Béni soit Dieu

 

          Comment mieux fêter notre Elisabeth qu'en écoutant avec elle la voix de son "cher saint Paul", pour y retrouver, déjà fixé pour tous et pour toujours, l'itinéraire de notre sainteté ?

          Dieu nous a choisis, Dieu nous a fait grâce et nous ouvert la voie de la sagesse en nous faisant connaître le mystère qu'il cachait en son cœur.

          Dieu nous a élus : nous ne pouvons détacher notre souvenir de cet acte de Dieu, aussi vieux que le monde, par lequel il nous disait son amour et le bon plaisir de sa volonté. Son plan, son idée de toujours est de faire de nous des fils et des filles, libres pour l'aimer, saints et sans reproches devant Lui, heureux de passer tout entiers dans la louange de sa gloire. Il n'a pas d'autre dessein que de réaliser comme cela notre bonheur: savoir que nous l'avons pour Père, qu'Il n'a pour nous que des pensées de Père et qu'il veut promouvoir en nous cette filiation calquée sur celle de l'Unique, et devant laquelle toute réussite humaine s'efface.

          Dieu nous a fait grâce et ne veut nous voir que sertis dans cette grâce, profitant dans le Fils de tout ce qui nous est ouvert : la rédemption par la croix, le pardon de nos manquements et la richesse inouïe de la gloire de Dieu. Tout cela, qui nous est offert dans le Bien-aimé, fait de nous à notre tour des bien-aimés qui occupent sans cesse la pensée de Dieu, pensée de paix malgré les orages de notre existence, pensée d'amour qui est pour nous synonyme de douceur, de compréhension et de bonheur.

          Dieu a fait surabonder en nous sa grâce en nous mettant sur une route de sagesse, en nous révélant par l'Esprit les dons qui sont faits, en nous introduisant dans le mystère de sa volonté, dans ce plan d'amour "tu" durant des siècles et qu'il dévoile maintenant à la plénitude des temps. Aux yeux émerveillés de notre foi, Dieu révèle par son Esprit son dessein de toujours : tout récapituler dans le Christ, les choses de la terre adaptées à notre intelligence, et les choses du ciel, qu'Il nous donne de voir dans sa lumière de joie.

          Certes, nous sommes des convertis, des tard-venus, qui n'ont pas attendu depuis des siècles le Messie et n'ont pas "d'avance espéré" ce que Dieu présentement nous révèle, et nous avons dû suivre pas à pas la pédagogie de Dieu : la parole de vérité, l'Évangile qui sauve, le sceau du baptême et 1'Esprit de la mission, mais maintenant que nous sommes fils et filles, nous attendons l'héritage dont nous tenons les arrhes, et notre vie tout entière se trouve validée par Dieu, aimantée par Dieu, enrichie par Dieu, et transformée jour après jour en louange de sa gloire.

          C'est ce qu'Elisabeth a saisi, avec toute sa fougue et sa capacité d'aimer. Elle a compris ce que cela si­gnifie d'être regardée par Dieu de toute éternité, et d'habiter le souvenir de Dieu. Elle a rendu grâces à son Seigneur de l'avoir voulue si près de Lui, et elle a admis que son destin était d'entrer dans le dessein de Dieu, un destin qui n'était pour elle que joie, certitude et partage. Pour elle, tout se résumait en une double présence : la présence du Maître à sa créature, et la présence courageuse de la créature au Maître qui l'habitait ; et à partir de là, tout devait s'ensuivre : sa passion personnelle unie à la Passion du Seigneur, et sa compassion pour tous ceux que le Seigneur mettait sur sa route.

          Qu'elle nous enseigne aujourd'hui les voies de Dieu Trinité, qu'elle dégage dans nos vies l'espace de l'adoration, et nous apprenne l'offrande de nos misères. Qu'elle nous rende heureux d'avoir tout livré au Christ, et de ne chercher en toute chose que sa gloire et la gloire du Père. Qu'elle vienne nous chercher et apaise toutes nos craintes, puisque nous pouvons déjà partager sur terre avec Jésus tant de choses qui nous attendront près de Lui dans l'au-delà, puisque nous pouvons déjà lui offrir, dans la pauvreté de notre cœur une humanité de surcroît.

 

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