Le jour de l'Alliance

Mc 10,6-9

Col 3,12-17

 

 

 

 

 

Aujourd'hui, à cause de vous, pour vous, avec vous, tout est à la fête : votre église est fleurie, vos deux familles, à qui vous devez tant, sont réunies, vos amis sont là en grand nombre, et vous-mêmes, vous voilà toute belle et tout beau, pour ce jour qui va rester dans votre souvenir et dans le nôtre comme le sommet de votre jeunesse chrétienne.

 

Mais tout cela, tout ce qui se voit et s'entend, n'est encore que l'écrin. Le joyau, aujourd'hui, c'est votre amour, un amour qui a grandi au long des mois, qui est devenu plus lucide, plus réaliste, et que vous voulez sceller pour toujours, dans le Christ Jésus, comme une alliance entre vous et une alliance avec Dieu

 

 

²  L'alliance entre vous va se dire en un instant très bref, par vos deux oui échangés, mais elle va se déployer tout au long de votre vie commune, librement, joyeusement, courageusement, par la confiance en l'autre, par la connivence des deux regards, par l'harmonie des corps, par la volonté réaffirmée chaque jour de vivre ensemble et l'un par l'autre, et de vous mettre ensemble au service de la vie.

Cette alliance, vécue au quotidien, va réclamer le meilleur de vous mêmes et vous appellera souvent au dépassement de ce que vous êtes. La charte de cet amour toujours en devenir, vous l'avez ensemble méditée dans la lettre de Saint Paul que vous proposiez tout à l'heure à notre réflexion.

 

"Revêtez votre cœur de tendresse", dit Paul. C'est la partie facile et riante du programme, et il est clair qu'aucun couple au monde n'a besoin de prendre ailleurs des leçons de tendresse. Mais la tendresse des époux chrétiens doit rester entre eux, les années passant et en dépit des pesanteurs inévitables, un chemin de bonté, une volonté de faire le bonheur de l'autre. Or, s'il est une usure qui guette les couples, c'est bien la lente érosion de la bonté. Car l'agressivité est là, à la porte du cœur, qui répercute les impatiences, les déceptions et les manques d'égard.

 

C'est pourquoi Saint Paul ajoute :"revêtez votre cœur d'humilité, de douceur, de patience". Trois mots souvent dévalués, et qui pourtant mettent un foyer en prise directe sur l'Évangile de Jésus. Tôt ou tard viennent des moments où il faut se situer humblement l'un en face de l'autre, où il faut écarter avec humour toute volonté de puissance on de mainmise sur l'autre, sur ses goûts ou ses convictions. La douceur arrange tellement de choses dans les mille choix et les mille heurts de la vie quotidienne, la douceur qui est la vraie force chrétienne, la force de ceux qui ne veulent pas passer en force ! Et si la douceur laisse ainsi à l'autre tout son espace, la patience lui laisse le temps, le temps pour se dire, pour se comprendre et pour changer.

 

Car tout n'est pas acquis au jour de l'alliance, même si les deux époux s'engagent avec toute leur loyauté et avec un vrai désir de s'effacer pour le bonheur de l'autre et celui des enfants. Pour continuer à bâtir ensemble, pour assumer ensemble les joies et l'insécurité, les époux sont amenés à se porter mutuellement et à s'accepter mutuellement tels qu'ils sont, tels que la vie les a faits. Au jour le jour on pardonne beaucoup au conjoint ; mais le plus dur parfois est de lui pardonner d'être lui- même, et de le rester. Quelle joie au contraire, pour un foyer, et quelle force tout au long de la vie, quand le dialogue va jusqu'au fond des choses, et quand chacun est assez oublieux de soi pour promouvoir l'autre dans sa différence !

²  Cette alliance que vous nouez entre vous, inaltérable, vous la scellez devant Dieu et vous la concluez avec Dieu. Le Christ Jésus, que vous prenez à témoin de votre parole, sera jusqu'au bout le lien vivant de votre amour.

Car cet amour vous dépasse tous deux, et le sacrement de mariage que vous allez vous donner l'un à l'autre par votre promesse, vous insère dans l'Église comme une nouvelle cellule vivante, comme un nouveau foyer de rayonnement, et comme un relais de la tendresse du Père.

 

Chacun de vous reste comptable devant Dieu de sa propre vie, de sa propre liberté ; mais désormais, dans la communauté des croyants, vous aurez à dire "nous", c'est-à-dire "moi et lui", "moi et elle", "moi par lui", "moi par elle" ; et plus généreux sera votre témoignage de foyer chrétien, plus le Seigneur resserrera lui-même les liens de votre fidélité, de votre confiance, de votre attachement réciproques.

Appuyés sur la force de Dieu, en son nom vous accueillerez la vie à votre foyer; C'est votre  grand désir : ce sera votre joie et votre fierté ; et en réponse à cet acte d'espérance, Dieu fera de vos enfants ses fils et ses filles. Vous leur transmettrez la foi que vous avez reçue, et souvent leur présence, leurs questions, leur regard vous feront grandir vous-mêmes dans l'authenticité de votre engagement. Vous le savez, il n'est pas de catéchisme plus convaincant ni plus ineffaçable que la vie des parents chrétiens. Pas besoin de mots ni de phrases : c'est la vie qui parle, aux grands moments comme dans les choix journaliers.

 

Charles, Mathilde,

 

au moment où nous allons être témoins de votre promesse, où nous allons vivre avec vous, intensément, ce moment de joie et de gravité, c'est cette vie heureuse et généreuse que nous souhaitons pour vous et que pour vous nous demandons au Seigneur.

 

            "Que dans vos cœurs, sur une longue route, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés", en foyer, en famille, en Église.

"Que la parole du Christ, qui a illuminé ces semaines de préparation, continue d'habiter votre amour avec toute sa richesse".

Que l'Esprit Saint mette en vous sa force et sa douceur, pour que chaque jour "vous chantiez à Dieu votre reconnaissance".

"Et que tout ce que vous direz, tout ce que vous ferez, pour le bonheur de votre maison ou la joie de ceux qui vous entourent, que ce soit au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant pour lui votre action de grâces à Dieu le Père".

 

Page d'accueil

Homélies nouvelles