Le Sacrifice d'Élie le Prophète

1 Rs 18,20-29

 

 

 

 

"Le roi Aħab, sur l'ordre d'Élie, convoqua tout Israël

  et rassembla les (faux ) prophètes sur le Mont Carmel".

 

²  Nous sommes en plein cœur du IX" siècle av.J.C. Les douze tribus d'Israël ont renoncé à la vie nomade ; elles se sont solidement implantées sur les collines de Judée et de Samarie. Les deux royaumes connaissent une certaine abondance : blé, orge, vignes, oliviers, élevage de gros bétail, tout prospère ; et l'aisance matérielle entame dangereusement les réflexes de la foi.

Sans rejeter complètement le Dieu de l'Alliance, les fils d'Israël flirtent de plus en plus avec les Baals, les vieux dieux et ceux de la fertilité, et avec leurs cultes érotiques.

 

²  "Combien de temps clocherez-vous des deux jarrets ?

                          Si le Seigneur est Dieu, suivez-Le ; si c'est Baal, suivez-le !"

Élie résume là tout le sens de son message ; pas de compromis possible entre le Dieu de l'Alliance et les faux dieux de Canaan. Il faut choisir.

 

Et pour amener le peuple à choisir, Élie transforme ce grand meeting en un défi solennel aux faux dieux et aux faux prophètes : il décide de mettre en scène l'impuissance des Baals et la puissance de Dieu.

À première vue son entreprise pourrait paraître entachée de magie : ne cherche-t-il pas à mettre la main sur Dieu ? ne veut-il pas le contraindre à agir pour retourner en une fois le cœur de tout le peuple ?

En réalité, c'est Dieu lui-même qui veut ce défi, pour sauver son peuple,

et il le programme par la voix d'Élie le prophète.

Le double scénario se met en place. Les 450 faux prophètes, jusqu'à la nuit tombée, dansent devant leur autel se tailladant jusqu'au sang, et ils crient pour émouvoir leur dieu :"O Baal, réponds-nous !"

Mais il n'y aura ni voix, ni réponse, ni aucun signe : le Baal est muet, sourd, et sans force.

 

²  Sur le soir, Élie agit à son tour; Ce sera bref, grand, efficace.

- il restaure l'autel démoli, pour renouer avec la foi des ancêtres ;

- il restaure l'unité du peuple de Dieu, et les douze pierres bâties en autel symbolisent l'union retrouvée de toutes les tribus ;

- enfin Élie ordonne de noyer avec l'eau de quatre jarres l'autel, le bois et l'holocauste, pour souligner que l'offrande humaine est, à elle seule, inopérante, et que seule peut agir la puissance de Dieu.

 

Autour de l'autel, pas de cris, pas de danses, aucune agitation.

Simplement, quand tout est prêt, Élie s'approche pour une courte prière :

"Seigneur, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël,

 qu'on sache aujourd'hui que tu es Dieu en Israël,

 que je suis ton serviteur,

 et que c'est par ton ordre que j'ai accompli toutes ces choses.

 Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi,

pour que ce peuple sache que c'est toi, Seigneur qui es Dieu

et qui convertis les cœurs".

 

Il n'y aura pas de voix, pas de réponse, mais il y aura un signe.

Pas de voix, puisque Élie était voix de Dieu pour son peuple.

Et la sagesse de Dieu sera tout entière dans le signe :

le feu du Seigneur va tomber et dévorer l'holocauste.

           

²  Nous vivons, nous aussi, une période cruciale pour la foi.

L'image du vrai Dieu, puis celle de Jésus Sauveur, s'estompent ou s'affadissent dans les intelligences. En même temps se glisse dans les cœurs, plus ou moins nette, plus ou moins rampante, la tentation du compromis avec la facilité, avec les nouvelles idoles, avec ce que la culture de notre époque, par ailleurs si belle et si diverse, peut sécréter de désinvolture et d'irresponsabilité.

 

²  Chaque jour, parce que chrétiens, il nous faut opter et réaffirmer notre choix.

C'est ce que nous essayons de faire en chaque Eucharistie : nous apportons une offrande impuissante, notre vie de tous les jours ; c'est notre offrande de pauvres, toujours humide, toujours mouillée. Mais nous la présentons à Dieu à travers les signes que Jésus, notre prophète, nous a donnés lui- même : le pain et le vin.

Et de ces dons, humbles choses de notre monde, de nos champs et de notre table, l'Esprit de Dieu, par sa puissance, fait le Corps et le Sang du Christ. Jésus nous rassemble alors dans l'unité. 

 

Et Dieu triomphe chaque jour. Mais son triomphe en nous est la victoire tout intime du Ressuscité, lorsque, dans le silence de l'action de grâces, l'Esprit Paraclet nous donne de redire à Jésus :

 

C'est toi qui es Dieu

c'est toi qui es Dieu.

 

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