Le gérant avisé

Lc 16,1-8

 

 

           

Voilà bien une parabole qui nous laisse mal à l'aise : on n'aime pas voir un homme retors recevoir des compliments !

 

            ²  Mais reportons-nous d'abord aux usages du temps du Christ.

Le grand patron (le "maître") ne s'intéressait qu'aux sommes globales qu'il allait recevoir ; et il laissait carte blanche au gérant, qui pouvait au passage percevoir parfois plus de 50%, sans les faire apparaître dans les comptes. Une grande latitude était donc laissée au gérant.

           

²  Dès lors, nous comprenons mieux ce qui s'est passé :

- dans un premier temps le gérant a été dénoncé pour des malversations, et le patron décide de se séparer de lui.

- dans un deuxième temps, le gérant doit faire face à son licenciement tout proche. Va-t-il se montrer de nouveau malhonnête vis-à-vis du patron ? Non, bien sûr : l'employeur ne sera pas lésé ; il touchera bien la somme promise ; par contre le gérant va rogner hardiment sur ses propres commissions : 50 jarres d'huile au lieu de cent, 80 sacs de blé au lieu de cent, se faisant par là même pour la suite des amis, des complices muets. De cette malice (pas d'une nouvelle malhonnêteté à son endroit) le patron va le féliciter.

           

²  Et le Christ de passer à l'application immédiate, en opposant les fils de lumière aux fils de ténèbres : il faut savoir reconnaître les urgences, et y faire face avec détermination.

L'habileté du gérant a été de mettre à profit le temps très court qui le séparait de la catastrophe. Il a su se ménager une position de repli, en rendant service aux divers débiteurs sans les compromettre.

Mais les fils de lumière ne comprennent pas l'imminence du Royaume ; ils ne voient pas que le temps presse et que la rédemption du monde n'attend pas. Ils passent à côté de l'essentiel ; ils se montrent incapables de s'unir, de travailler ensemble dans la hâte et l'enthousiasme pour l'avènement du Règne de leur Père.

 

²  Pourquoi faudrait-il que notre foi soit moins efficace que la soif du profit ?

Pourquoi faudrait-il que nous agissions en ordre dispersé, alors que tant d'hommes, tout près ou loin de nous, attendent l'Évangile et le salut ?

Pourquoi faudrait-il que notre amour chrétien soit moins réaliste que les forces du refus qui traversent le monde ?

 

Notre habileté à nous, notre astuce au service du Maître, c'est de Lui emprunter son regard et de nous faire des amis par une bonté qui, en définitive, viendra de son cœur.

 

 

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