"Nous mourons pour le Seigneur"

Rm 14

 

           

 

 

² C'est la journée du souvenir, et nous arrivons à cette Eucharistie portant dans la mémoire et dans le cœur bien des êtres chers qui nous sont encore très présents, bien que leur absence laisse dans nos vies un grand vide,

des hommes et des femmes à qui nous devons la vie,

des êtres jeunes ou moins jeunes qui nous devaient la vie,

des compagnes et des compagnons qui avaient lié leur vie à la nôtre,

et puis tous ceux qui ont fait avec nous un bout de la route, et qui se sont écartés un jour de la caravane pour entrer dans la mort, mystérieuse pour eux et pour nous.

 

² Mais un lien plus fort que le souvenir nous unit aujourd'hui à la grande famille de nos disparus, c'est le Christ lui-même,

qui a vaincu la mort pour lui et pour nous,

qui est le Seigneur des morts comme des vivants,

et qui aime nos morts tout autant qu'il nous aime, nous les vivants.

 

 

            ² Notre foi chrétienne ne nous prémunit pas contre la tristesse de la séparation.

Pour nous aussi, chrétiens, un deuil reste un deuil, une solitude demeure une solitude.

Mais nos tristesses sont reprises dans une espérance toute simple et très douce : notre vie est d'avance enclose dans la vie de Dieu, notre survie est d'avance inscrite dans la gloire de Jésus, et quand nos morts nous quittent, Dieu est capable de les faire vivre.

 

            ² Dans le plan de Dieu, qui est une invention d'amour, la vie des hommes est beaucoup plus que les quatre-vingts ans qu'ils passent sur la terre. Quatre-vingts ans, cent ans, ce n'est encore que le Prologue de l'éternité. Tous, nos morts et nous-mêmes qui sommes en sursis, nous sommes programmés pour l'éternité, et ce que Dieu nous demande, comme un Père à ses enfants, c'est d'entrer librement dans ce projet de vie et de nous laisser happer par la gloire.

 

            ² Si pleine, si dense, si heureuse que soit notre existence sur terre, il nous faut, pour vivre éternellement, passer au-delà, passer outre, "tré-passer", comme disaient nos ancêtres dans la foi.

            Mais ce passage, ce trépas, cet acte de mourir, où nous voyons souvent l'échec de tout bonheur et de tout projet, est en fait la remise de nous-mêmes entre les mains du Père ; c'est un moment que le chrétien peut vivre avec son Seigneur et pour le compte de son Seigneur :

"Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur,

et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur.

Que nous vivions ou que nous mourions, nous sommes au Seigneur" (Rm 14,8s).

 

            ² Ils sont au Seigneur, nos défunts qui nous ont laissés dans la peine ;

nous sommes au Seigneur, nous qui sommes encore sur la route et qui prions pour eux ; et c'est dans le Seigneur, Jésus Ressuscité, que nous vivons la journée du souvenir. C'est Lui, le lien vivant des vivants et des morts.

 

            ² Certes, ces réalités dépassent toute imagination. Rien, dans notre expérience d'ici-bas, ne peut servir de support pour nous représenter cette vie au-delà de la vie, ce vis-à-vis avec Dieu, qui dépassera toute attente, ce bonheur fraternel de partager sa gloire.

 

Mais Dieu nous en donné sa parole : cette vie-là est plus sûre encore que la mort.

 

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