"Au milieu de vous"

(Jn 1,26)

 

 

"Au milieu de vous quelqu'un est là, que vous ne connaissez pas !"
Après vingt siècles de christianisme, ces paroles du Baptiste continuent de nous atteindre comme un reproche, et viennent nous réveiller si nous cédons au sommeil spirituel, au moment où, avec toute l'Église, nous voulons nous préparer dans la joie à un nouvel avènement de grâce du Christ Sauveur.

²   Certes, le Seigneur est présent au milieu de nous, puisque nous sommes réunis en son nom.
Il nous devient présent dans son Corps qui est l'Église,
il est là présent dans sa Parole, car c'est lui qui parle quand on lit, dans l'Église, la Sainte Écriture,
il est là présent lorsque notre assemblée prie et chante,
et il est présent de manière privilégiée dans ce sacrifice que nous allons offrir.
Mais la présence invisible du Christ, à des degrés divers, s'étend aussi à tous les secteurs et à tous les instants de notre vie concrète, tout spécialement aux moments où nous nous tournons vers le prochain pour le comprendre et le servir, car dans la personne des pauvres (pauvres de ressources, pauvres de bonheur ou d'amitié), c'est le Christ lui- même qui réclame, et à haute voix, la communauté de ses disciples.

²   Tout cela, que la foi nous dit et que le Concile nous a redit,
nous le rejoignons bien intellectuellement.
Nous savons que le Père nous a aimés le premier, qu'il veut pour nous la vie, la vie en abondance, et qu'il a promis de faire en nous sa demeure ;
nous savons que le Messie est venu, pour nous plonger dans l'Esprit.
Mais parfois notre existence ne suit pas, et trop souvent nous vivons dans l'absence de Dieu :
nous vivons comme si nous n'étions pas aimés,
comme si nous étions seuls,
comme si Dieu notre Père n'avait pas conclu avec nous, dans le sang de son Fils,
une Alliance éternelle.
Dieu est parmi nous, Dieu travaille en nous, et nous ne connaissons "ni le Fils ni le Père" !

²   "Là où est ton trésor, disait Jésus, là aussi sera ton cœur" ;
si donc notre cœur n'est pas spontanément présent au Christ, c'est que notre trésor est ailleurs,
dans des souvenirs qui n'ont pas encore été "crucifiés avec le Christ",
dans un travail ou un service où nous nous recherchons nous-mêmes,
dans l'ambition ou la volonté de puissance,
voire dans un projet spirituel où nous mettons Dieu à notre service.
Alors quelque part en nous monte une fièvre,
la fièvre d'une croissance qui n'est pas selon Dieu,
la hâte d'une réussite humaine qui ne construit rien pour l'Église.
"Servir deux maîtres à la fois", voilà ce qui nous tente, mais c'est un leurre ; et dès lors que nous quittons le chemin étroit de l'Évangile qui nous conduirait à l'unité intérieure, tout un monde de réflexes, d'impressions et de sentiments nous habite qui nous ramène sans cesse à l'agressivité, à la crainte, à la tristesse, bref : au négatif.

² C'est là, dans cette pauvreté et cette détresse, que nous parvient le message de joie du prophète :
"Dites à ce qui sont abattus :
 Prenez courage, ne craignez pas ;
 voici votre Dieu qui vient : il vous sauvera !" (Is 35).
Oui, le Seigneur est proche ; il vient pour pardonner les péchés de son peuple,
pour nous libérer de toute captivité spirituelle et pour "illuminer nos ténèbres";
Désormais, même si nous sommes pauvres, nous savons quoi faire de notre pauvreté,
et c'est cela, la grâce de l'Avent.
            Puisqu'il est l'Emmanuel, "Dieu avec nous", toute solitude devient illusion,
            puisqu'il vient à notre secours, l'amour en nous peut bannir toute crainte,
car "si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?"
            puisque Dieu "illumine pour nous son visage", par un sourire de miséricorde,
toute tristesse désormais renierait un amour
D'où l'insistance de Paul :"Soyez toujours joyeux, je le répète : soyez joyeux !"
Si le Christ ressuscité a daigné faire de nous les collaborateurs de son œuvre messianique,
nous pouvons Lui faire l'honneur d'être heureux avec lui,
heureux de lui, heureux en lui et pour lui.

² C'est alors que "la paix de Dieu gardera elle-même nos cœurs et nos pensées",
et que "notre sérénité" dans la vie posera question aux hommes et les attirera à l'espérance chrétienne.
C'est alors que, transformés par la joie du Christ, nous retrouverons notre souplesse spirituelle
et que l'Esprit de Jésus pourra nous mener "jusqu'à notre vérité tout entière".

Notre vie, - qu'elle soit brillante, obscure ou douloureuse –
retrouvera toute son urgence prophétique ;
relayant nos paroles, elle témoignera elle-même de Dieu et de son Christ.

Le Messie, dont parfois nous avons méconnu la présence, trouvera en nous de nouveaux précurseurs, et nous mériterons ce témoignage que l'évangéliste a rendu au Baptiste :

"Jean n'a fait aucun miracle, mais tout ce qu'il a dit du Christ était vrai".

 

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