, estimé, aimé Roland.

Vous tous, ses compagnons de travail : vous l'avez vu se passionner pour son métier, qu'il connaissait à fond, toujours soucieux de l'ouvrage bien fait, et toujours attentif à la vie et aux problèmes de ses camarades.

Vous tous aussi, ses amis anciens ou nouveaux : vous l'avez connu toujours simple, toujours ouvert et souriant. C'était un homme de parole ; c'était un homme de cœur, qui savait faire confiance, et qui avait toujours une place dans sa vie pour accueillir les autres, malgré ses propres soucis.

 

²  Nous savons quel vide il va laisser dans la vie de Gisèle, au moment où ils allaient cueillir ensemble les premiers fruits de tant d'années de courage.

Nous savons quelle place il va continuer à tenir dans le cœur de ses enfants, lui qui a donné toutes ses forces pour bâtir leur bonheur et les élever dans la dignité et le sens du service.

Nous nous sentons impuissants à vous consoler, vous ses parents et tous ceux qu'il a aimés, qui avez tant fait pour lui : c'était pour vous chaque jour une récompense que de le voir si heureux.

 

Nous sommes là, cependant, pour nous taire ensemble et pour lever ensemble notre regard vers Dieu.

La mort de ceux que nous aimons nous ramène toujours devant un mystère, un mystère qu'il nous faudra traverser quand notre heure sera venue. Nous sentons monter en nous des moments de révolte et des questions douloureuses : "pourquoi lui, en pleine forme ?", "pourquoi lui, alors qu'il avait tant à faire ?, "pourquoi lui, qui a toujours cherché le bonheur des autres ?".

"Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort", disait la sœur de Lazare.

Dieu comprend que notre chagrin nous fasse crier à l'injustice, et Dieu ne nous le reproche pas.

 

²  Et pourtant notre foi nous dit que nous ne pouvons pas faire de reproches à notre Dieu.

Dieu a vu, et Dieu sait. Il sait notre peine, notre désarroi ; et il comprend, comme un Père.

Oui, il a laissé les choses humaines suivre leur cours, mais il n'a pas dit son dernier mot ; ou plutôt il a commencé à le dire lorsque son Fils Jésus a vaincu la mort le premier.

Aujourd'hui encore, au creux même de notre chagrin, Dieu nous redit :"Je suis un Dieu de vivants" ; et Jésus Christ nous redit :"Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra".

 

Et ces paroles de Jésus, qui nous semblent parfois si lointaines, viennent aujourd'hui nous rendre l'espoir : désormais nous ne pouvons plus rien pour le disparu, mais désormais c'est Dieu qui se charge de son bonheur, et Dieu qui le fait vivre au-delà de la mort nous donnera un jour de le rejoindre.

Rien n'est perdu de son sourire, de sa bonté, de son courage.

La vie continue pour lui, loin de nos yeux, loin de nos prises, mais tout près de notre cœur et tout près du cœur de Dieu.

 

²  Le message que Roland nous laisse, dans le silence de la mort, est celui-ci : la vie continue pour vous.

Oui, la vie continue pour vous tous, sous le regard de Dieu, et le plus sûr moyen d'être fidèles à son souvenir, c'est de mener à bien la seule tâche qu'il n'ait pu achever lui- même : assurer le bonheur de ses enfants.

La vie continue pour vous, Eric, Solange, Didier et François. Vous penserez souvent à votre papa, et vous pourrez être fiers de lui. Il vous a montré le chemin de l'honnêteté et du dévouement. Il me semble que, s'il pouvait vous parler, il vous laisserait trois consignes :

. aimez beaucoup votre maman, maintenant et plus tard ;

. restez bien unis autour d'elle ;

. continuez à travailler comme si j'étais là.

Par amour pour lui, il faut regarder en avant, faire face à la vie avec son courage et sa droiture.

 

Cette décision, cette fermeté qui va nous faire dépasser notre chagrin, cet acte d'espérance en ce que Dieu fera, ce oui courageux au passé et à l'avenir, ce sera aujourd'hui l'offrande que nous allons apporter à l'autel, pour l'unir au sacrifice de Jésus.

 

Ce sera notre manière chrétienne de dire à celui que nous pleurons aujourd'hui non pas "adieu", mais "au revoir".

 

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