Épiphanie : la foi et la gloire (Mt 2)

 

 

² Épiphanie : un mot étrange, et une féerie qui nous vient du fond de notre enfance, dans une sorte de lumière dorée et irréelle, avec l'arrière-goût de la galette des Rois.
Écartons cette première image, non pas brutalement – car il n'est pas nécessaire de brutaliser l'enfant que nous avons été -, mais avec douceur. et descendons plus profond dans l'intelligence du mystère de l'Épiphanie.

² Nous retrouvons, à un premier niveau, la fête liturgique comme la présentait l'ancienne liturgie ou comme le résume encore l'antienne de vêpres : la commémoraison de trois grandes manifestations du Christ,
l'adoration des Mages à la Crèche,
le baptême de Jésus,
le premier miracle de Cana.

Descendons encore quelque marches, et nous voici de plain-pied avec l'Épiphanie telle que l'Église la comprend et la célèbre dans la perspective du Concile et sa liturgie rénovée. L'Épiphanie, c'est la manifestation de Dieu dans le Christ, la fête des manifestations de Dieu qui culminent dans le don de son Fils.

² C'est ici que nous rencontrons une première difficulté, que trop souvent nous esquivons, habitués que nous sommes au langage de la foi.

Dire que Dieu se manifeste, c'est affirmer qu'il se fait connaître aux hommes dans l'histoire des hommes, que l'Invisible se laisse entrevoir, que l'Insaisissable fait comprendre quelque chose de son être et de son action.
L'Éternel agit dans le temps, et non seulement Dieu agit dans l'histoire en saupoudrant l'histoire de ses interventions, mais ce qu'il fait et ce qu'il dit donne sens à l'histoire humaine, un sens unique, le seul sens possible et ultime.

Dire que Dieu se manifeste, cela engage profondément notre foi ;
- cela implique que nous affirmions la transcendance et la liberté de Dieu, et que nous renonçions à déterminer a priori d'après les seules lumières de notre logique ce que Dieu peut faire ou ne peut pas faire, ce que Dieu peut permettre ou ne pas permettre ;
- cela implique que nous croyions Dieu sur parole, et que nous affirmions, avec tout le peuple des croyants : Dieu a un projet sur l'homme, et il est en train de le réaliser.

² Jetons un regard sur la geste historique de Dieu, sur cet engagement de Dieu dans l'histoire.

Dieu s'est lié à l'homme par des alliances indestructibles :
- alliance symbolique et universelle avec Noé,
prototype d'une humanité qui accepterait le regard de Dieu ;
- alliance plus étroite avec la descendance d'Abraham,
en qui Dieu se réservait de bénir tous les peuples ;
- alliance spéciale avec les douze tribus montées d'Égypte, avec le peuple d'Israël chargé d'être le témoin de l'initiative divine, l'instrument du projet de Dieu au milieu des nations, le signe visible, dans l'histoire, du dessein de salut à l'œuvre pour les hommes.

C'est à ce niveau de la Révélation qu'il nous faut resituer le chant d'espoir que nous lisons dans le livre d'Isaïe :"Lève-toi, Jérusalem, car elle est venue ta lumière et sur toi s'est levée la gloire du Seigneur !" (Is 60)
L'exil est fini, Jérusalem sera rebâtie, ses habitants dispersés vont revenir,
et les peuples étrangers eux-mêmes se mettront en marche vers la Cité Sainte,
à la vue de la lumière qui s'est levée sur elle.
Nous retrouvons donc la visée universaliste du dessein de Dieu,
toutefois cet universalisme reste encore centralisé sur la Jérusalem historique.

² Le dernier éclatement, l'épiphanie définitive, va se produire avec l'arrivée de Jésus Christ, et c'est saint Paul qui nous l'explique dans sa Lettre aux Éphésiens. Schématiquement, voici comment il présente les épiphanies de Dieu jusqu'à celle de Jésus :

- de toute éternité le plan de Dieu fut de rassembler tous les hommes et toutes choses dans le Christ,
non seulement le peuple d'Israël, mais tous les peuples qui lui répondraient par la foi ;
- ce plan de Dieu, longtemps voilé et maintenant dévoilé, Paul l'appelle "le mystère", c'est-à-dire le secret où il faut entrer ;
- et ce mystère, que chaque croyant doit accueillir personnellement par la foi et pour une espérance,
ne concerne pas le seul individu, mais a pour objet le monde entier, réuni dans le Christ :
quelles que soient les différences de races, de classes ou de cultures,
quelles que soient les options politiques, sociales économiques,
il n'y a pour tous qu'une seule promesse, un seul héritage, un seul corps,
une seule assemblée croyante, priante et agissante,
il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a pas de favorisés,
car désormais l'Église tout entière témoigne du dessein de Dieu et devient signe pour les nations.

À la lumière du texte de Paul s'éclaire rétrospectivement le chant d'Isaïe 60 :
de même que toutes les richesses des nations devaient affluer vers Jérusalem,
ainsi l'univers entier se mettra en route pour rencontrer Dieu en Jésus Christ,
et le lieu de la rencontre sera l'Église, la communauté fraternelle et structurée,
responsable de la bonne nouvelle et dépositaire ici-bas des richesses du Christ Jésus.

² Au-delà du rassemblement terrestre des croyants, le poème d'Isaïe évoque prophétiquement la joie indicible des derniers temps dans la Jérusalem nouvelle où Dieu sera tout en tous.
Nous comprenons mieux également la portée théologique du récit évangélique de la visite des Mages.
Les citations ou allusions à l'Ancien Testament déploient successivement
tous les aspects de la personnalité et du destin de Jésus :

Jésus est le Messie,
  le roi d'Israël qui devait naître,
  le pasteur annoncé par Michée,
  la pierre d'achoppement pour un monde qui défend sa propre royauté.
Rejeté par les dirigeants de son peuple, il recevra l'allégeance des nations païennes,

celle des hommes au cœur ouvert.
           

 

 

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