Un amour toujours neuf

 

 

 

 

Dieu, qui semble parfois si lointain, réserve toujours des heures de joie et de plénitude à ses enfants, dès lors qu'ils acceptent de lui faire confiance et de marcher sous son regard ; et ce moment du don total, qui va se graver dans votre souvenir comme l'événement central et décisif de votre vie, était inscrit depuis longtemps dans le cœur de Dieu. 

 

            Chacun de son côté vous avez cheminé vers Lui, malmenés par la vie, doutant parfois de vos forces et soutenus pourtant par une espérance plus forte que tous les chagrins.

Vous avez connu l'interrogation douloureuse qui travaille les humains aux grands carrefours de leur existence :"Seigneur, que veux-tu de moi ?"

Vous avez traversé l'inquiétude et le désarroi de ceux qui ne renoncent pas à donner un sens à leur vie.

Même entourés d'êtres chers, vous avez connu de longues périodes d'incertitude, mais vous avez aussi rencontré sur la route de belles et fortes amitiés, sur lesquelles le temps n'aura jamais de prise.

Enfin, par des chemins imprévus, Dieu notre Père, qui n'a jamais cessé de vouloir votre bonheur, vous a fait découvrir l'amour. Déjà Il vous l'a fait vivre comme un émerveillement et une découverte ; aujourd'hui Il vous appelle à le vivre comme une fidélité.

 

²  Oui, votre amour a commencé comme un émerveillement, comme une surprise de tout l'être, et comme une réponse inattendue à tant de choses que vous n'aviez pu dire ; et en même temps s'est levée en vous une certitude très douce, celle d'exister pour quelqu'un comme l'unique et d'être compris(e) avant d'avoir parlé.

Ce fut très simple, simple comme deux regards qui se croisent, comme deux souffrances qui se reconnaissent, comme deux tendresses qui s'offrent sans contrainte.

Cette joie bondissante du premier jour, vous l'avez retrouvée dans le Cantique des Cantiques que tu lisais à l'instant, Marie. Le faon qui accourt par-dessus les montagnes vers une voix qui lui a parlé doucement, la colombe qui attend, blottie dans le rocher, courageuse et fragile, vous les avez reconnus. Ils vous sont apparus comme la parabole de votre propre amour, et ils resteront à jamais comme un souvenir ineffaçable dans les yeux de votre cœur, pour appeler sans cesse votre amour à une nouvelle jeunesse.

 

²  Car l'amour ne doit pas vieillir, et c'est bien pourquoi Dieu vous le propose comme une terre à explorer.

Vous vous connaissez bien, certes, et la longue épreuve de vos fiançailles s'est chargée d'asseoir votre foyer sur le roc.

Vous savez déjà ce qui vous fait souffrir et fait passer une ombre sur votre bonheur ; mais vous avez découvert les plus beaux chemins du cœur de l'autre et les ressorts sacrés de sa tendresse.

Vous savez maintenant que l'on n'admire jamais assez l'être qu'on aime, et combien sont vaines, au regard du véritable amour, toutes les crispations de l'amour propre. Pour un instant d'orgueil, on crée des heures de souffrance ; mais un seul sourire et un simple pardon font revivre des années de bonheur.

Plus vous aimerez, et plus il vous faudra accepter et vouloir que l'autre soit ce qu'il est ; car aimer, c'est justement faire exister l'autre, non pas tel qu'on le voudrait, mais tel qu'il se veut et tel que Dieu l'aime.

Aimer, c'est aller sans cesse au-delà de son propre désir, et mettre sa joie à faire la joie de l'autre, ainsi que disait le Christ Jésus :"Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir".

 

Alors, mais alors  seulement, l'amour devient une authentique charité, c'est-à-dire un amour pleinement humain vécu selon le cœur de Dieu.

Ton regard sur Marie, Olivier, doit suivre le regard de Dieu.

Ta visée sur Olivier, Marie, doit épouser le projet de Dieu.

C'est pour réaliser ce passage de l'amour seulement humain à l'amour charité que le Christ vient lui- même sceller votre union et faire de votre tendresse un chemin de grâce vers le Père.

Vous l'avez si bien compris que vous avez voulu placer votre vie conjugale et familiale sous le signe de la fidélité et du départ, en faisant des Béatitudes de Jésus la charte de votre foyer.

 

Heureux serez-vous, si vous restez pauvres de cœur et si vous recherchez avant tout, au-delà du confort et de la sécurité matérielle, l'amitié du Seigneur qui vous appelle et le Règne de Dieu parmi les hommes.

 

Heureux serez-vous si vous savez faire de votre maison un foyer de douceur, où il fera bon vivre, parce que, ayant renié toute aigreur et oublié toute révolte, vous serez pleinement réconciliés avec la pesanteur du passé et l'insécurité de l'avenir, car alors votre amour restera une terre chaque jour promise.

 

Heureux serez-vous si dans vos épreuves comme dans vos joies votre premier réflexe est de vous tourner tous deux vers le Christ pour trouver en Lui le sens de vos croix et faire monter par Lui votre action de grâces.

 

À vous le bonheur promis par l'Évangile, si vous restez à jeun de Dieu, toujours affamés de sa parole, toujours assoiffés d'une rencontre plus vraie avec Lui, car le Père lui- même vous rassasiera, vous et vos enfants.

 

À vous la joie qui vient de Dieu, si vous savez faire miséricorde, écouter, comprendre, compatir et pardonner, car ce qui reste de toute vie humaine, quand tout a brûlé au service de Dieu, et ce qui demeure impérissable du témoignage d'un foyer, c'est le sillon de bonté qu'on a tracé sur la terre.

 

À vous le regard clair et la fraîcheur de l'eau vive, à vous la joie de voir Dieu en toute chose, si dans votre maison et dans votre style de vie tout reflète pour vous et vos enfants l'allégresse des cœurs purs.

 

Vous voilà envoyés dans le monde comme des artisans de paix, vous que Dieu a choisis pour vivre un amour sans frontières, et puisque votre foyer doit réaliser jour après jour l'osmose de deux peuples et de deux cultures, vivez consciemment au service de l'Église cette vocation au dialogue.

 

Vous voilà compromis aux yeux du monde comme témoins du Ressuscité, et vous aurez besoin de vous épauler mutuellement pour rester fidèles à cette aventure de foi et d'espérance, aventure spirituelle qui n'exige pas forcément un destin hors-série – vos enfants auront besoin de sécurité – mais qui réclamera chaque jour de vous deux, appuyés l'un sur l'autre, que vous donniez beaucoup, car vous avez beaucoup reçu.

 

 

Sur cette route nouvelle qui s'ouvre à vous aujourd'hui vous ne serez jamais seuls :

le Christ sera là, qui par ses Béatitudes éduquera paisiblement votre regard, et vous apprendrez à la fois l'humble soumission au réel et l'audace tranquille au service du Royaume.

Marie sera là, vigilante et maternelle, devinant comme à Cana les besoins de votre foyer et prévenant la prière qui vous montera au cœur.

 

 

Olivier et Marie, sûrs de votre amour, et plus sûrs encore de l'amour de Dieu, partez avec confiance, et si le Christ, dans sa fidélité, vient vous chercher chaque jour pour donner davantage, réjouissez-vous.

 

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