À deux

 

 

 

 

 

Voici arrivée pour vous deux l'heure à laquelle vous rêvez depuis si longtemps, celle où, devant Dieu, vous allez vous donner l'un à l'autre pour toujours, et vous savez avec quelle émotion nous allons écouter, dans quelques instants, ce oui qui va sceller votre amour.

 

Tous, ce matin, parents et amis, vibrent à l'unisson de votre joie et de la grande espérance qui se lève dans votre vie. Désormais, vous savez où vous allez, ce que vous voulez construire, et le style de bonheur que vous chercherez ensemble. La vie pour vous a pris un sens, parce que vous avez commencé à aimer.

 

1.                  Aimer, c'est d'abord sortir de soi

 

Un jour vient nécessairement dans l'existence où l'homme se voit appelé à sortir de lui- même, car le cœur humain n'est pas fait pour la solitude.

On peut avoir la sécurité matérielle,

on peut aimer son métier passionnément,
on peut se cultiver et s'entourer de beauté

sans pour autant avoir trouvé le bonheur, car il restera toujours au fond du cœur une faim inassouvie de tendresse, de tendresse à recevoir et surtout à donner ;

et finalement l'existence perd toute saveur pour l'homme s'il n'a personne à aimer.

 

À quoi bon, en effet, le travail, quand l'homme s'y use sans assurer la joie de personne ?

À quoi bon les loisirs, si l'on ne peut partager avec personne ses goûts et son enthousiasme ?

À quoi bon la liberté, si elle ne s'épanouit pas en service ?

 

C'est pourquoi sans doute Dieu a dit :"Il n'est pas bon que l'homme soit seul" .

et en créant l'homme à son image, Il "les" a créés homme et femme,

non seulement pour que l'homme et la femme reflètent chacun à sa manière sa bonté et sa beauté,

mais pour leur signifier à tous deux qu'ils auraient à s'ouvrir l'un à l'autre, à s'achever l'un l'autre.

 

À votre tour vous avez fait et vous allez faire l'expérience merveilleuse de la tendresse humaine.

Sortir de vous-mêmes vous est devenu facile

parce que vos regards se sont rencontrés,

parce que vous vous êtes compris, estimés, choisis,

parce que désormais est entré(e) dans votre vie

celui (celle) qui vous comprend même sans paroles

et qui vous apporte sans réserve ni calcul le réconfort de sa présence et la chaleur de son amour.

 

L'amour en vous a commencé par la découverte de l'autre, par un éclair de gentillesse,

 par une sorte d'émerveillement des yeux et un pressentiment du cœur, qui vous ont fait dire :

"C'est lui …c'est elle !",

et à partir du moment où, vous quittant vous-mêmes, vous vous êtes mis en marche l'un vers l'autre,

une lumière inattendue s'est levée en vous,

qui est venue tout colorer : les événements, les personnes et les choses, d'une teinte de paix et d'espoir.

 

Et cette lumière de l'amour, qui transfigure maintenant le cadre de votre existence,

vous a également révélé à vous-même.

Vous ne vous saviez pas capables d'aimer si facilement, si totalement ;

et non contents de livrer joyeusement tout votre avenir entre les mains de l'autre,

vous mettrez désormais votre bonheur à faire le bonheur du conjoint, selon la parole de Jésus :

"Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir".

Vous ne soupçonniez pas que l'amour vous ferait à ce point grandir et vous dépasser vous-mêmes.

Vous viviez pour recevoir, et voilà que maintenant vous avez envie de donner.

 

2.         Si, en effet, l'amour vous a fait sortir de vous-mêmes, c'est pour que vous vous donniez.

 

Et l'amour conjugal – votre amour conjugué – vous demandera tout : le cœur, le corps, le temps, toutes les ressources de votre intelligence et de votre délicatesse.

Pour vous, comme pour tous les foyers unis, il sera fait à  la fois

de moments inoubliables, de graves décisions, et de mille petites choses porteuses de tendresse,

tout au long de l'année, tout au long de la vie.

 

Il vous faudra partager les joies, les soucis, les projets et les espérances

et sans cesse réapprendre à dire "nous", quand vous serez tentés de dire :"Quant à moi, je".

 

Il vous faudra patienter, car la vie conjugale est un long cheminement,

et l'harmonie totale n'est donnée qu'aux foyers qui acceptent d'y mettre le prix.

 

Il vous faudra pardonner, oh ! non pas des oublis graves, bien sûr,

mais vous pardonner tout simplement d'être l'un et l'autre ce que vous êtes, c'est-à-dire deux êtres encore en marche, encore en devenir, mais déjà fixés dans des habitudes.

Savoir se taire à bon escient pour respecter la fatigue ou l'énervement de l'autre,

accepter que le conjoint ne soit pas toujours, au même moment, sur la même longueur d'onde,

imposer silence à son amour-propre pour faire les premiers pas,

verser ensemble un peu d'humour dans la vie quand un petit orage est passé,

c'est si facile quand on le veut vraiment, c'est si bienfaisant, et c'est si rare !

 

Il vous faudra surtout continuer le dialogue,

avec la même fraîcheur et le même abandon que durant ces mois de fiançailles,

et chercher ensemble les moyens de vous rendre mutuellement heureux.

 

Il vous faudra enfin ouvrir à d'autres votre bonheur.

Les enfants seront là, signes vivants de votre amour,

et votre travail d'éducateurs, pour être efficace, devra être bien souvent concerté.

Ces petits que vous aurez mis au monde par amour exigeront sans cesse davantage d'amour.

Là encore vous devrez vous oublier pour donner, vous qui avez tant reçu.

 

 

Ainsi la loi du don, de la fidélité, de l'oubli de soi et du sacrifice est inscrite dès aujourd'hui au cœur même de votre vie conjugale ; et c'est pour cela que le Christ, notre Seigneur et Maître, a voulu faire du mariage de deux chrétiens un sacrement.

 

Un sacrement, ce n'est pas seulement une démarche plus solennelle, une cérémonie plus émouvante pour un beau jour de la vie : c'est un geste du Christ vers nous, pour nous, en nous.

Dans tout sacrement, le Christ glorieux se saisit d'une réalité de la terre et en fait un instrument de salut pour les hommes : il prend du pain et il en fait son Corps ; il prendra de l'eau pour sanctifier vos enfants au baptême ; il va se servir de votre amour conjugal pour vous sanctifier l'un par l'autre.

Désormais, dans la mesure où le Christ demeurera le sceau de votre union, tout ce qui vous fera grandir dans l'amour réciproque vous fera progresser dans l'amour de Dieu. Les mille expressions de votre tendresse, votre fidélité d'époux et vos efforts d'éducateurs, tout cela vous rapprochera sans cesse du Christ, qui veut en vous sauvant assurer votre bonheur et transformer votre amour humain en charité, c'est-à-dire en amour où Dieu sera présent.

 

Depuis longtemps le Christ vous avait fixé ce rendez-vous pour vous parler au cœur, pour vous offrir son amitié, sa joie de Ressuscité, et pour poser sur votre amour un sceau que ni la vie ni la mort ne pourront effacer.

Tous les jours il sera là, ce Christ glorieux qui veut être votre route, votre vérité et votre vie.

Il sera en vous deux et entre vous deux, et c'est avec lui que vous marcherez la main dans la main, lui demandant chaque jour dans la prière la douceur et la force qui créent le bonheur selon l'Évangile.

 

 

Que Notre Dame, Reine des foyers chrétiens, vous prenne tous deux aujourd'hui sous sa protection et soit avec nous tous témoin de votre engagement.

 

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