La dette de l'amour

 

 

 

 

 

 

 

Touchant l'amour fraternel, si présent et si urgent dans nos vies, saint Paul s'exprime, curieusement, en termes de dette. Autrement dit, tant que nous vivrons sur terre, il nous restera de l'amour à donner, de la compassion à montrer. Il nous restera quelque part la conviction que nous n'avons pas encore tout donné, que nous demeurons propriétaires des dons que Dieu nous fait, et que nous avons encore beaucoup à faire pour nous perdre de vue et passer tout entiers dans le don de nous-mêmes.

"Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l'amour mutuel". De fait, ce commandement de l'amour surplombe, comme le montre saint Paul, toute notre vie morale, et l'expérience spirituelle nous prouve que toutes les grandes périodes de notre vie avec Dieu sont aussi des sommets de notre charité. Nous n'en avons jamais fini avec l'exigence d'aimer, et de nouvelles plages de fidélité s'ouvrent sous nos pas à mesure que nous sommes fidèles, comme si notre amour pour Dieu nous rendait sans cesse inventifs dans notre amour du prochain, comme si notre ferveur était sans cesse en quête d'une authentification par la vie fraternelle.

L'amour théologal cherche sa densité dans l'amour fraternel, et l'histoire de notre sainteté est l'histoire chaotique de notre amour fraternel. Jamais nous n'aurons fini de chercher, et Jésus nous appelle constamment à lâcher des choses pour mieux comprendre des êtres, à donner notre temps pour mieux vivre l'éternité, à nous laisser emporter par la passion de faire vivre, même s'il faut pour cela abandonner toute volonté propre et n'ambitionner que  de se fondre dans la volonté de Dieu. Rien ne sera plus mesuré, dans notre vie, en fonction de la réussite mesurable, mais uniquement dans l'axe du don et de l'oubli de soi.

Cette exigence d'aimer nous fait accomplir toute la Loi. En réalité, nous remplaçons les préceptes multiples de la Loi par une attitude unique empruntée au Seigneur Jésus : donner sa vie pour ceux qu'on aime. Toute notre vie, nous sentirons cette dette, comme l'on ressent une blessure toujours à vif, et, selon saint Paul, c'est très bien comme cela, parce cela nous fait rejoindre le système des valeurs qui est celui de Jésus lui-même, et notre existence, tout comme la sienne, est suspendue à la volonté du Père, à son bon plaisir. Dès lors, dans notre vie, toute œuvre sera valorisée uniquement par l'amour que nous y aurons enclos, toute réussite sera une réussite de l'amour, tout bilan nous échappera des mains, car seul Dieu pourra faire le bilan de notre amour.

 

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