Le départ d'une aïeule

 

 

 

 

 

 

 

Le départ d'une aïeule, même à un très bel âge, est toujours, dans une famille unie, un moment sacré d'émotion, de souvenir et d'espérance.

Des sentiments contrastés se bousculent dans notre cœur : le chagrin d'avoir perdu le regard, la voix, la présence apaisante de celle qui vient de nous quitter, le soulagement de savoir qu'elle n'a pas souffert trop longtemps, la reconnaissance pour le dévouement et la gentillesse dont elle a été entourée à la clinique, et la joie de l'avoir vue lucide et si digne jusqu'au bout, jusqu'au bout attentive à tous ceux et toutes celles qui venaient l'accompagner un moment sur le sentier des derniers pas.

 

Tous, dans notre souvenir ou notre prière, nous retrouvons spontanément ce film de mille joies, de quelques grandes douleurs et de tant d'instants précieux, qui se projetait dans notre cœur au moment où ensemble nous fêtions ses quatre-vingt-dix ans.

Tous, durant des décennies, nous avons eu devant les yeux "son exemple de compréhension, d'amour et de partage"; tous nous avons eu "la chance de connaître ce repère d'amour", comme le lui écrivait son petit-fils,  avant d'accourir à son chevet. Et c'est lui encore qui évoquait cette mystérieuse transmission de la sagesse, d'une génération à une autre, qui est le secret des familles heureuses :

"Tout ce qui a du sens a du cœur,

         tout ce qui vient du cœur a du sens !

         Les choses simples apprises à travers le quotidien de parents responsables

         se confortent et s'embellissent auprès de grands parents aimants et libres".

 Les souvenirs des êtres aimés ne sont jamais plus beaux que lorsqu'ils sont échangés, et c'est ce que nous allons faire, sereinement, dans les semaines et les mois qui viennent, sans nous étonner que le chagrin demeure, mais en laissant la vie irriguer notre peine, la vie simple et tranquille, qui avait pour mamie tant de prix et auprès d'elle tant de charme.

 

Mais dès aujourd'hui notre regard se tourne, pour elle et pour nous, vers la promesse du Christ: "Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père". Il y a, près du Père, un lieu de repos pour notre mamie, car elle a gardé jusqu'au bout la foi de sa jeunesse, comme le ruisseau discret auquel elle venait boire, et comme une lumière qui a éclairé tous les grands choix de sa vie. Auprès du Père il fait bon vivre, dans une joie qui jamais plus ne sera menacée ni incertaine; et cette maison du Père, vers laquelle Jésus restait tendu, de tout le désir de son cœur d'homme, il l'ouvre lui-même à tous ceux qui s'endorment en lui:

"Je pars vous préparer une place,

         puis je reviendrai vous prendre avec moi,

         et là où je suis, vous serez vous aussi" (Jn 14,3)

Pour notre foi cheminante, c'est encore une donnée impalpable; pour mamie c'est désormais une réalité de bonheur, c'est le quotidien éternel de son bonheur.

Désormais, si nous voulons la rejoindre là où elle est, c'est dans ce bonheur de Dieu qu'il faudra la chercher, avec tous ceux qu'elle a aimés sur terre et qui l'ont précédée dans la vie définitive ; et c'est à cause de cette espérance que nous sommes réunis ce matin autour de mamie sous le regard de Dieu.

Où que nous soyons parvenus sur la route de la vie, reprenons force dans l'assurance de Jésus :

       "Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie ;

        personne ne va vers le Père sans passer par moi".

Même dans une vie très simple, comme fut celle de mamie, si nous décidons de laisser place au Christ, il nous gardera notre place dans la joie de son Père.

 

 

 

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