Le  dimanche du Bon Pasteur

Jn 10,1-18

 

Un enclos, des brebis, un berger : le cadre est facile à imaginer. Au temps de Jésus le parc à brebis était souvent un carré dessiné à flanc de coteau par des murets de pierre, et parfois, plus près des maisons, une cour à murs bas, avec, çà et là, une protection de ronces ou d'épines, et, bien sûr, une porte unique. Le parc regroupait pour la nuit les troupeaux de plusieurs bergers, et au petit matin, chaque pasteur venait appeler et emmener ses brebis.
À partir de ces éléments tout simples, presque banals, Jésus nous propose un enseignement vigoureux sur la foi, sur notre foi. C'est la parabole du Bon Pasteur.

Par deux fois Jésus déclare : "Je suis la porte", et il s'en explique de deux manières.

 

² Jésus est d'abord la porte pour les bergers, par laquelle ils doivent approcher les brebis. Et là Jésus s'adresse aux responsables du peuple de Dieu.

Celui qui saute le mur est "un voleur et un brigand" : il ne vient pas pour prendre soin des brebis. Celui qui passe, tranquillement, par la porte, est le vrai berger, et il le prouve en agissant : il appelle chacune par son nom, le nom qu'il a inventé pour elle, et les fait toutes sortir ; puis il marche à leur tête pour les conduire où il veut, parce qu'il sait où se trouve l'herbe tendre.
À la manière de Jérémie (2,8 ; 10,21 ; 23,1-8) et d'Ézéchiel (34), Jésus s'en prend aux faux bergers "qui sont venus avant lui". Qui sont-ils ? Non pas les prophètes de Dieu, mais les marchands de bonheur, tous ceux qui, en Israël et dans le monde païen, prétendaient apporter la recette du salut et la vraie connaissance des choses de Dieu.

En régime chrétien, dès que l'on nomme les pasteurs, on évoque les hommes et les femmes que Jésus a appelés près de lui pour leur confier les destinées de son Église, ceux et celles qui lui ont répondu, qui sont consacrés au Royaume de Dieu à plein temps et qui portent, au quotidien, le souci du troupeau des croyants.
Chacune ou chacun d'eux, bien souvent, en fin de journée ou au cœur de l'action, se demande, à la lumière de l'Évangile ou de l'amitié de Jésus  :
- ne suis-je pas en train de m'approprier les brebis du Seigneur ?
- le Christ est-il présent en tiers dans tous mes dialogues ?
- mon travail de berger ou de bergère est-il pacifiant, élevant, libérateur ?
- suis-je prêt à sacrifier, s'il le faut, pour le troupeau une part de ma tranquillité, de mon épanouissement personnel ou de ma réputation ?
Et chacun repart avec joie pour un meilleur service du Christ, à qui il a voué sa vie.

 

² Mais le Seigneur est aussi porte pour les brebis, la porte que franchit chacune pour "entrer et sortir", entrer pour se mettre à l'abri avec toutes les autres, sortir pour marcher au large et trouver l'abondance.
Entrer et sortir, c'est la liberté que l'on trouve dans le Christ ; et là, chacun de nous est interpellé. Déjà le psalmiste déclarait, à propos de l'entrée dans le Temple : "C'est ici la porte du salut, les justes y entreront !" (Ps 119,20). Jésus redira, dans le même sens, au cours de son repas d'adieux du jeudi saint :"Je suis le chemin, la vérité, la vie ; nul ne va au Père que par moi !".

Et tout comme il y a deux sortes de bergers, le vrai et l'étranger, on repère deux types de réaction des brebis. Quand se présente leur berger, elles écoutent sa voix et le suivent ; quant au mercenaire, elles le fuient, parce qu'elles ne connaissent pas sa voix.

À la lumière des paroles de Jésus sur le berger, la porte et les brebis, c'est toute notre vie de croyants qui peut être relue : nos habitudes, nos raideurs, nos révoltes, notre volonté de puissance, nos tristesses et nos résignations. Et ce sont des questions vitales :

D'abord, quels sont les bergers que je suis prêt à suivre ? Quand il s'agit de mener ma vie, de guider mon action, qu'est-ce qui fait concurrence, en moi, à Jésus Berger ?

Puis surgit cette autre question : quelle voix me fait lever, sortir, agir ? Les voix que j'accueille ne me font-elles pas retomber sur moi- même ? Si souvent l'on entend la voix des gens blasés, des gens tristes, déclarant que, dans notre monde actuel, il est trop tard pour tout, ou la voix de croyants qui font bien partie des brebis de Jésus, mais qui n'ont qu'amertume ou ironie pour la Bergerie qui les a nourris et élevés.
La voix qu'il fait bon entendre, c'est, au contraire, la voix tonifiante du Christ, qui veut nous conduire par ses chemins à sa mission, au service du Règne de Dieu son Père ; c'est aussi la voix très douce et insistante de l'Esprit qui souffle où il veut, qui appelle qui il veut, et qui ouvre toujours, dans le cœur, des chemins inconnus.

Quant à la liberté que je cherche, est-elle l'aisance filiale que le Christ est venu apporter ? Si je sors du bercail vers les nourritures nouvelles du corps et de l'esprit, c'est avec quelle avidité et pour quelle abondance ? si je rentre dans l'enclos, c'est pour quelle sécurité ?

 

Le Christ Pasteur est pour nous celui qui accueille et celui qui envoie, celui qui rassemble et qui relance. Il est devant moi chaque jour comme une porte toujours grande ouverte, qui m'invite à entrer pour la fraction du pain, qui m'appelle à sortir pour l'aventure de la foi et de l'espérance, pour le risque du témoignage.

 

12 avril 2009, cinquante ans de sacerdoce,

            fr.Jean Lévêque

 

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