Le gué du Yabboq

Gn 32,23-31

 

Personne encore jusqu'à nos jours n'a pu percer tous les secrets de ce très vieux texte de le Genèse.

 

Ce qui paraît clair, c'est que la récit, de temps à autre, veut expliquer un nom de lieu en proposant une étymologie populaire et approximative.

Penū-’él : "Face de Dieu", est expliqué par la phrase du héros : "J'ai vu Dieu face à face" ;

Yabboq, le nom du torrent, est expliqué par un jeu de mots sur le verbe lutter (ar. nbq/bqq : jaillir ou fissurer).

 

Bien évidemment, l'essentiel est ailleurs, dans les grands symboles véhiculés par le récit.

La trame de l'histoire est très simple. Jacob, qui est devenu un éleveur très riche dans les plaines de l'Euphrate, revient vers la terre de ses ancêtres avec femme, enfants, troupeaux, espérant amadouer son frère Ésaü, qu'il a autrefois trompé.

Il fait passer à tout son monde le torrent de Yabboq, puis, demeuré seul sur la rive, il doit lutter jusqu'au lever de l'aurore avec un personnage mystérieux, qui est comme le représentant du Dieu de l'Alliance.

 

Jacob a prié Dieu avant de se risquer au-delà du Jourdain (v.10-13), et voici que Dieu l'exauce d'une manière étrange :

- d'un côté le projet réussit : Ésaü pardonnera ; tout le monde aura la vie sauve. Bien mieux, Dieu, par l'intermédiaire du mystérieux lutteur, donne à Jacob un nom nouveau, c'est-à-dire un nouveau programme de vie. Au lieu d'être appelé Ya‛aqob, "le trompeur" (en fait nom sud-arabe Ya‛aqob-'el, "que Dieu protège"), il se nommera Yiśra'el, "que Dieu lutte, que Dieu se montre fort !".

- mais d'un autre côté Jacob / Israel reste marqué pour toujours par sa rencontre avec Dieu. Il entre dans le nouveau pays en boitant de la hanche.

 

Faut-il comprendre que l'on ne sort jamais indemne d'un face à face avec Dieu ?

Faut-il imaginer qu'une rencontre avec Dieu est toujours un handicap définitif ?

 

Oui et non.

Non, si l'on s'appuie sur ce récit pour se représenter un Dieu sévère, intransigeant, allergique au bonheur de l'homme. Ce n'est pas ce que Jacob, lui, a retenu ; il se félicite, au contraire, de la bonté de Dieu : "J'ai vu Elohim, et j'ai eu la vie sauve !", sa majesté ne m'a pas écrasé : le Dieu de puissance est pour moi Dieu de vie !

 

 

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