"Il me montra un fleuve"

Apoc 22,2-5

 

 

 

Parce que nous arrivons au dernier jour de l'année liturgique, attachons-nous quelques instants au texte de l'Apocalypse qui nous parle des derniers temps.

 

Nous avons lu coup sur coup depuis quelques jours trois descriptions de la fin, trois éclairages prophétiques.

La fin nous a été décrite :

1)      comme un monde nouveau (nouveau cieux, nouvelle terre),

2)      puis comme la Jérusalem céleste,

3)      enfin, ce matin, comme un Eden, un Paradis au bout du temps des hommes.

Mais ce sont trois messages qui renvoient à une promesse unique.

 

            Le texte d'aujourd'hui, qui évoque le Paradis des élus de Dieu, fait d'abord appel à un texte visionnaire d'Ez 47 (lu assez souvent dans la liturgie, notamment pour la fête de la Dédicace). Du Temple, donc de Jérusalem, jaillit une eau abondante qui va irriguer le désert, assainir la Mer Morte, et faire pousser des arbres au feuillage toujours vert.

            Ici, dans notre texte d'Apocalypse, le fleuve d'eau de la vie, brillant comme du cristal, sort du Trône de Dieu et de l'Agneau, du Trône que le Christ ressuscité partage avec son Père.

            La perspective est donc foncièrement chrétienne : la présence de Dieu et du Seigneur ressuscité est assurée ; la vie qu'ils offrent coule pour nous en abondance, c'est un fleuve dont la source est toute proche, et qui ne peut se tarir.

 

            Un autre symbolisme est tiré de Gn 2, le récit bien connu concernant l'Eden, sa végétation arrosée par un fleuve aux quatre bras, et surtout, au milieu de l'Eden, l'Arbre de vie.

Déjà le livre d'Hénoch disait :"Cet arbre, aucun être de chair n'a le pouvoir d'y toucher jusqu'au grand jugement (..), mais alors cet arbre sera donné aux justes. Par son fruit la vie sera communiquée aux élus. Il sera planté en nourriture dans un lieu saint, près de la demeure du Seigneur" (25,4s).

            De fait, les fruits de l'Arbre de vie nous sont maintenant offerts, disponibles :"Au vainqueur Je donnerai à manger de l'Arbre de vie qui est dans le Paradis de Dieu" (lettre à la communauté d'Ephèse, 2,7). L'Église est le lieu où cette vie est proposée à tous ; elle est le signe qui annonce l'accomplissement de l'histoire.

            Il faut parler d'accomplissement, car il ne s'agit pas d'un retour au Paradis primordial. Ce ne sera pas l'Eden des origines, mais l'Eden de la fin, de l'achèvement.

            C'est pourquoi il n'y aura plus de malédiction, contrairement à ce qui est dit en Gn 3,14 . Et "les serviteurs de Dieu verront Sa face" : ce qui avait été refusé à Moïse comme à toute créature va enfin se réaliser : les cœurs purs verront Dieu.

 

            Ce sera l'accomplissement éternel.

            Mais ce règne, dont l'Apocalypse parle ici au futur, il le promet ailleurs pour le présent. Ce qu'il annonce pour l'éternité du Royaume n'est pas étranger à l'aujourd'hui de la foi, et les chrétiens peuvent vraiment l'attendre avec assurance et avec joie parce qu'ils en goûtent dès à présent les biens promis, et tout spécialement dans chaque Eucharistie.

 

            Vivre en suivant l'Agneau, c'est déjà éprouver, dans le temps des hommes, la présence du ciel sur la terre.

 

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