"Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle"

Profession solennelle

1 Co 1, 9

          Ma Sœur,

          L'Église de Jésus s'est donné rendez-vous au monastère en ce dernier Avent du millénaire pour vous entourer de sa prière et de son amitié au moment où, pour toujours, vous allez vous engager à vivre l'Évangile sur la route du Carmel. Dieu vous attendait au midi de votre vie, et quand il lui a plu de " révéler en vous son Fils ", un désir impérieux a surgi en vous, celui de lui répondre amour pour amour et de passer désormais tout entière au service de son règne.
          Pour nous mettre tous à l'unisson de votre geste, je voudrais très simplement prendre appui sur les textes liturgiques de ce dimanche et méditer avec vous quelques instants :
               - sur la joie que Dieu vous offre,
               - sur la mission qu'il vous confie au cœur de l'Église.

          Votre joie d'aujourd'hui s'enracine dans le don d'amour que vous fait Dieu Trinité.
          Aujourd'hui " le Dieu de la paix vous sanctifie tout entière ". Esprit, âme et corps, c'est tout votre être que Dieu reçoit en offrande agréable, en sacrifice spirituel " (Rm 12,2). Aujourd'hui " l’Esprit du Seigneur est sur vous ", avec une intensité toute particulière, et il vous " consacre ", il vous met à part et vous sanctifie pour le règne de Dieu, par son onction, c'est-à-dire par sa douceur qui vous transforme en profondeur et par le parfum de sa présence. Aujourd'hui le Christ Jésus vient sceller de nouveau son alliance avec vous, en vous apportant ce que lui seul peut vous offrir : il vous revêt, non pas d'une impossible innocence, mais du vêtement de joie de ceux qu'il a sauvés, et " le manteau " qui, plus que jamais, vous protège et vous réchauffe, c'est la " justice " du Père, sa fidélité au dessein d'amour qu'il a formé pour vous en son Fils bien-aimé.
          C'est bien la tendresse du Dieu Trinité qui réveille aujourd'hui la flamme de votre baptême et fait de vous une créature nouvelle dont lui seul connaît la beauté. Lui seul, en effet, peut vous faire cadeau des joyaux de la noce qui vont réjouir son regard tout en vous restant cachés. C'est bien vous qui les porterez, jusqu'au dernier jour, mais c'est lui qui chaque jour les verra.
          C'est lui aussi, le Dieu fidèle, qui " fait éclore aujourd'hui les germes "de charité qu'il a lui-même, patiemment, enfouis dans votre jardin intérieur, tout comme il fait germer, n'en doutons pas, ce que vous avez semé dans la cœur de tous les enfants qui vous furent confiés.
          Oui, vous pouvez aujourd'hui " tressaillir de joie dans le Seigneur " et " exulter en votre Dieu ", car il a fait pour vous de grandes choses dans le quotidien de votre vie, dans cet ordinaire qu'il aime tant.

          Mais le plus beau, le plus grand, est encore à venir, car en ce jour de don total Jésus vous confie une splendide mission. C'est la mission du Carmel au cœur de l'Église, et donc au cœur du monde, celle que la grande Thérèse a léguée à ses filles et que Thérèse de Lisieux, de nos jours, a su remplir avec son héroïsme souriant. Il s'agit de " prier sans relâche ", selon la consigne de saint Paul, de " rendre grâces en toute circonstance " et d'intercéder sans lassitude pour chacun et pour tous.
          Les carmélites, comme toutes les contemplatives, ne prennent en charge dans l'Église aucune mission visible ou mesurable, mais elles se situent au foyer de la mission en demeurant aux pieds de Celui qui appelle, qui envoie et qui sauve. Votre mission, c'est de prier pour les missionnaires, ceux et celles qui ont tout quitté pour les pays lointains, spécialement la Chine, si chère à votre cœur, mais aussi ceux et celles, adultes ou jeunes, qui se mettent au service de l'Évangile dans tous les secteurs et tous les rouages de ce monde contemporain que Dieu aime et qu'il veut sauver.
          Au nom de tous, vous veillez dans l'oraison, " méditant jour et nuit la parole de Dieu " et redisant à Jésus, comme Marie à Cana : " Seigneur, ils n'ont plus de vin. Seigneur, ils ne peuvent plus croire en ta présence, ils n'espèrent plus que tu viennes. Seigneur, écoute et prends pitié ! "
          Tout assumer dans votre dialogue avec Dieu : ce sera votre manière de " rendre témoignage à la lumière ", d'annoncer sans paroles Jésus, lumière du monde. Chaque fois que frapperont à la porte de votre prière un pauvre de

          Jésus assoiffé d'une bonne nouvelle, un homme brisé en quête de guérison, une femme prisonnière d'elle-même ou de son milieu, fidèlement, pauvrement, et dans une compassion toute mariale, vous apporterez au Christ sauveur ces détresses que lui seul peut rejoindre, ces désarrois que lui seul peut inverser en projets de vie.
          Vous n'irez pas, comme Jean le Baptiste, baptiser des foules dans le Jourdain, et pourtant vous serez, comme lui, une voix qui, depuis le désert, redira aux hommes et aux femmes de ce temps : " Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas, mais lui vous connaît et vous aime : préparez dans votre vie un chemin pour le Seigneur ".
          Votre vie, ma Sœur, désormais et pour toujours, sera remplie des humbles tâches du carmel et de cette présence fraternelle tout effacée qui réclame tant de grandeur d'âme et de liberté intérieure, mais votre engagement d'aujourd'hui a pour nous tous valeur prophétique.
          Au moment où le monde entier s'interroge sur les voies de son avenir, en ce début de millénaire où les croyants eux-mêmes traversent une crise profonde de leur espérance, vous proclamez, en silence, que notre Dieu n'a pour nous que des pensées de paix et qu'il veut passionnément réussir l'homme. À quelques jours de Noël, votre offrande joyeuse nous fait entrer déjà dans la grâce du jubilé ; elle annonce, en écho au prophète Isaïe, " cette année de grâce accordée par le Seigneur ".

          Dieu a mis en vous des désirs plus grands que votre cœur, pour vous-même et tous ceux que vous portez dans la prière. Avancez maintenant sans vous retourner vers le passé, sûre de sa présence, sûre de son amour, toute tendue vers " la venue de notre Seigneur, Jésus Christ ", vers la gloire de Dieu par le salut du monde.
          Avancez sans crainte, puisque vous avez trouvé grâce devant le Maître de la vie, et ouvrez les mains pour entrer dans son œuvre : " Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l'accomplira ! "

 

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