"Sur tes lèvres et dans ton cœur"

Rm 8,10-18

 

 

 

 

Qu'ils sont beaux, les pas des missionnaires de l'Évangile !

Qu'elle est belle, la course de la Parole de Dieu !

 

²  Tout s'origine dans le dessein de Dieu, dans son plan d'amour éternel, dans ce mystère qui a été "tu" durant des siècles, caché dans le grand silence de Dieu, et que Dieu a manifesté en son Fils, au temps marqué par sa sagesse.

 

            Le Fils de Dieu, de sa voix d'homme, a fait entendre les paroles du Père. Puis l'Envoyé de Dieu a lui- même envoyé les hommes, porteurs de ces mêmes paroles qu'il avait entendues auprès de Dieu. La voix de ces témoins a ensuite retenti par toute la terre, et chaque jour les paroles du message de Jésus, toujours neuves, toujours nouvelles, toujours surprenantes, nous rejoignent sur notre route de pèlerins.

 

            Nul d'entre nous n'est trop loin, nul n'est oublié ni laissé démuni, car tout disciple de Jésus peut s'entendre dire, aux heures les plus sombres comme aux jours de joie :

            "La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur",

             la parole de la foi portée par l'Église à partir de la voix de Jésus.

 

²  "Sur tes lèvres et dans ton cœur".

            Paul commente : dans ton cœur puis sur tes lèvres.

C'est en effet dans la passage du cœur aux lèvres que se joue l'authenticité de toute vie de foi, et pour nous la vérité de notre vie contemplative.

 

            Dans notre cœur naît et s'enracine la réponse à la parole venue de Dieu,

car c'est le cœur, au sens biblique, qui comprend, qui aime et qui désire.

Quand notre cœur se met au diapason de l'œuvre de Dieu, quand il accueille et laisse grandir cette conviction :"Dieu a ressuscité son Fils d'entre les morts",

c'est tout notre être qui entre dans la lumière,

c'est notre vrai moi qui commence à voir les choses selon Dieu, à entendre Dieu commenter son œuvre dans notre propre histoire,

c'est notre liberté filiale qui s'ajuste à Dieu, à son vouloir, à son mystère,

et c'est cela la "justice", celle des prophètes, celle des psalmistes, celle de Paul : un ajustement à l'amour qui vient du Père.

 

            "La foi du cœur obtient la justice", dit Paul, et quand la foi nous a mis ainsi en consonance avec Dieu, la parole, jaillissant d'un cœur qu'elle a touché et converti, peut fleurir sur nos lèvres

en louange,

en interrogations douloureuses,

en implorations confiantes.

            Alors nous entrons pleinement dans le salut. La foi du cœur et la confession des lèvres ne sont que deux moments d'un même accueil de la parole. De même que la justice et le salut ne sont que deux visages de notre identification au Christ Premier né.

 

²  C'est à travers cette adhésion théologale à Dieu et à son dessein que la parole devient fertile en nous, comme la pluie, qui ne revient pas aux nuées sans avoir fait fructifier la terre.

            Mais les germinations et les croissances éveillées par la parole du Christ sont souvent si secrètes et si lentes qu'elles ne sont perceptibles ni à nos yeux ni à notre cœur. Nul n'a jamais vu pousser un arbre ni une fleur ; de même nos yeux sont trop mobiles et notre cœur trop impatient pour que nous puissions saisir dans notre vie l'œuvre des lenteurs de Dieu. À l'inverse nous sommes trop prompts à prendre du repos en pleine croissance pour pouvoir deviner les hâtes de l'Esprit Saint.

 

 

²  Car c'est lui qui est à l'œuvre, sans mains ni visage. C'est lui qui accompagne la course de la parole de Jésus pour la rendre vivante, urgente et apaisante, aux moments forts de notre chemin de foi comme dans le continuo de la fidélité.

 

            C'est lui, l'Esprit, qui nous a donné de lâcher nos filets quand Jésus est passé.

            C'est lui qui œuvre avec nous lorsque, des nuits entières, la barque reste vide.

            C'est lui qui nous fait entendre, au petit matin, la voix de Jésus qui nous attend sur la rive.

Après dix, vingt, vingt-cinq ans sur la Montagne du Carmel, dans la Montée du Carmel, c'est encore lui, le Paraclet, qui nous conduit, au-delà de toutes les solitudes, en dépit de toutes les lassitudes, dans le beau pays de la vérité tout entière, et qui vient nous redire, avec les mots de Jésus lui- même, que Dieu ne nous a pas trompés et qu'il poursuit, en silence, son dessein d'amour.

           

Tout au long de l'exode communautaire, d'étape en étape, de départ en départ, lui, l'Esprit de Jésus vient à nous avec lumière et force, et nous donne de faire de chaque poste de service un lieu de liberté.

            Il modèle notre destin sur celui du Serviteur de Yahweh, nous donne la force de nous "enraciner" "comme une plante chétive, dans une terre aride", et nous fait entrer à notre tour dans l'Heure de la Passion glorifiante.

 

            Dans le silence du Carmel qu'il a désiré pour nous avec nous, dans l'espace fraternel où il a enclos notre fidélité, il nous introduit, à son rythme, dans la mission de Jésus et de son Église ; il nous fait comprendre que notre manière, au Carmel, de nous mettre au service de la parole, c'est avant tout de la laisser advenir jusqu'à l'intime de notre cœur et de lui livrer passage jusqu'au milieu des relations fraternelles.

 

           

C'est alors que la parole achève sa course dans notre vie de pauvres,

            c'est alors qu'elle peut éclore sur nos lèvres en action de grâces.

 

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