Leur cœur était bouché !

Mc 6,46-52

 

 

 

Expérience malheureuse des disciples ; combat quotidien dans notre vie de foi.

 

Après une multiplication des pains, Jésus envoie les disciples en barque avant lui en direction de Bethsaïde, le petit port de la côte est. Il vient à eux vers la fin de la nuit, en les voyant de loin ramer contre le vent ; mais eux ne le reconnaissent pas.

 

²  Les disciples avaient déjà la certitude qu'ils n'avaient rien à redouter quand Jésus était là. Déjà ils avaient connu une tempête alors que Jésus dormait dans la barque (Mc 4,35-41) ; déjà le vent était tombé quand Jésus avait commandé à la mer. Mais c'est comme si cette première frayeur et cette première délivrance n'avaient servi de rien.

 

Ils ne voyaient qu'une chose : leur solitude. À vrai dire Jésus était seul aussi sur la montagne, à prier ; mais cette solitude avec le Père, il la recherchait, tandis que les disciples "se torturaient à ramer", et cette fois Jésus était loin !

 

Voilà que Jésus vient à eux en marchant sur la mer. Ce geste du Maître aurait dû les faire réfléchir. Le Psaume ne disait-il pas, en parlant de Dieu :" Ton chemin était sur la mer, tes sentiers sur les grandes eaux, et tes traces, nul ne le connut" ? (Ps 77,20). Ce n'était pas une illusion, car "tous l'avaient vu" : "Jésus allait les dépasser" [parerchesthai], comme le Seigneur-Dieu, en apparaissant, semblait vouloir dépasser Moïse au Sinaï (Ex 34,19.22 ; 34,6 LXX) ou Élie à l'Horeb (1 Rg 19,11).

 

 

²  Mais ils n'ont pas reconnu Jésus, qui refaisait les gestes de Dieu. Ils ont cru voir un fantôme, ils ont poussé des cris, ils ont été "bouleversés". Aucun réflexe de foi, même quand Jésus les a rejoints dans la barque, même quand il leur a parlé, même quand le vent est tombé brusquement ; ils étaient, nous dit saint Marc, "au comble de la stupeur". Pourquoi ? "parce que leur esprit était bouché", et cela, depuis des heures :"ils n'avaient rien compris à l'affaire des pains", et la marche de Jésus sur la mer ne leur a pas ouvert le cœur.

 

Nous revivons le désarroi des disciples, quand nous laissons grandir en nous l'impression de notre solitude. Pour les hommes du pays et du temps de Jésus, la mer symbolisait toutes les révoltes et tous les dangers. Le danger, pour nous, c'est d'en rester aux révoltes, de ne pas voir que Jésus vient au-devant de nous et qu'il nous redit, avec infiniment de patience :"Courage ! C'est moi, n'ayez pas peur !". La première lettre de Saint Jean nous l'affirmait :"L'amour parfait chasse la crainte ; il n'y a pas de crainte dans l'amour !" (1 Jn 4,17s).

 

Si la peur s'insinue en nous, c'est que nous ne croyons pas suffisamment que Jésus a prié pour nous sur la montagne et que pour nous il a dompté les eaux. 

 

Page d'accueil

Homélies nouvelles