La prière d'Esdras (9,5-9)

 

 

           

 

Dans le cadre de cette Eucharistie, nourrissons notre prière chrétienne de cette prière du scribe Esdras, que la liturgie nous donne comme première lecture.

            Nous sommes vers l'an 400 avant J.C. Le peuple de Juda, qui a passé 50 ou 60 ans en exil, commence à relever la tête et à revenir au pays, groupe après groupe. Il profite d'un changement politique : une dynastie perse a triomphé au Pays des deux fleuves, et le retour des exilés fait partie de son plan d'apaisement. Le peuple de Dieu y a vu la main de Yahweh, soucieux de l'avenir de Juda ; et nous lisons ce matin la prière d'Esdras, qui a pris à Jérusalem le commandement de la restauration.

 

²  Cette prière du responsable se situe nettement à deux niveaux :

-          - d'abord, Esdras reconnaît la responsabilité du peuple : "notre faute s'est élevée jusqu'aux cieux" (v.6), "nous sommes grandement coupables" (v.7). Cet aveu de la culpabilité collective est typique des Psaumes écrits à partir du retour d'exil.

- puis il revient sur la grâce de Yahweh : il a fait subsister un reste de réchappés (v.8), il "éclaire nos yeux" (c'est-à-dire : il nous rend l'espérance, v.8), "dans notre servitude, il ne nous a pas abandonnés" (v.9).

 

²  Une chose  nous surprend, c'est qu'Esdras dit toujours "nous". À vrai dire, il a pris le temps d'un deuil personnel. Cela nous est raconté avant le texte d'aujourd'hui : il est "resté assis, bouleversé, jusqu'à l'offrande du soir" ; mais là encore il s'agissait des autres, de tous ceux qui prenaient des femmes non juives. Dans l'esprit du temps, cela équivalait à une impiété, et c'est cette apostasie collective qui a motivé sa prière et son intercession.

 

            Nous, disciples du Christ, posons-nous honnêtement la question : qu'en est-il du "nous" dans notre prière ? est-ce que, souvent, le "nous" n'est pas oublié ? est-ce que notre prière, trop souvent, ne reste pas celle d'un individu ("mon Dieu et moi dans une bouteille") ? ne perdons-nous pas conscience d'appartenir au peuple de Dieu, pour le meilleur et pour le pire ? Et que devient notre devoir d'intercession ? sommes-nous déjà résignés à ce qu'Untel ou Une telle soient séparés de Dieu définitivement ?

            Regardons comment, dans le Notre Père, Jésus nous apprend à prier. D'abord nous nous tournons vers Dieu, soucieux avant tout de son nom, de son règne, de sa volonté. Puis notre prière de demande se fait d'emblée universelle : "donne-nous", "remets-nous", "conduis-nous".

 

²  Ce qu'il nous faut bien voir, c'est que dans notre prière le "nous" ne s'oppose pas au "moi". L'appel de Jésus nous situe à la fois comme pleinement fils et pleinement frères. Plus nous nous sentons frères, plus nous vivons authentiquement comme des fils. Plus nous vivons comme fils et filles de Dieu, plus grandit en nous le sentiment d'appartenir à son Église.

 

            Si Esdras, aujourd'hui encore, a quelque chose à nous apprendre, c'est que nous sommes engagés avec tout un peuple, et que Dieu, toute notre vie, continue de poser sa question :"qu'as-tu fait de ton frère ?"

 

 

Page d'accueil

 

Homélies nouvelles