Cinquante ans de mariage

Jn 15,1-17

 

 

 

 

Aucun d'entre vous n'aurait voulu manquer cet anniversaire, ni parmi les plus jeunes, ni parmi ceux et celles qui ont vécu avec vous, voici cinquante ans, la cérémonie de votre mariage dans cette église. Tous nous éprouvons le besoin de faire un moment silence, pour laisser remonter, du fond de notre cœur, les souvenirs qui s'y sont gravés, souvenirs de courage et de tendresse, grands et petits moments qui tous ont leur prix et qui reflètent si bien ce que vous avez voulu être pour ceux que vous aimez.

Je ne voudrais pas interrompre ni troubler ce travail de mémoire, si émouvant pour chacun et chacune, et je me contenterai aujourd'hui, sous le regard de Dieu, de tout reprendre et de tout résumer en évoquant un seul mot : fidélité.

 

La fidélité, c'est l'amour qui dure, qui résiste à l'usure du temps et qui se monnaye dans le quotidien.

 

Vous avez été fidèles l'un à l'autre, et l'une des marques qui attestent la réussite de votre vie commune, c'est que vous êtes restés différents alors même que votre union s'approfondissait. Les traits de vos deux caractères se sont accusés avec le temps, mais la référence à l'autre est devenue toujours plus immédiate, toujours plus évidente et inentamable. Joies, peines et projets : vous avez tout assumé à deux, tout géré à deux, tout pensé à deux, et tous ceux qui vous ont approchés ont gardé la forte impression d'avoir eu affaire à un couple soudé, à un foyer de rayonnement.

 

Je laisse à vos enfants et petits enfants le soin et la joie de vous dire ou de vous chuchoter, chacun à sa manière, combien ils se sentent en dette d'amour envers vous, et comment votre présence, votre exemple et vos convictions les ont, peu à peu, marqués pour la vie.

 

Vous avez été fidèles à vos amis, et ceux-ci vous l'ont bien rendu. Vous en comptez dans beaucoup de pays du monde, et certains sont venus aujourd'hui de très loin. Tous, présents ou absents, pensent à vous, et se souviennent que dans votre maison ils ont trouvé, à chacune de leurs visites, non  seulement une cuisinière toujours inspirée, mais un accueil intégral de l'intelligence et du cœur, une écoute authentique des personnes et deux regards toujours en éveil sur le monde et ses mutations, sur le comportement des individus et les problèmes de société.

 

Vous avez gardé au Christ toute sa place dans votre vie, et vous traduisez encore aujourd'hui cette fidélité par les engagements pris dans cette paroisse qui met à profit depuis longtemps le dévouement et la compétence des laïcs. Vous aimez faire les choses bien et sans bruit, et vous savez être présents dans la durée là où vous avez promis de servir.

 

Ce n'est pas que la maison se soit désemplie et que vous y soyez moins nécessaires, mais les services que vous assurez dans la paroisse sont devenus comme une extension du labeur familial. Cette générosité efficace et discrète, c'est le style que vous avez donné spontanément à votre engagement chrétien. C'est votre manière à vous, réaliste et paisible, de répondre à l'appel du Christ. "Celui qui a mes commandements et qui les garde, disait Jésus, c'est celui-là qui m'aime" ; "vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande" (Jn 14,21; 15,14).

 

Le service de l'Évangile a porté de beaux fruits sur votre sarment, et cela fait honneur au Dieu de votre baptême. "C'est la gloire de mon Père, disait encore Jésus, que vous portiez beaucoup de fruit" (Jn 15,3). Vous voyez autour de vous, ce matin, une partie de vos fruits ; tous ces jeunes, ardents, qui se préparent à leur vie d'adultes. L'autre partie, invisible, n'échappe pas au regard du           Dieu de votre appel, et vous pouvez l'entendre vous redire, à l'intime du cœur, ce qu'il confiait aux disciples lors de la dernière Cène :"C'est moi qui vous ai choisis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure" (15,16).

 

En cet automne de votre vie où déjà s'annoncent les enfants des enfants de vos fils, que le Dieu fidèle vous garde tous les deux, en dépit des soucis et de la fatigue, en bonne santé, heureux et fermes dans l'espérance. Nous vous remettons à lui en lui offrant, dans l'action de grâces, ces cinquante années de labeur et de bonheur.

 

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