"Dieu a brillé dans nos cœurs"

(2 Co 4,6)

 

 

² Saint Paul va revenir, quelques lignes plus loin, sur l'illumination du croyant et le rayonnement de la gloire (2 Co 4,6) ; auparavant il reprend un moment son apologie :"nous ne falsifions pas la parole de Dieu, bien au contraire c'est en manifestant la vérité que nous cherchons à gagner la confiance de tous les hommes en présence de Dieu" (v.2).
Cette loyauté n'est pas immédiatement payante, et pour certains l'Évangile reste obscur et appelle le soupçon : le voile réapparaît, menaçant cette fois la crédibilité de la nouvelle alliance.

Paul se défend : ce n'est pas les missionnaires qu'il faut incriminer ! Ils font honnêtement leur travail :"Si notre évangile demeure voilé, c'est pour ceux qui se perdent qu'il est voilé, pour les incrédules dont le dieu de ce monde a aveuglé l'intelligence pour qu'ils ne voient pas l'illumination (qui vient) de l'Évangile de la gloire du Christ, lui qui est l'image de Dieu" (v.3-4).
Or c'est bien cet évangile que prêchent les missionnaires : "Ce n'est pas nous-mêmes que nous proclamons, mais le Christ Jésus, Seigneur ; nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus" (v.5). Les apôtres n'utilisent pas frauduleusement l'Évangile pour se proclamer eux-mêmes ; leur kérygme se résume en une phrase : Jésus-Christ, Seigneur ; Jésus-Christ est dans la gloire ; et cette certitude ne vient pas d'eux-mêmes : elle est le résultat d'une illumination de leur cœur par la Dieu de la lumière :

"En effet, le Dieu qui a dit : "Que des ténèbres resplendisse la lumière"
  est Celui qui a resplendi dans nos cœurs pour que [nous] illumine la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ".
(= en vue d'une illumination [qui provient] de la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ).

² Suivons les images de Paul, pour entrer dans le secret de la foi et de la prière.

Une lumière venant de Dieu lui-même illumine le cœur des apôtres. Que révèle cette lumière ? – la gloire de Dieu sur la Face du Christ, la gloire de Dieu qui fait du Christ le Seigneur.
Cela se passe à l'intime du cœur : le cœur illuminé se met à comprendre et adhère au mystère du Christ Seigneur. Dans le cœur, où Dieu fait resplendir la lumière de la nouvelle création, un Visage lumineux se détache, la Face du Christ porteuse de la gloire de Dieu.

La reconnaissance de ce Visage, et la reconnaissance sur lui de la gloire du Très-Haut, voilà l'illumination apportée par la lumière de Dieu. Elle est de l'ordre du voir et du savoir ; c'est une connaissance lumineuse qui va tout de suite s'épanouir en témoignage.
Le témoignage de l'apôtre ne pourra donc être qu'authentique et désintéressé, puisqu'il repose tout entier sur l'initiative du Père qui "révèle son Fils" à l'intime du cœur, comme le dit Paul : "Il a plu à Celui qui m'avait mis à part dès le sein de ma mère et appelé par grâce de révéler son Fils en moi pour que je l'annonce parmi les païens" .

Dieu a resplendi dans nos cœurs, dit Paul, et il vise là probablement avant tout les hommes de son équipe apostolique, dont il veut justifier le ministère. Mais au-delà de ce groupe restreint les formules pauliniennes rejoignent tous les disciples touchés par la lumière de Dieu et porteurs du message du Christ.
Dans son désir d'enraciner sa mission d'apôtre et d'adosser sa hardiesse de prédicateur directement à l'initiative de Dieu, Paul en est venu à décrire une structure spirituelle qui rend compte également de toute attitude de foi chrétienne et de toute expérience de prière.
Pour chaque baptisé, comme pour Paul et ses compagnons, tout commence et tout recommence par l'affirmation : "Jésus est Seigneur", par la perception de la gloire de Dieu sur le Visage du Christ, donc par l'entrée dans cette lumière de Dieu qui révèle le Christ comme son icône vivante. La bonne nouvelle qui nous fait vivre, puis témoigner, c'est avant tout que le Christ est dans la gloire et qu'il est l'Image de Dieu.
Affirmation qui demeure paradoxale aujourd'hui tout comme au premier jour. L'habitude efface parfois pour nous ce qu'elle a d'inouï, et pour ceux qui attendent encore la lumière, cette première profession de la foi chrétienne reste voilée et insensée, elle est mise en soupçon par la force d'aveuglement qui travaille le monde. Mais Dieu qui a lancé la lumière pour inaugurer la première création ne cesse pas d'illuminer le cœur des hommes et de les attirer dans sa propre gloire en la révélant sur la Face du Christ.

Ce témoignage rendu au Christ, que Dieu imprime à l'intime des cœurs, fait de nous des témoins à notre tour et, dans la communauté, "des serviteurs à cause de Jésus" (v.5). Quand le service de l'Évangile nous confronte à des forces d'aveuglement ou d'inertie, quand, par fidélité au message du Ressuscité, nous sommes en butte à la contradiction, même au sein de nos communautés, ou quand simplement une lassitude survient et que nous en venons à dire, comme Élie au désert : "C'en est assez, Seigneur, reprends ma vie, car je ne suis pas meilleur que nos pères ", nous savons à quelle source de lumière nous pouvons revenir, au plus profond de nous-mêmes, celle-là même qui nous a fascinés et mis en route : la gloire de Dieu sur la Face du Christ.

 

Elle est finalement notre seule certitude, notre seul appui, notre seule richesse ; elle est chaque jour une force indéfectible pour la mission, que nous accueillons avec humilité, comme des pauvres.

"Car ce trésor, nous le portons en des vases d'argile, pour que cet excès de puissance soit de Dieu, et ne vienne pas de nous" (v.7).

Ga 1,15-4-16.

1 Rg 19,4.

 

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