L'amour des époux : eau et lumière

Ez 47

Mt 5,13-16

 

 

 

 

 

Le voilà venu, le moment si longtemps espéré, si patiemment préparé, où vous allez échanger vos promesses et où Dieu lui- même va poser sur votre amour le sceau de son amour. Nous allons entendre votre oui ; mais l'essentiel ne peut ni se voir ni s'entendre, et c'est le oui du Seigneur Jésus qui veut être pour toujours non seulement le témoin de votre alliance, mais le lien vivant de vos deux vies, de vos deux cœurs, de vos deux libertés.

 

Avec vous nous voulons rendre grâces au Dieu vivant, dont toute la joie est de faire vivre. Avec vous nous venons offrir au Seigneur cette longue route que vous allez parcourir la main dans la main, ou mieux, comme le suggérait à l'instant la lecture du Cantique : appuyés l'un sur l'autre, la bien-aimée sur son bien-aimé, et l'époux sur celle qu'il a choisie.

 

À ce moment si simple et si solennel de votre engagement, vous sentez plus que jamais l'affection qui vous entoure et qui vous porte. Vos parents vous remettent à Dieu, eux qui, au long des années, avec délicatesse et discrétion, ont déposé dans votre intelligence et votre cœur tant de richesses et de si belles convictions. Vos grands parents sont tout près de vous, témoins vivants des valeurs de droiture et de générosité qu'ils ont transmises à vos familles et qu'ils ont mises si souvent au service de notre pays. Les amis de toujours et les amis récents ont tenu, eux aussi, à partager votre bonheur, et je m'honore de compter parmi eux à un titre spécial.

 

Pour dire votre bonheur, celui qui vous submerge aujourd'hui et celui que vous apercevez sur l'horizon de votre amour, vous avez emprunté à Dieu les grands symboles de l'Écriture, et l'allégresse à laquelle vous nous conviez nous arrive ainsi toute gorgée d'eau, de lumière et de sel.

 

²  L'eau, associée pour vous à tant de joies fortes, vous parle de bonheur parce qu'elle est libre, joyeuse, limpide, toujours simple, parfois imprévisible, mais jeune à perte de vue. Dans le cadre de la Révélation et dans la perspective du dessein de Dieu, le symbolisme de l'eau prend une force nouvelle, car il éclaire le destin de tout homme et même de tout un peuple : l'eau dit maintenant non seulement  la vie, mais le triomphe de la vie, qui est l'œuvre de Dieu.

 

Tout semblait perdu en Israël au temps d'Ezéchiel le prophète : une grande partie du peuple était avec lui exilé en Babylonie, la gloire de Dieu avait quitté le Temple, et Jérusalem était en ruines. Mais voilà que Dieu vient au-devant de son serviteur. Il a décidé de lui dévoiler les événements dans sa propre lumière et de lui montrer la vie partout où il ne relevait que les traces de la mort; Il emmène en vision le prophète à Jérusalem, et là un mystérieux personnage, "l'homme au cordeau de lin" (40,3), lui fait voir un torrent qui s'échappe du Temple vers l'Orient.

 

Au début le torrent paraît bien discret et timide : il faut marcher cinq cents mètres pour avoir de l'eau jusqu'aux chevilles. Encore cinq cents mètres, et Ezéchiel traverse avec de l'eau jusqu'aux genoux. Encore cinq cents mètres : il est pris jusqu'aux reins, mais traverse quand même. Encore autant, et il n'y a plus qu'une ressource : se jeter au fleuve et nager, sans pouvoir le franchir.

"As-tu vu, fils d'homme ?", demande le guide. Et qu'y a-t-il à voir ? – les merveilles de Dieu, la réussite de Dieu, là même où l'avenir s'assombrissait de jour en jour. Ezéchiel part et revient, le temps d'un changement de décor, et voilà qu'apparaissent, de chaque côté du fleuve, une quantité d'arbres fruitiers au feuillage toujours vert, et capables de produire douze fois l'an. Dieu veille partout sur la vie, et les eaux du Temple vont aller assainir les eaux de la Mer Morte.

 

Quelle magnifique image de la générosité de Dieu ; mais aussi quelle parabole de votre propre  amour ! Dieu a fait converger vos deux routes. Vous vous êtes reconnus, émerveillés, dans le regard l'un de l'autre ; puis la tendresse venue du cœur de Dieu - l'eau vive jaillie de son Temple – a commencé d'irriguer votre cœur. Et ce bonheur que maintenant vous puisez ensemble au bonheur de Dieu ne va cesser de monter, jusqu'à devenir "une eau profonde, un fleuve infranchissable". Bien plus, sur les rives de votre bonheur beaucoup d'autres foyers, beaucoup d'amis, beaucoup de jeunes en quête d'un sens à leur vie, trouveront un espace toujours vert pour leur espérance, car pour vous il n'est pas de vraie joie qui ne soit partagée ni d'amitié qui ne soit ouverte, pas de vraie vie qui ne devienne source de vie.

 

²  L'autre symbole qui vous a frappés oriente d'ailleurs votre vie de couple dans la même perspective de générosité :"Vous êtes la lumière du monde, dit Jésus. Une ville ne peut se cacher qui elle est sise au sommet d'une montagne". Puis Jésus, de lui-même, transpose le thème au niveau quotidien de la vie d'un foyer :"On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison", ou, selon le texte de Saint Luc, "pour tous ceux qui entrent dans la maison".

 

Dieu ne veut pas cacher la lumière qu'il a lui-même allumée en nous à la flamme de la parole de Jésus pour nous donner accès aux mystères du Royaume. Il nous a placés, là où nous sommes, humbles lampes de tous les jours, pour que nous fassions, même pauvrement, reculer les ténèbres de  ce monde. Là où Dieu nous a placés, notre lumière est irremplaçable, et notre pauvreté devient richesse dès qu'un frère ou une sœur approche de l'entrée, car alors notre lumière révèle son visage.

 

C'est bien en effet ce que réalise l'amour entre les conjoints au sein du couple. La lumière que porte l'un révèle l'autre à lui-même. Plus les époux s'aiment, plus leurs deux visages sortent de l'ombre. Plus chacun donne sa lumière, plus aussi il découvre l'autre dans sa richesse. Assez vite, d'ailleurs, une même lumière émane de leur amour, au service d'autres visages qui sortiront de l'ombre à l'heure de Dieu : visages d'enfants qui dans cette lumière apprendront à sourire, visages de jeunes, fascinés par le bonheur d'un couple chrétien, visages graves d'adultes, aux soirs d'amitié et de partage.

 

²  Un bonheur ouvert, un bonheur lumineux, voilà ce que vous avez décidé de vivre, à la suite du Christ des Béatitudes ; et c'est ainsi que vous serez ensemble, pour votre part, le sel de la terre.

Non pas  seulement le sel des embruns, que l'on retrouve dans ses cheveux ou sur ses lèvres au soir d'une journée de mer, mais le sel intérieur, le sel actif qui assainit et transforme. Insérés avec tout votre dynamisme dans le labeur professionnel, dans le tissu de vos relations et dans vos responsabilités d'éducateurs, vous enfoncerez vos racines en profondeur dans le terreau de la vie de Dieu par la prière partagée, par l'écoute commune de la Parole et par un dialogue courageux sur vos options chrétiennes et sur la qualité de votre bonheur.

Ce qui fait le sens de votre engagement, ce qui vous donne le goût de servir et la force d'espérer, bref : le sel de votre vie, c'est cela que vous  proposerez, simplement, sereinement, par votre témoignage, c'est cela que vous sèmerez autour de vous, pour tant d'hommes et de femmes qui parfois sont tentés de perdre cœur parce qu'ils n'ont pas trouvé le chemin de l'amour.

 

Bonne route, sous le regard de Dieu et avec la force du Christ !

Que la Mère de Jésus présente à son Fils l'offrande de votre vie à deux.

Votre amour d'aujourd'hui vous remplit de confiance. Il sera plus beau encore quand il aura pris la patine du temps. Par le oui que vous allez prononcer, vous allez vous donner le sacrement du mariage chrétien, et vous allez inviter pour toujours le Seigneur comme témoin et garant de votre tendresse. Que ce oui, inaltérable comme vos alliances, vous soutienne dans les épreuves et ensoleille toutes vos joies. Qu'il soit chaque jour une bonne brise dans vos voiles pour la plus exaltante des régates, celle qui mène au port du bonheur.

 

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