"Moi aussi, je travaille"

Jn 5,17-30

Jésus vient de guérir un infirme à la piscine de Bethesda ; et ce miracle, il l'a accompli un jour de sabbat. Ses adversaires prennent prétexte de cette audace pour contester sa mission et pour refuser de voir en lui l'Envoyé de Dieu.

Dans le discours que nous venons de lire, Jésus entreprend de se justifier, et d'une manière qui soit convain­cante pour ses interlocuteurs. C'est pourquoi il va faire allusion aux discussions des rabbins de son temps.

 

² Dieu, certes, "s'est reposé" de son œuvre après la création ; mais les théologiens d'Israël se rendaient bien compte que Dieu continue de "travailler", même le jour du sabbat des hommes : sa Providence, en effet, reste active, sinon la nature et les vivants cesseraient d'exister. En particulier, en ce qui concerne les hommes, l'activité divine est visible de deux façons :

- des hommes naissent, or Dieu seul donne la vie

- des hommes meurent, même le jour du sabbat, or Dieu seul peut juger ces hommes qui viennent de mourir. Donner la vie et juger : voilà deux œuvres que Dieu n'interrompt pas le jour du sabbat ! Un contemporain de Jésus, Rabbi Yohanan, enseignait, dans un langage imagé : après la création, Dieu a gardé dans sa main trois clefs, qu'il ne confie à personne : celle de la pluie, celle de la naissance, et celle du jugement des morts, et lui-même les utilise même le jour du sabbat.

 

 

² À la lumière de ces catéchèses juives, l'argumentation de Jésus devient limpide : "Vous me reprochez de guérir, de sauver la vie le jour du sabbat ? À ce compte-là vos devriez vous en prendre à Dieu, qui donne la vie et qui juge, même le jour du sabbat, quand un homme vient au jour ou quitte l'existence.

Mais tout en s'abritant ainsi derrière l'exemple de Dieu, Jésus revendique pour lui-même des pouvoirs inouïs : s'il a le pouvoir de guérir et de garder en vie, il a aussi le pouvoir de juger, et il l'exerce à deux niveaux :

- à la fin des temps, ce sera le jugement prononcé par le Fils de l'Homme, pour ceux qui "sortiront des tombeaux" ;

- au long du temps, en chaque aujourd'hui du chrétien, c'est déjà le jugement provoqué par l'irruption de la lumière : une frontière se dessine immédiatement entre lumière et ténèbres, entre la foi et le refus, entre l'égoïsme et l'amour, et cette frontière traverse notre cœur.

 

² Le "jugement" (krisis), dans l'Évangile de Jean, est donc un mot très riche, que l'on peut entendre à deux niveaux : tantôt il s'agit d'une sentence, tantôt de l'appel à une décision qui engage toute la vie et chaque jour de la vie. La sentence suppose un juge et un contexte de jugement, et cela nous renvoie à la fin des temps et à la Pa­rousie du Seigneur ; l'appel à la décision retentit tout au long de l'existence, et nous fait vivre à l'avance le grand oui à la lumière que Dieu nous demandera au moment de la mort corporelle.

Nous rejoignons là les deux niveaux de l'eschatologie si étroitement imbriqués dans la théologie johannique. Jean, d'une part, en rapportant les paroles de Jésus, maintient l'eschatologie future sur l'horizon de notre foi : "L'heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'Homme, et ceux qui au­ront fait le bien en sortiront pour la résurrection qui mène à la vie" (5,28-29). Mais d'autre part le même Jean, avec des mots presque semblables, évoque le thème qui lui est cher de l'eschatologie déjà inaugurée, de la vie éternelle déjà maintenant offerte et accueillie : "En vérité, en vérité je vous le dis, l'heure vient - et maintenant elle est là - où les morts (les morts spirituels !) entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront entendue vivront" (5,25).

 

² La vie, le jugement, les pouvoirs de Jésus qui nous sauve, tout cela retentit directement, et au quotidien, dans notre cœur et notre prière. Dès aujourd'hui nous accueillons la Parole qui sépare en nous la lumière des ténè­bres, dès aujourd'hui nous entendons la voix du Fils qui possède la vie en lui-même, mais ce que nous serons près de lui dans la gloire demeure enveloppé de mystère.

Une certitude, toutefois, nous rend allègres sur la route : le Père, jusqu'à présent, travaille, et Jésus aussi travaille à notre bonheur.

 

 

 

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