"Il commanda aux vents"

(Mt 8,23-27)

 

 

² "Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ?"
Voilà la question que Jésus voulait faire naître dans le cœur de ses disciples, en ce début de sa vie publique. Quel est celui-ci ? – c'est le Dieu fidèle et fort que chante le Psaume 89,10-12 :
"Dieu, Dieu Sabaot, qui est comme toi ?
  Dieu puissant, que ta fidélité entoure.
  C'est toi qui maîtrises l'orgueil de la mer ;
  quand ses flots se soulèvent, c'est toi qui les apaises".
Les disciples, une fois le danger éloigné, ont dû penser aussi au Psaume 107,23-32 :
"Les marins ont vu les œuvres de Dieu,
  ses merveilles parmi les abîmes.
  Ils criaient vers Dieu dans leur détresse ;
  de leur angoisse il les a délivrés.
  Il ramena la bourrasque au silence et les flots se turent.
  Ils se réjouirent de les voir s'apaiser ;
  Dieu les mena au port de leur désir".

² Ainsi ce Jésus qu'ils apprenaient à connaître,
ce Jésus dont ils viennent de découvrir la majesté face à la tempête,
cet homme extraordinaire fait les œuvres de Dieu.
Quel est-il ? Il est Dieu fait homme.
Tout comme Dieu par sa parole a lancé les mondes,
Jésus par sa parole dompte les vents et la mer :
    "Ton chemin était sur la mer
      tes sentiers sur les grandes eaux,
        tes traces ne furent pas connues" (Ps 77,20).

Une voix d'homme retentit, et c'est Dieu qui ordonne.
Tout le mystère du Christ, Homme-Dieu, est déjà présent dans cet épisode de l'Évangile.
Comme il dira un jour dans le Temple :
"Les œuvres que je fais au nom de mon Père me rendent témoignage".

² Mais c'est aussi le mystère de notre propre existence chrétienne que l'Évangile nous remet devant les yeux. Existence toujours menacée, toujours dangereuse, mais qui nous conduit, avec le Christ et dans l'Église, jusqu'à la droite du Père.

Les grands raz de marée de l'histoire semblent vouloir aujourd'hui submerger l'Église, mais elle continue à tracer son sillage sans céder à la peur, parce qu'elle est le vaisseau du Christ et qu'il repose en elle jusqu'à la fin du monde.
Et nous-mêmes, d'autres tempêtes nous attendent dans la vie de tous les jours :
difficultés professionnelles,
épreuves de famille,
échecs dans notre mission d'éducateurs,
orages de la vie conjugale, qu'il est si difficile d'écarter.
Souvent nous avons l'impression que le Christ nous oublie au milieu de tous ces combats.
En fait il nous fait confiance et s'en remet à nous pour la marche de notre navire.
Il nous faut compter aussi avec les remous du péché, avec la souffrance physique,
parfois sans espoir de guérison.
Nous nous sentons fragiles, emportés comme malgré nous par une mer démontée.
Alors nous prenons peur, et nous crions au Seigneur :"Au secours ! Nous périssons !"
Ou bien la tentation nous vient de cesser la lutte et de tout laisser aller à la dérive.
Pour nous justifier, nous accusons alors Dieu de dormir.

² Mais soyons francs : qui dort ? Dieu ou nous ?
Rappelons-nous Gethsémani ; Jésus revient et dit à Pierre :
"Simon, tu dors ? Tu n'as pas eu la force de veiller une heure ave moi ?"
Oui, nous dormons ; et nous voudrions parfois que le Christ sauve le monde
sans nous associer à son mystère

Quand le Seigneur Jésus cherche des jeunes pour faire d'eux des témoins et des prêtres,
ces hommes a priori détournent la tête, sans laisser place à un sain discernement..
Quand le Seigneur appelle une jeune fille à la sainteté du cloître,
même après un discernement on entend dire :"Quel dommage !"
Quand le Seigneur a besoin de catéchistes, d'animateurs, de responsables et de militants,
quand Il fait voir la misère des moissonneurs,
quand il attend des foyers généreux et ouverts,
quand Il nous offre de prendre une part de sa mission, avec son amitié grandissante,
inconsciemment nous continuons à dormir,
parce que nous avons peur de Dieu, peur de nous donner à Dieu,
comme si l'on pouvait avoir peur de son amour !"

C'est pourquoi aujourd'hui il nous faut entendre et comprendre cet étonnement de Jésus :

"Pourquoi donc craignez-vous, hommes de peu de foi ?"

 

 

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