"Éveille-toi !"

Gal 5,25 – 6,10

 

 

 

 

 

"Je te l'ordonne, lève-toi !"

 

Il est bon ce matin, pour chacun(e) de nous, d'entendre de nouveau cet ordre du Christ, après une longue période d'installation et de détente qui a pu émousser nos réflexes spirituels et endormir tant soit peu notre foi vivante.

"Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera !"

Réveille-toi, car c'est le Christ, ta lumière et ta vie, qui t'appelle, parce qu'il veut te rendre à ta Mère l'Église, non plus comme celui qui se laisse porter, incapable de tout mouvement propre et de toute réaction, mais comme un fils vivant, priant, témoignant, "tout éveillé dans sa foi" et dans son amour.

Réveille-toi, lève-toi, et puisque c'est l'Esprit de Dieu qui te fait vivre et revivre, marche selon l'Esprit (littéralement : "aligne-toi" sur l'Esprit), conforme-toi à l'Esprit de Jésus et du Père.

 

Qu'est-ce que cela implique dans le concret de nos journées ?

 

1)      faire le bien sans nous lasser.

 

Sans nous laisser paralyser par nos limites, par l'inertie de la communauté à certains jours.

Sans relâche il nous faut semer pour l'Esprit, pour une moisson de vie éternelle. La récolte viendra, c'est sûr, absolument sûr, car Dieu est fidèle, mais elle viendra en son temps, c'est-à-dire quand Dieu voudra et comme il voudra.

 

2)      nous libérer de tout regard complaisant sur nous-mêmes et de tout réflexe de comparaison.

 

Si nous voulons nous comparer, comparons-nous à Dieu : immédiatement nous reviendrons à notre pauvreté ; comparons notre ouvrage à ce que Dieu attend de nous, et d'instinct nous retrouverons l'attitude du publicain :"Seigneur, aie pitié de moi, pécheur !".

Se croire quelque chose, c'est vivre dans l'illusion ; c'est poursuivre, loin du réel, loin de la vérité, une image rêvée de nous-mêmes, qui ne coïncide

ni avec le projet de Dieu sur notre vie,

ni avec la charge réelle que nous sommes capables de porter (to idion phortion),

ni avec notre solidarité réelle face aux forces du mal :"toi aussi, prends garde d'être tenté !

 

3)      porter les fardeaux les uns des autres, afin d'accomplir la loi du Christ.

 

Il s'agit non seulement de porter le fardeau que les autres, ou tel autre, représente pour nous, mais de prendre consciemment et volontairement sur nos épaules les choses lourdes, pesantes (ta barè) qui écrasent notre frère et qui l'empêchent de marcher allègrement vers le Seigneur :

la solitude, l'exil, la mort apparente de la civilisation dans laquelle il a grandi,

le dépaysement, l'absence de toute chaleur familiale,

les difficultés d'adaptation aux études ou à la vie fraternelle,

l'insécurité spirituelle que nous ressentons tous au moment où il nous faut tous ensemble recréer le climat et le style de notre prière commune.

 

De notre propre fardeau, ne nous inquiétons pas : "déchargeons-le sur le Seigneur" par un acte de confiance sans cesse renouvelé, "et lui- même nous viendra en aide".

Chaque soir, à complies, au moment où nous revoyons notre journée dans la lumière du Christ notre Ami, nous avons à nous demander : qu'ai-je porté aujourd'hui du fardeau de mes frères ?

 

²

 

Où trouver le surcroît de force, le tonus spirituel, la musculation évangélique nécessaires pour porter tous ces fardeaux à la fois ? Dans le mystère pascal du Sauveur Jésus.

Dans la mesure même où nous mourons à notre Moi égoïste,

dans la mesure même où nous participons aux "souffrances de mort" du Christ, notre compagnon, "nous communions à la puissance de sa Résurrection".

 

Et si nous sommes ici ce matin, rassemblés autour de l'autel, c'est pour puiser ensemble la force d'aimer dans "le Pain que Jésus nous donne, sa chair pour la vie du monde".

En nous approchant tout à l'heure de l'unique Pain rompu et de l'unique Coupe du salut, nous Lui apporterons les fardeaux de tous les autres, de tous les frères pour qui il est mort et pour qui il vit à jamais.

 

Et nous demanderons à Dieu que la grâce de cette communion, de cette commune union, saisisse nos esprits et nos corps, et que la volonté de don total qui était et qui est dans le Christ Jésus vienne triompher de nos petitesses et de notre inertie.

 

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