"Le Seigneur a dit à mon Seigneur"

Mc 12,35-37

 

 

Cette fois, c'est Jésus qui prend l'initiative et qui pose les questions, en plein parvis du Temple, non pas pour embarrasser les scribes, spécialistes de la Loi, mais pour les amener à prendre position vis-à-vis de lui-même. À vrai dire la question nous surprend, nous aussi : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite". Quelle étrange manière de parler, et qu'est-ce que le Christ veut dire vraiment ?

² Il faut bien voir que nous sommes ici un peu victimes de nos devanciers. C'était une habitude, chez les Juifs, depuis environ deux siècles, de dire partout " le Seigneur" (kurios, 'Adonay) là où les anciens disaient simplement :"Dieu" (Yahweh). Donc il nous faut comprendre : "Dieu a dit à mon Seigneur". Mais ce n'est encore qu'à moitié clair. Que faut-il entendre par : "mon Seigneur" ? Rappelons-nous que celui qui parle, celui qui dit "mon Seigneur", c'est David, en qui l'on voyait à l'époque l'auteur de tous les Psaumes, en particulier de ce fameux Ps 110. Dans la bouche de David, "mon Seigneur", c'est le Roi à venir, le Roi-Messie issu de sa race. Dès lors tout devient un peu plus transparent :"Dieu a dit au Messie : Assieds-toi à ma droite ;je vais faire de tes ennemis le marchepied de ton trône". Dieu dans le Psaume promet à son Messie de prendre sa cause en mains jusqu'au bout.

² Nous comprenons alors la question de Jésus, qui veut faire réfléchir les scribes : comment le Messie peut-il être en même temps plus et moins que David, moins en tant qu'il est son fils, son descendant, plus, s'il est déclaré son seigneur ? Et nous répondons, avec notre foi et le témoignage des Évangiles : Jésus, effectivement, est moins que David parce qu'il est son descendant ; il est plus que David, et Seigneur de David, parce qu'il est le Messie, Fils de Dieu.

² Et nous retrouvons l'affirmation majeure de notre foi chrétienne, formulée déjà par Paul à la communauté de Rome (en 58 ap.JC) : "le Fils de Dieu, issu selon la chair de la postérité de David, est, selon l'Esprit de sainteté, établi Fils de Dieu dans toute sa puissance en suite de sa résurrection des morts" (Rm 1,3-4).
Nous avons là une présentation du Christ (une christologie) à deux niveaux, le niveau du Jésus qu'on a connu, et le niveau de la résurrection. Cette présentation de la lettre aux Romains est typique des débuts du christianisme, et elle est d'autant plus attachante qu'on y entend encore l'écho de la communauté primitive araméenne ; en effet, il y est question de l'Esprit de sainteté (rûho' dequdsho'), désignant l'Esprit Saint (to pneuma to hagion).

² Par sa question, sans rien forcer, Jésus conduit ainsi les scribes au mystère de sa personne, vrai Dieu et vrai homme. C'est de cette pédagogie de Jésus que nous vivons encore aujourd'hui, quand nous reprenons, avec le Credo de toute l'Église, au cœur de l'Eucharistie du dimanche : "il est Dieu, né de Dieu, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu".

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