Caïn et Abel

Gn 4

 

 

 

 

 

 

 

²    Le récit du premier meurtre fait suite immédiatement au récit de la première transgression de la volonté de Dieu. Les deux sont liés, en effet, dans la pensée du poète de la Genèse ; dès que se distend la relation à Dieu, la relation au frère devient plus fragile.

Nous en faisons nous-mêmes chaque jour l'expérience. C'est bien pourquoi nous sentons si fort le besoin de la prière quotidienne au moment de l'Eucharistie, pour reprendre sans défaillance la route fraternelle, la route communautaire, la route conjugale, ou tout simplement la route du service, là où Dieu nous a placés.

 

²    Certes, nous ne tuons personne, et nous n'avons pas envie de tuer. Et pourtant, si nous regardons loyalement ce qui se passe dans notre cœur, combien souvent il nous arrive de trouver l'autre gênant, pesant, insupportable ?

Parfois l'autre ne nous a rien fait, pas plus qu'Abel n'avait lésé Caïn ; mais simplement il pose d'autres choix que nous, et il est librement ce qu'il est : il a choisi de garder les moutons, alors que nous rêvons jardin, fleurs et légumes, ou vice versa. La liberté de l'autre contraint la nôtre, la différence suscite l'agressivité, et le chemin n'est pas très long de l'agacement au début de la haine.

Il faut y prendre garde, et Dieu, paternellement, en avertit Caïn avant son mouvement de colère : "le péché est tapi à ta porte … mais toi, domine-le !"

 

²    Il y aurait, bien sûr, une autre manière d'éliminer le frère sans attenter à sa vie ; elle consisterait à l'ignorer, à l'oublier concrètement, à tirer son épingle du jeu sans plus se soucier des partenaires ! Abel, ce n'est pas mon affaire …

Mais là encore, Dieu ne nous tient pas pour quittes. Il nous aborde chaque jour, non pas avec la question : "Qui es-tu ?" qu'il a posée à l'Adam pécheur, mais avec une interrogation tout aussi exigeante :

 

"Aujourd'hui, qu'as-tu fait de ton frère ?"

 

 

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