Le Père des miséricordes

(2 Co 1,3. Avent)

 

 

² L'histoire du peuple élu n'est-elle pas notre propre histoire ?
Dieu fait grandir des fils, et les fils se révoltent ;
Dieu nourrit des fils, et les fils méprisent le Saint d'Israël ;
Dieu éduque ses enfants, mais ses enfants ne veulent rien comprendre et accumulent les trahisons.

² Qu'il s'agisse du peuple élu, ou de nous, les élus de ce peuple,
l'orgueil humain veut souvent faire échec à la pédagogie de Dieu,
qui est pourtant une pédagogie de miséricorde,
"car Dieu reprend celui qu'il chérit, comme un père son fils bien-aimé" (Prov 3,11).
"Le Seigneur ne rejette pas les humains pour toujours ;
s'il a sévi, il prend en pitié selon sa grande bonté,
car ce n'est pas de bon cœur qu'il humilie et afflige les fils d'homme" (Lm 3,33).

² Certains textes, il est vrai, venus de l'AT, ne peuvent être lus par nous, chrétiens, sans être replacés en perspective.
Par exemple ce que chante Anne :
"Le Seigneur fait mourir et fait vivre". (1 Sm 2,6 ; cf.Os 6,1).
II faut nous situer des siècles en arrière, et bien retenir trois nuances importantes : 1°  l'Auteur veut affirmer qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et non pas plusieurs qui se partagent bonheur et malheur ; 2°  à ce Dieu unique, rien n'échappe ; 3°  ce qu'il faut admirer, c'est la surenchère de notre Dieu, et elle va toujours dans le sens de la miséricorde.
De la sorte, si le vieil auteur écrit que Dieu "appauvrit", "abaisse" et "fait mourir", il souligne surtout que Dieu "enrichit", "élève" et "fait vivre".
Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour", et les sages d'Israël le répètent à satiété : "Ne méprise pas, mon fils, la leçon du Seigneur, et ne prends pas mal sa réprimande" (Prov 3,11).

² Mais à quoi bon toutes ces attentions de Dieu, du "Dieu de notre salut", à quoi bon sa patiente éducation si nous nous détournons de lui, si nous refusons de connaître ses voies et de nous laisser diriger dans sa volonté ?
S'il y a échec, ce sera un échec de l'homme :"sa vie se dessèche comme un désert salé ; solitaire et inutile, elle va se délabrant comme une cabane dans un jardin" (Is 1,8).
Dieu, lui, ne se lassera pas de faire miséricorde : "ses compassions ne sont jamais épuisées, elles sont neuves tous les matins" (Lm 3,22). Nous aurons beau Le faire attendre, nous aurons beau lui refuser la joie de se montrer Père, il y aura toujours quelque part un "petit reste", de quoi rebâtir les remparts de notre vie, de quoi reprendre le culte interrompu.

Tel est le mystère du pardon de Dieu,
 tel est l'amour du Créateur pour l'œuvre de ses mains,
 telle est "l'insondable richesse" de Celui que Jésus appelait "Abba",
et que nous oserons tout à l'heure prier comme "notre Père",

"le Père des miséricordes, et le Dieu de tout réconfort" (2 Co 1,3).

 

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