Dieu rugit de Sion

Amos

 

 

 

 

Durant toute cette semaine, la liturgie de l'Église veut nourrir notre réflexion et notre prière des oracles d'Amos.

 

²  Au VIIIe siècle la nation israélite s'équilibre et entre dans le cycle des échanges internationaux. Un groupe social nouveau, les commerçants, naît et se développe rapidement. Tout cela aux dépens des  anciens monopoles royaux.

Cela amène une dégradation sociale, dont les visages sont multiples :

- réduite à merci par les spéculations des marchands, l'ancienne paysannerie de prolétarise, lâche ses terres pour louer son travail ;

- un fossé se creuse entre les possédants et les dépossédés ;

- la justice s'achète de plus en plus ;

- le marché des esclaves prend une énorme extension : jusqu'alors il ne dépassait pas le cadre des expéditions militaires, à partir du VIIIe siècle commencent les déportations massives et systématiques.

 

La dévaluation de Dieu va de pair avec la dévaluation de l'homme :

- le schisme, politique et religieux, des deux royaumes, ne fait qu'augmenter la contagion du culte des Baals. À Béthel, sanctuaire rival de Jérusalem depuis le schisme, Jéroboam II a installé un autel où Yhwh est représenté comme un taureau.

 

²  C'est alors que Yhwh "rugit de Sion" par les paroles d'Amos, le berger prophète, contre les péchés de Juda et d'Israël :

"En vérité le Seigneur ne fait rien

 qu'Il n'ait révélé ses desseins à ses serviteurs les prophètes.

 Le lion rugit, qui ne craindrait ?

 Le Seigneur Yhwh parle, qui ne prophétiserait ?" (Am 3,8)

 

Une triple mission va être confiée à Amos.

 

1)      éveiller la conscience sociale par une critique cinglante de la vie concrète dans les deux royaumes et par l'annonce du Jour de Yhwh. Amos va s'en prendre :

- aux créanciers impitoyables,

- à la cupidité des marchands et des fraudeurs,

- à la soif de plaisir des femmes de Samarie.

 

2)      approfondir l'Alliance, en bouleversant l'idée qu'on se faisait des rapports de Yhwh avec Israël.

Certes Yhwh a élu Israël ; mais le choix de Yhwh est libre et reste révocable : Yhwh, s'il le veut, peut anéantir son peuple.

Oui, Israël est le peuple choisi ; mais l'élection par Yhwh n'a fait que rapprocher Israël de la lumière aveuglante du Dieu Saint, et les droits de la justice l'emporteront sur les privilèges de l'élection.

 

3)      enfin Amos va prêcher un culte renouvelé et intériorisé.

Il crie à qui veut l'entendre (et même à ceux qui ne veulent pas) que la religion n'est pas liée à la splendeur ni à la régularité du culte, et qu'il ne peut exister aucune solidarité, aucune communion entre Yhwh et des hommes qui ignorent la justice sociale.

La religion consiste à "chercher Yhwh pour vivre" (5,11), et c'est dans cette perspective d'une religion vraiment personnelle et intérieure qu'Amos développe sa critique de la religion étatisée.

 

²  Au fond, la tâche que Dieu a donnée à Amos s'apparente étroitement aux consignes que le Concile a données à l'Église, au peuple de Dieu tout entier sacerdotal et tout entier prophétique.

Il est des moments où Dieu rugit de nouveau dans l'histoire. Comment ne pas prophétiser ? Comment pourrions-nous, ministres du Christ prophète, ne pas nous mettre, sous la conduite de l'Esprit, au service de la mission prophétique du peuple de Dieu ?

 

Encore faut-il que nous nous ouvrions à toutes les dimensions de notre mission prophétique,   que nous sachions, comme Amos, unifier toute notre action autour de l'axe de l'Alliance, et insuffler, même à notre prédication sociale, les exigences d'amour de l'Évangile.

 

Et cela exige de nous une "kénose". C'est l'insertion inconditionnelle dans l'œuvre de Dieu qui fait les vrais prophètes.

Qu'est-ce, en effet, qu'un prophète ? – celui qui, saisi par l'Esprit, découvre personnellement, interprète authentiquement et dé-voile au peuple de Dieu le sens de chaque kairos (moment favorable) de l'histoire sainte, en fonction du dessein total de Dieu sur le monde.

 

Cette mission de diagnostic spirituel des problèmes de notre temps, de révélation du vouloir de Dieu dans l'aujourd'hui de l'Église, voilà ce que Dieu nous a départi, confiant en notre loyauté, en notre fidélité de serviteurs.

 

Il a rugi, qui ne prophétiserait ?

 

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