Retour à Dieu de Benoît

 

 

 

 

 

Benoît nous a quittés. Un ami de Jésus a rejoint son Seigneur. Mais c'est bien lui qui nous rassemble ce matin, avec le Christ, autour de son épouse, de ses enfants et de toute sa famille, pour cette Eucharistie, qui sera non pas un adieu, mais un au revoir, simple, vrai et profond, digne de lui, ce sa foi et de son espérance.

 

²  C'est bien, en effet, sa foi au Christ qui a été la force et la lumière de sa vie. Beaucoup d'entre nous l'ont connu dans son milieu de travail et ont pu apprécier sa compétence, sa lucidité, son ouverture, et cette fidélité au devoir qui ne s'est jamais démentie, alors même que souvent il se sentait à bout de forces.

 

Tous ceux qui l'ont eu pour camarade, pour compagnon et pour ami se souviennent de la manière très personnelle qu'il avait de se rendre présent aux autres. Benoît écoutait beaucoup, avec son intelligence et avec son cœur ; et cette écoute, jamais feinte, donnait du poids à sa propre parole quand il jugeait une situation, quand il excusait autrui ou qu'il prenait avec humour la mesure des choses humaines.

Le secret de sa paix, de sa discrétion et de sa modestie, la source de son respect pour les êtres, on ne tardait pas à les deviner lorsqu'on rencontrait Benoît au cours d'une retraite ou d'une réunion de foyers chrétiens : on percevait en lui l'homme de prière, le disciple vulnérable à la parole de Dieu. On sentait qu'il avait fait son choix, librement, solidement, et que même ses souffrances avaient un sens pour lui.

 

Ayant passé avec son Dieu un contrat d'espérance, il a "mené une vie digne de l'appel qu'il avait reçu, en toute humilité et douceur, avec patience, supportant les autres et lui-même avec charité, et s'efforçant de travailler à l'unité en tissant autour de lui les liens de la paix" (cf. Ep 4,1-2).

 

Il aurait pu se raidir et se révolter en se voyant cerné de si près par la fatigue et la maladie ; il aurait pu, comme Job un moment en fut tenté, prendre à témoin contre Dieu les justes souffrants des générations à venir :

"Qui donnera que soient inscrites mes paroles,

                          que pour toujours  sur le roc elles soient sculptées ?"

 

Il aurait pu … car pour nous aussi, chrétiens, la souffrance demeure une ennemie et la mort un mystère. Mais il a préféré s'en remettre à Dieu de son destin ici-bas parmi ceux qu'il aimait ; et il a tout misé sur la victoire du Christ et la tendresse du Père :

"Moi, je sais que mon Rédempteur est vivant,

                         et que, le dernier, sur la terre il se lèvera"

                         et me fera lever ! (cf. Job 19,25-27)

 

Une telle remise à Dieu ne s'improvise pas : pour Benoît elle a mûri progressivement dans la prière, et c'est peu à peu, pas à pas, de oui en oui, qu'il a pu faire sienne la prière de Jésus à Gethsémani :"Père, non pas ma volonté, mais la tienne".

 

Finalement, c'est là que le vrai chrétien se révèle. Jésus ne nous demande pas forcément des actions éclatantes, des œuvres signées, une réussite qui attire l'admiration, mais de servir jour après jour avec le meilleur de nous-mêmes et de laisser grandir en nous une charité qui traversera la mort.

 

Le chrétien authentique n'est pas un croyant immunisé contre le malheur : c'est un homme dont la vie réelle, aux jours de joie comme aux jours de peine, est éclairée par la présence du Christ et la certitude de la Résurrection.

 

 

²  La certitude, oui : une certitude de foi.

 

La Résurrection n'est pas une idée, une thèse, une explication ; elle est pour nous, croyants, beaucoup plus qu'une perspective consolante, car elle est liée à la personne de Jésus élevé dans la gloire.

"Je sais, dit Marthe à Jésus, que mon frère ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour". Et Jésus lui a répondu en centrant tout regard et tout espoir sur lui- même :"Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra !"

Jésus ressuscité est à lui seul toute résurrection et toute vie :

il est déjà la force qui au dernier jour nous tirera tous ensemble du tombeau ;

il est déjà la Vie par qui vivent, en dépit de la mort, ceux que nous avons aimés.

Nous les avons aimés vivant de notre vie, splendide et incertaine.

Nous les aimons vivants de la vie de Jésus, certaine, définitive, et mystérieuse.

 

La vie change ; elle n'est pas détruite. C'est cette foi proclamée au baptême qui nous garde paisibles malgré notre chagrin.

Parce que Benoît est déjà reçu dans la vie de Dieu, nous rendons grâces pour ce qu'il a été parmi nous, pour l'exemple qu'il laisse à ses enfants, pour le courage qu'il communique à son épouse.

 

Dans le silence de notre prière, demandons à la Mère de Dieu, qu'il a si souvent invoquée, de l'introduire elle-même à la joie des pauvres de cœur ; et méditons, pour en nourrir notre propre espérance, les paroles du Seigneur qui l'ont accueilli :

 

"C'est bien, bon et fidèle serviteur,

tu as été fidèle en peu de choses,

sur beaucoup je vais t'établir :

 

entre dans la joie de ton Maître".

 

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