L'enfant et l'esclave

(Ga 4,1-3)

 

La Lettre aux Galates reprend le thème pascal de la libération de l'humanité.
Pourquoi le peuple de Dieu, déjà libéré de la servitude de l'Égypte, avait-il besoin d'être à nouveau libéré par le Christ ? – parce qu'il s'était mis de lui- même dans un nouvel esclavage, en vivant la loi de Dieu, loi de vie, d'une manière trop extérieure.
Pour faire saisir cela aux Galates, saint Paul emprunte, comme bien souvent, une comparaison aux usages du droit de son temps.

² "Tant que le fils héritier n'est qu'un enfant, rien ne le distingue de l'esclave, bien qu'il soit "le maître de tout". Il reste soumis à ses tuteurs et aux intendants, aussi longtemps que son père en a décidé" (Ga 4,1-2). Autrement dit, le peuple élu, sous le joug de la loi, est malgré tout demeuré un mineur, et c'est cela, selon Paul, qui doit changer avec le Christ. "La loi juive, explique-t-il, a été notre pédagogue jusqu'au Christ".
Le pédagogue, dans le monde grec, était l'esclave chargé d'accompagner l'enfant dans ses sorties, et notamment de le conduire à l'école. Évidemment bien des garçons piaffaient sous cette tutelle et attendaient comme une délivrance le jour de leur seizième année, où ils quittaient la toge des enfants, à bords rouges, pour revêtir l'habit blanc de leur majorité.
De même, l'emprise de la loi juive sur la vie des croyants n'avait qu'un résultat, aux yeux des chrétiens : faire grandir en eux la nostalgie d'une vraie liberté.
On comprend dès lors l'accent triomphal de saint Paul : "Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ !" Seul, en effet, le Christ fait accéder l'homme à sa majorité spirituelle.

² Le texte de Paul n'a rien perdu de son actualité, car d'autres servitudes ont remplacé pour nous celle de la loi ancienne :
    Servitudes, imposées du dehors, du rythme moderne, qui anémie notre vie intérieure,
    servitudes des vérités à bon marché qui cadenassent les consciences ;
    tyrannie parfois du confort et des loisirs, qui nous fait oublier que le monde a faim,
    sursaturation de sons, d'images, de lumières, de réclames et de propagande.
Plus profondes encore, les servitudes personnelles, dont le chrétien sent la pesanteur lorsque, devant le Christ, il essaie loyalement de faire le point, tous ces esclavages spirituels que saint Jean appelait "le désir des yeux, le désir de la chair, et l'orgueil de la vie" (1 Jn 2,16).
Et puis cette vieille tentation, louvoyante, de nous fixer à un stade moyen de fidélité, en étouffant l'appel des Béatitudes, de nous accrocher plus ou moins à une vision du monde qui nous rassure,
    pour n'avoir pas à nous remettre sans cesse en question,
    pour éviter d'entrer avec toutes nos forces vives dans le grand mouvement de rénovation que le Christ veut lancer dans son Église,
    pour contourner la nécessité de construire avec d'autres.

² De tout cela, certes, rien n'échappe au pardon du Christ, et le Seigneur sait bien que nous vivons dans un monde difficile. Dans tout cela notre volonté souvent n'est que peu engagée. Mais tant que le monde, "les éléments du monde", nous tiennent en esclavage, nous restons malgré nous, face aux promesses du Royaume de Dieu, des "mineurs" et des incapables, et nous attendons, nous demandons une nouvelle liberté

qui nous rende devant Dieu notre joie de vivre.

 

 

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