Au désert !

1 Ma 2,15-29

 

               

 

 

 

 

 

 

 

A priori il y a peu de chose à prendre pour nous dans la première lecture, si ce n'est le bel exemple de courage et de loyauté envers le Seigneur, que nous donne le vieillard Mattathias, qui préfère la parole de son Dieu à la parole du roi.

                Mais regardons le texte de plus près : aussitôt après avoir renversé l'autel du sacrilège, le vieillard Mattathias se met à crier d'une voix forte, renforcée par l'émotion, à travers la ville de Modine : "Ceux qui sont enflammés d'ardeur pour la Loi, et qui soutiennent l'Alliance, qu'ils sortent tous de la ville à ma suite !" Effectivement, "beaucoup – non pas tous – de ceux qui recherchaient la justice", et donc se voulaient pleinement ajustés à la volonté de Dieu, "et qui recherchaient la Loi" – c'est-à-dire se voulaient fidèles à l'Écriture, "s'en allèrent vivre au désert".

                Cela paraît tout simple dans la lumière de l'épopée. En fait partir au désert, c'était renoncer à presque tout. C'était renoncer à la ville, à ses magasins, à son confort, à ses distractions, à sa proximité de la culture, pour aller vivre une existence à forte connotation communautaire, une vie marquée par le manque, la frugalité, la dépendance des autres et le partage, une vie étrangement proche de la vie religieuse, à ceci près que nous, nous l'avons embrassée par fidélité au Royaume de Dieu.

Ils ont sacrifié tout ce qui était pour eux l'assurance, la sécurité et la facilité, et tout cela , pourquoi ? Parce qu'ils se sont voulus proches de l'Alliance, sans cesse à l'écoute de l'Écriture, et qu'ils ont considéré comme urgent pour eux l'appel d'un chef charismatique. Tout s'en est suivi : la pauvreté volontaire de leur vie, la soumission de tous les jours et l'accueil joyeux d'un projet communautaire, la refonte progressive de toutes leurs manières d'aimer et d'espérer.

C'était cela, partir au désert. C'est encore cela, placer le désert au cœur de sa vie pour mieux appartenir au Seigneur, qui nous sauve. Cela paraît une folie aux yeux du monde et à nos yeux, habitués que nous sommes à la facilité et à l'indépendance, et il nous faut revenir à l'appel que nous avons entendu, plus fort que toutes les évidences, plus attirant que toutes les perspectives de bonheur, plus urgent que toutes nos volontés de réussir et de paraître..

Seul cet appel rend compte de toute la folie de notre vie ; seul il nous donne la force de persévérer, alors même que nous sentons la tentation, après des années de service, de reprendre en partie, sous couleur des nouveaux besoins de la personne, ce que nous avions livré avec tant de bonheur d'un seul coup.

Désert une fois, désert toujours, car c'est là, et là seulement, que retentit la voix qui nous appelle.

 

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