Le connaître

Ph 3,7-11 et 4,4-7

 

 

 

Pour l'anniversaire d une profession solennelle

           

 

 

Connaître le Christ, cela impliquait pour saint Paul à la fois un éblouissement de l'intelligence et un choix : un amour et un partage de vie.

            C'est bien aussi cet immense désir et ce projet démesuré qui envahissent le cœur d'une baptisée au moment où elle s'engage sans retour à la suite de Jésus, pour vivre le mystère de sa Pâque avec un cœur sans partage.

 

²  Ce mystère de Jésus : sa venue dans la chair, le rejet par les siens, ses souffrances offertes et sa mort de pauvre, son élévation et sa vie dans la gloire, nous les gardons constamment devant les yeux de notre foi

comme la référence constante,

comme le mémorial toujours en acte dans notre prière et celle de l'Église,

comme le fanal dans les tempêtes du monde que les ténèbres ne pourront jamais éteindre.

 

²  Mais ce mystère contemplé et célébré investit notre existence jour après jour, d'épreuve en épreuve et de victoire en victoire, pour y imprimer le sceau des souffrances, de la mort et de la résurrection de l'Ami, qui nous a aimés et s'est livré pour nous.

 

²  En même temps viennent jusqu'à nous, de tout près ou des confins du monde, des souffrances refusées, des morts révoltantes, et aussi tant de joies secrètes, tant de triomphes de l'amour, qui attendent nos intercessions et nos actions de grâces pour remonter à Dieu par le "oui" de Jésus.

 

²  Ainsi notre prière et notre vie sont tout entières branchées sur la Pâque du Seigneur. Mais si grand est le pouvoir déstabilisateur de la souffrance, si déroutants les chemins de l'angoisse, que nous sommes tentés de déconnecter "la communion à ses douleurs" de "la puissance de sa résurrection", que nous oublions de "lui devenir semblables" dans toutes nos morts, et que nous perdons de vue notre désir et notre bonheur : le connaître, Lui, Jésus, qui est, pour tous et pour chacun, le Seigneur.

 

*

 

²  Si nous voulons vraiment entrer dans tout son mystère, notre regard sur les souffrances de Jésus ne peut pas se détacher de l'amour qu'il y a vécu et de la gloire qu'il a rejointe à travers elles.

            Dans cette lumière pascale, nos épreuves personnelles redeviennent oblation et perdent tout caractère de fatalité ; notre cœur et nos mains peuvent s'ouvrir pour une compassion vierge de tout retour sur nous-mêmes, libre de tout arrêt sur nos propres souffrances.

 

²  Un choix, un amour, un partage de vie : pour nous aussi comme pour saint Paul la connaissance de Jésus Christ implique tout cela, s'épanouit comme cela.

 

            Pour gagner le Christ, "nous avons accepté de tout perdre" à mesure que le Christ nous le demande, au désert de la foi ou de l'aventure fraternelle ; et pour "être trouvés" en lui, pour devenir à ce point inséparables du Sauveur que l'on nous trouve toujours occupés de lui, reliés à lui et vivants de lui, nous lâchons même les rênes de "notre justice", et c'est par la foi vouée au Christ que nous nous  ajustons au dessein de Dieu.

 

²  Nous laissons tout, nous quittons tout, même l'inquiétude, qui est encor une crispation sur l'avoir d'aujourd'hui et la sainteté. Face à tout manque, à toute impuissance, à toute détresse, il suffit, fidèlement, de demander à Dieu la force pour le servir et la joie pour lui plaire.

            Quand notre cœur s'affole devant l'avenir incertain,

            quand nos pensées se cognent à l'absurde et à l'injustifiable,

            quand nous sommes tentés de baisser les bras parce que notre voix n'est pas entendue et notre amour pas accueilli,

le plus urgent est d'entrer dans la paix de Dieu, dans la douce lenteur de l'Esprit Saint. Car pour lui mille ans sont comme un jour ; vingt-cinq ans, c'est hier ; une vie, c'est le temps d'un appel.

 

²  La "paix de Dieu", qui est achèvement et harmonie plus encore que tranquillité, s'enracine dans la profondeur de son mystère.

            Elle dépasse toute intuition et toute prise de conscience, tout ce que nous pouvons maîtriser par la pensée volontaire.

            Elle est la paix de Dieu plus grand que nous,

            elle nous entoure, elle nous protège,

            et – comme dit saint Paul – autour de nous elle "monte la garde" (phrourèsei), afin de nous éviter toute intrusion de l'angoisse, toute déperdition de notre force d'aimer :

            elle "garde notre cœur et nos pensées" dans le Christ Jésus,

 

            lui qui nous a aimés et s'est livré pour nous,

            lui que, de toutes nos forces, nous voulons connaître

            pour "être trouvés en lui" à l'heure de la gloire.

 

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