Main dans la main

 

 

Le Seigneur, dans sa grande bonté, a permis que vos destins se croisent ; et vous allez partir ce matin tous deux sur la même route, la main dans la main ; vous allez prononcer avec joie ce oui si longtemps attendu qui va sceller définitivement votre amour et vous engager vis-à-vis de vous-mêmes, vis-à-vis de Dieu et de la grande famille des chrétiens. Vous voilà entourés de tous ceux qui vous aiment, qui sont venus prier avec vous et offrir à Dieu votre grand départ.
Je voudrais brièvement ce matin vous parler du bonheur, du bonheur chrétien qui vous attend si vous savez le chercher selon Dieu.

Longtemps vous avez mené une vie indépendante : vous ne partagiez avec personne votre travail, votre repos, votre prière. Et brusquement un autre est entré dans votre cœur, par le chemin mystérieux de l'amour, et tout a été changé : votre existence a pris un sens nouveau, vous avez été arrachés à vous-mêmes ; tous vos sentiments, tous vos espoirs, toutes vos forces ont alors tendu vers un seul but : fonder devant Dieu un beau foyer chrétien, lier à jamais vos deux vies, vous donner l'un à l'autre corps et âme pour toujours.

Pour toujours … Désormais vous allez marcher à deux, réfléchir à deux, espérer à deux, prier à deux. Tout sera commun, les joies comme les peines, les soucis de la maison comme la chanson des berceaux, la fraîcheur de votre premier amour comme les épreuves de l'âge mûr et le poids de la vieillesse.

Le secret du bonheur, c'est de se donner. C'est facile quand on s'aime, et pourtant à la longue cela réclame beaucoup d'humilité, de patience et de sacrifices. Il faudra vous oublier sans cesse, vous effacer dans l'autre cœur, préférer toujours le bien-être de l'autre, le plaisir de l'autre, la paix de l'autre. Alors peu à peu votre amour mûrira. Vous découvrirez, bien sûr, que vous n'êtes pas parfaits, vous trouverez en l'autre à la fois des richesses et des misères que vous n'aviez pas soupçonnées ; et pourtant vous sentirez que votre amour ne vous a pas trompés. Quand vous aurez souffert ensemble et l'un par l'autre, quand vous aurez expérimenté la douceur du pardon chrétien, vous vous aimerez autrement, mais vous vous aimerez mieux ; et votre amour, plus fort et plus vrai, restera toujours jeune, car il n'est qu'une chose au monde qui fasse vieillir, c'est l'égoïsme.

C'est bien ce que disait Notre Seigneur : "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir", et connaissant à la fois la grandeur de l'amour humain et les sacrifices qu'il exige, le Christ a voulu faire du mariage un sacrement. Un sacrement, c'est quelque chose que l'on voit et qui nous apporte la grâce de Dieu, qu'on ne voit pas. Ce que vous verrez, ce que vous sentirez, c'est l'harmonie profonde de vos deux êtres. Eh bien, à partir d'aujourd'hui, si vous avancez sous son regard, Dieu se servira de votre bonheur et de votre union pour verser en vous son amitié, sa vie, sa grâce toute puissante. Votre mariage est une chose sainte, et c'est là que désormais vous devez tous les deux, et ensemble, devenir des saints.

L'Apôtre saint Paul, pour montrer aux époux chrétiens la beauté de leur idéal, comparait leur amour à l'union du Christ et de l'Église qu'il a rachetée : "Que les femmes, disait-il, soient soumises à leur mari comme au Seigneur. Car le mari est le chef de sa femme comme le Christ est le chef de son Église.L'Église se soumet au Christ, ainsi les femmes doivent se soumettre en tout à leur mari" (Ep (,22-24).

On comprend mal parfois ces directives données par l'Apôtre. Il est bien évident que le mari et la femme sont deux personnes humaines qui ont même valeur aux yeux de Dieu, et qui ont dans la vie commune exactement les mêmes droits et les mêmes obligations. Il reste cependant que l'homme et la femme ont des rôles différents à jouer au foyer. Et ce que saint Paul veut souligner, c'est que la vraie grandeur de la femme est faite d'accueil et de charité silencieuse.

De même que l'Église dépend en tout de son Seigneur et qu'elle reçoit de Lui la vie de la grâce pour la transmettre au monde entier, de même l'épouse trouve en son mari de quoi s'achever elle-même, et elle est son associée pour l'œuvre magnifique que Dieu leur confie à tous deux : faire éclore la vie, la protéger, la guider et l'épanouir.

De même que l'Église ne vit que pour la gloire de Jésus, ainsi l'épouse, attentive, délicate, veillera aux intérêts de son mari autant qu'aux siens propres et saura deviner ses désirs et ses  préférences. Ce n'est pas toujours facile pour une femme d'être à la fois épouse et mère : comme épouse, elle voudrait beaucoup recevoir, et comme mère, il lui faut sans cesse donner. Car Dieu a fait de la femme le cœur vivant du foyer, son atmosphère et sa chaleur ; et cela suppose des trésors de douceur et d'abnégation. Pour une chrétienne qui se veut fidèle au Seigneur et à sa charité, le mariage est une porte ouverte sur l'héroïsme et sur la sainteté.

Puis saint Paul s'adresse aux maris, et le programme qu'il leur trace n'est pas moins exigeant et enthousiasmant, car le Christ reste le grand modèle.
"Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église : il s'est livré pour elle afin de la sanctifier". Le Christ, pour purifier et sauver l'humanité, est allé jusqu'au bout du sacrifice ; pour donner à son Église la joie et la paix de Dieu, durant toute sa vie il n'a pas eu "où reposer sa tête", et il s'est laissé clouer sur une croix. Voilà ce que c'est pour le Christ d'être le chef de son Église ; voilà ce que c'est pour un homme que d'être le chef de famille.

Dieu lui a confié une compagne, plus frêle que lui, plus émotive, plus résistante aux coups de la vie. Il doit être, lui, le roc du foyer, le guide toujours calme qui fait plier le destin à force de droiture, de courage, et de confiance en Dieu. Il doit dépasser son travail, son repos, son bien-être, et se pencher sur le bonheur de celle qu'il a choisie, simplement, affectueusement et avec nuances, car elle qui doit tant donner a bien besoin aussi de se savoir aimée.

Si vous fortifiez ainsi constamment votre amour par la charité du Christ, vous resterez profondément unis dans votre mission auprès de vos enfants.
L'éducation, c'est la grande réussite d'un foyer chrétien ; ce sera aussi votre tâche la plus urgente, et tous deux vous jouerez un rôle irremplaçable. Quand les enfants sont bien portants, bien propres et bien polis, ce n'est encore qu'un commencement. Il vous revient d'en faire des fils et des filles de Dieu, de leur donner des réflexes chrétiens, de leur inculquer le sens de la prière, l'amour des sacrements, la fidélité à l'Église de Dieu. Vous leur donnerez le goût du ciel, car la vie est brève, pour eux comme pour vous, et nous n'avons pas ici-bas de maison définitive.

Vous le savez, le meilleur des catéchismes, c'est la vie exemplaire d'une maman et d'un papa chrétiens. Aussi, vous donnerez l'exemple d'un foyer ouvert, ouvert aux joies et aux souffrances des autres foyers, car un égoïsme à deux est toujours un enfer. Il n'y a rien de si triste dans nos campagnes que des foyers chrétiens qui s'ignorent. Sachez, certes, sauvegarder l'intimité de votre foyer, car il est avant tout le nid de vos enfants ; mais que tous ceux qui vous entourent, jeunes ou vieux, puissent s'ils le veulent se réchauffer un peu auprès de votre bonheur.
Faites rayonner votre joie et votre paix : "Heureux les pacifiques, a dit Jésus, car ils seront appelés enfants de Dieu". Montrez à tous que le bonheur des chrétiens est un bonheur véritable, et qu'il est une conquête de tous les jours.

 

Tel sera donc votre foyer : un foyer où Dieu a sa place, la première place. Souvenez-vous toujours que si votre bonheur est grand, Dieu est plus grand que votre bonheur. L'amour vrai ne consiste pas à se regarder sans cesse, mais à regarder tous deux vers la même lumière. Vous ne vous suffisez pas à deux ; vous ne suffirez pas à vous rendre heureux si vous ne cherchez pas Dieu ensemble. Mais vous pourrez donner Dieu à vos enfants s'Il est bien vivant dans votre cœur.

Ne soyez pas inquiets pour l'avenir. "À chaque jour suffit sa peine", disait Jésus. Remplissez votre tâche loyalement, et faites confiance au Christ Jésus : la grâce du sacrement sera là pour vous soutenir.
Et puis confiez votre foyer à Notre Dame, épouse et mère ; appelez-la comme témoin des promesses que vous allez échanger, afin qu'elle soit toujours votre confidente et votre conseillère et que jusqu'au bout du chemin elle vous couvre tous deux du manteau de sa bonté et de sa douceur.

 

 

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