Le doute du Baptiste

(Mt 11,3)

 

² Même Jean le Baptiste a eu besoin d'être conforté dans sa foi et son espérance.
Il avait pourtant, au Jourdain, reconnu et confessé la supériorité de Jésus (Mt 3,14) ; mais les choses pour lui s'étaient gâtées : il s'était retrouvé en prison pour avoir dit son fait à Hérode (Mc 6,13), et Jésus ne tentait rien pour le sortir de sa geôle. Le Baptiste entendait bien parler par ses disciples de l'enseignement et des miracles de Jésus, mais il ne reconnaissait pas le programme que lui, Jean, avait annoncé :
- une cognée à la racine des arbres,
- un grand coup de pelle à vanner qui disperserait au grand vent tous les traîtres et tous les tièdes,
- la colère qui se précise.
Voilà, au contraire, que l'arrivée du Messie est un avènement de miséricorde !
"Heureux les doux", dit Jésus,
"Heureux ceux qui pleurent",
"Heureux ceux qui ont faim et soif de sainteté".

² Alors Jean ne comprend plus, et il envoie quelques-uns de ses disciples dire à Jésus : "Es-tu Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" (Mt 11,3).
Jésus, pour toute réponse, renvoie à ses œuvres : "Allez rapporter à Jean ce que vous voyez et entendez". Les aveugles qui voient, les boiteux qui marchent, les lépreux qui sont guéris, les sourds qui entendent, et les morts qui ressuscitent, ne sont-ce pas là les miracles annoncés par Isaïe comme devant marquer le temps du salut ? (Is 28,19 ; 29,18s ; 35,5s ; 61,1s).

² Et Jésus d'ajouter, à l'adresse du Baptiste, un reproche affectueux : "Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! " (Mt 11,6).
Heureux celui qui ne se laissera pas arrêter dans sa foi ni troubler dans son espérance par les aspects inattendus de mon action et de ma grâce.
Heureuse celle qui saura dépasser ses petites, trop petites, évidences.
Heureuse celle qui acceptera de travailler au salut du monde comme je l'entends,
en portant la bonne nouvelle aux pauvres.
Heureuse celle qui saura assumer son destin comme un chemin où elle pourra donner.

² Oui, si nous voulons entrer dans l'œuvre de Jésus et passer devant Lui pour préparer sa route, il nous faut accepter le style de Jésus ; car Jésus n'a que faire d'apôtres qui se serviraient de lui au lieu de le servir.
Après le départ des émissaires, Jésus souligne ce qui lui plaît dans le Baptiste, ce qui fait de lui un prophète et "plus qu'un prophète" :
- il accepte l'épreuve du désert, car c'est là que souffle l'Esprit et que Dieu "parle au cœur",
- il refuse toute agitation inutile, comme celle des roseaux toujours inquiets dans le vent,
- il ne pactise pas avec la facilité, comme les courtisans bien habillés qui recherchent le palais des rois.

² Cette foi inconditionnelle qu'il réclamait du Baptiste, Jésus nous la demande aujourd'hui. Et c'est à l'intérieur, au creux même de notre acte de foi qu'il nous apportera la joie et la paix.
Joie de l'amitié retrouvée et rajeunie avec le Seigneur,
joie du don total, sans romantisme, mais avec le réalisme quotidien des vraies servantes de Dieu,
joie de celles qui savent où est leur vrai trésor et où doit se fixer leur cœur.
Paix d'une chrétienne qui s'est remise corps et âme à son Dieu,
paix d'une fille de Dieu qui ambitionne une totale vérité,
paix d'une pécheresse réconciliée qui attend tout désormais de Celui qui la sauve.

"Que le Dieu de l'espérance, dit Paul, vous remplisse de toute joie et paix dans la foi,
pour que vous abondiez d'espérance par la puissance de l'Esprit Saint" (Rm 15,13).

 

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