Un oui jamais repris

 

 

 

 

 

Voici venu le moment qui va engager toute votre existence chrétienne : vous allez vous unir devant Dieu pour vivre à deux cette sainteté qui a été et qui demeure votre grande, votre unique passion.

Moment très court, mais auquel Dieu confère un valeur d'éternité.

Moment très simple que ce oui ; et pourtant il va sceller entre deux baptisés les liens du sacrement. Ce oui jamais repris, jamais regretté, va devenir pour vous le canal de la grâce, le chemin journalier de l'amitié de Dieu. Il va clore définitivement la première phase, tâtonnante, de votre fidélité au Christ, et vous donner une mission précise dans le Corps Mystique du Sauveur ressuscité.

 

Ce que vous réserve l'avenir, vous ne le savez pas, et vous n'avez pas besoin de le savoir. Mais ne croyez pas que ce soit l'inconnu, car toutes les expériences que vous allez vivre, les joies comme les peines de votre foyer, ont d'avance un visage que vous connaissez bien : celui du Christ, mort pour la vie du monde et désormais glorieux auprès de son Père.

Vous partez pour le Christ ; vous partez avec lui :"c'est lui qui vous a choisis, c'est lui qui vous a placés" côte à côte sur la route d'aujourd'hui "pour que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure". Si Dieu est avec vous, qui sera contre vous ? "Qui vous séparera de l'amour du Christ, les épreuves, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, les dangers ? (...) Mais en tout cela vous n'avez aucune peine à triompher, par Celui qui vous a aimés ! (...) Oui, ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l'avenir, ni aucune créature ne pourra vous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ notre Seigneur" (Rm 8,35), et vous pouvez dire :"Nous voici, Seigneur, pour faire ta volonté. Que ton Règne vienne ! Qu'il nous advienne selon ta parole !"

 

Magnificat ! Oui, magnifiez le Seigneur comme Notre Dame, car Il a fait pour vous deux de grandes choses : Il vous a préparés longuement, afin que votre union soit, à la face de l'Église, un beau témoignage de foi, d'espérance et d'amour chrétien.

 

Témoignage de foi,

 

car votre démarche d'aujourd'hui a été précédée de bien des années de loyale recherche.

 

Dieu vous a demandé le sacrifice d'Abraham. Il vous a fallu quitter, non pas votre patrie, non pas une famille aimée, mais votre premier style de vie, le premier chemin que vous aviez pris pour rejoindre le Seigneur. Et lui qui sait tout, qui voit tout, lui "qui est plus grand que notre cœur" est venu un jour vous aveugler de sa clarté. Il vous a dit :"Maintenant laisse-moi faire, laisse-toi faire. Désormais je serai moi- même ton chemin, ta vérité ; désormais c'est moi qui ferai ta vie".

Et comme saint Paul sur la route de Damas, vous vous êtes retrouvés à terre, brisés, ivres d'incertitude, et de votre cœur a jailli le cri du pauvre, la vraie prière de l'homme en face de son Dieu trois fois saint : "Qui es-tu, Seigneur ?"

Du fond de la misère vous avez crié vers lui, et il a versé peu à peu la joie et la paix dans votre âme. Vous savez maintenant, vous sentez maintenant qu'il n'a cessé de vous aimer, et que le ruisseau de sa grâce, toujours chantant, toujours discret, n'a jamais cessé et ne cessera jamais de rafraîchir et de vivifier votre existence.

 

Témoignage d'espérance chrétienne.

 

Le Seigneur est fidèle, vous le savez : votre expérience spirituelle, les épreuves fécondes que vous avez traversées vous ont révélé comment Dieu agit avec ceux qu'il aime. Lui qui n'a pas épargné son Fils unique vous a appelés à partager la destinée rédemptrice de ce Fils et sa soif de sauver le monde.

Qu'allez-vous espérer de Dieu ? la fortune, le confort, les succès dans le monde ? Cela viendra peut-être par surcroît, mais ce sont là des roseaux qui cassent et qui vous percent la main si vous vous y appuyez trop fort. Il reste à espérer ce que l'Église nous fait demander tous les jours : "J'espère, Seigneur, que tu me donneras ta grâce en ce monde, pour faire en tout ta volonté, et la joie éternelle dans l'autre".

Albert plus près de Dieu parce qu'il aura marché avec Sylvie ;

Sylvie plus près de Dieu parce qu'elle aura marché près d'Albert.

La main dans la main vous irez par devant Dieu, entourés des enfants qu'il vous aura donnés, qu'il vous aura confiés pour les faire grandir dans son amour.

 

C'est à cette profondeur-là que vous enracinez aujourd'hui votre bonheur. Vous allez offrir au Seigneur un mariage évangélique. Vous le pouvez, vous le devez, car l'Église l'attend. Regardez la Croix, regardez la joie du Ressuscité, et reproduisez à deux son image, car le mariage chrétien n'est pas une manière d'échapper à la croix du Seigneur, mais une autre manière de la saisir et de la transfigurer.

 

Témoignage d'amour chrétien.

 

Vous entrez aujourd'hui dans le mystère nuptial du Christ et de son Église, qu'aucun mot humain ne saura jamais décrire, qu'aucune découverte ne pourra épuiser.

 

Plus que jamais, Albert, le Christ est devant tes yeux. Voilà ton Guide, ton Frère, ton Dieu. De même qu'il s'est livré jusqu'à la mort pour son Église, l'Église de tous les temps, de même qu'il a préparé de son propre sang le bain qui allait la purifier et la rendre toute belle, "sans tache ni ride", ainsi ta route d'homme et de baptisé, ta route sacrificielle, passe désormais par Sylvie. Dieu te la donne ; Dieu te la confie. Tu en feras une sainte épouse, une sainte maman. Ton travail, tes épreuves, ton courage, unis à l'Eucharistie du Seigneur, mériteront pour Sylvie la force, la douceur, le rayonnement, la belle simplicité des chrétiens épanouis.

 

Et toi, Sylvie, à travers Albert tu verras le Christ. Tu vas beaucoup recevoir et beaucoup donner. Comme l'Église reçoit tout de son Chef pour le répandre sur ses enfants, tu vas être dans l'Église et à ton foyer celle qui accueille la vie, qui transmet la vie, qui protège la vie. Dieu fait de toi aujourd'hui un chaînon vivant du Corps Mystique. Bientôt autour de toi de petits enfants de Dieu se lèveront qui diront :"Notre Père". Alors tu seras inondée de joie, et dans ton cœur de mère et d'épouse, comme une bonne ouvrière du Royaume, tu entonneras le Magnificat de Notre Dame :

"Mon âme chante le Seigneur,

parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante !"

 

 

Voilà l'amour du Père, qui assume et transfigure

tout ce qu'il y a de beau, de grand et de doux sur la terre.

Voilà l'amour du Christ, qui vient vous prendre tous les deux pour vous emmener bien loin.

Voilà l'Esprit d'amour qui va donner à votre tendresse une résonance d'éternité.

 

Allez, "voilà l'hiver passé, l'orage s'est éloigné,

les fleurs sont apparues sur terre,

la voix de la tourterelle s'est fait entendre" ;

 

sous le voile de Notre Dame entrez dans le printemps du Seigneur.

 

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