Mené, téqel uparsin

Dn 5

 

 

 

 

 

 

 

²   Le roi change, de Nabuchodonosor on passe à Balthazar, mais les choses se corsent. Cette fois c'est par une volonté délibérée et dans un dessein ouvertement sacrilège que le roi, avec son entourage de plaisir, a bu jusqu'à l'ivresse dans les vases sacrés de Jérusalem, en chantant des hymnes à la gloire de ses dieux.

 

Et voilà qu'une main écrit sur le mur, à la lumière du candélabre, la main de Celui qui tient toutes choses en son pouvoir, y compris le souffle et la destinée des rois. Ce qui est écrit ainsi solennellement a de quoi glacer d'effroi le roi qui le déchiffre : Mené, teqel uparsin, c'est-à-dire : Compté, pesé, et partagé. Et Daniel d'interpréter aussitôt : Compté, le nombre de tes jours. Pesé ton poids réel dans la balance. Partagé, ton royaume.

 

²   Au-delà de l'histoire et du châtiment du sacrilège, nous lisons, nous aussi, les trois paroles mystérieuses, pour en nourrir notre méditation. Il est compté, le nombre de nos jours, et nous avons à "venir de cœur à la sagesse", c'est-à-dire avec pleine intelligence. Il est si important pour nous de nous souvenir que "nous n'avons pas ici-bas de cité permanente", et que la seule chose qui nous attendra auprès du Seigneur, c'est la bonté dont nous aurons vécu. Le monde pense autrement, et se livre à d'autres calculs, mais Jésus revient de loin en loin avec la question de sa parabole :"Ce que tu as préparé, qui l'aura ?"

 

²   Pesé, le poids réel de ta vie. Or ta vie pèse uniquement son poids d'amour, l'amour que tu acceptes, et surtout l'amour que tu donnes, à fonds perdu, à vie perdue et retrouvée. Il y a tant de manières de bâtir sa vie, sur le savoir, jamais étanché ; sur le pouvoir, toujours partagé ; sur le valoir, toujours contesté. Et l'amour reste pauvre au fond du cœur, parce que lui repose sur la gratuité et l'oubli de soi ; l'on n'aura pas vécu si l'on n'a pas aimé, si l'on n'a pas ouvert les mains sans les refermer, si l'on a invoqué la rudesse de la vie pour ne pas s'oublier.

 

²   Partagé, ton royaume. Ici on quitte le bilan pour aborder la prospective. L'avenir de l'égoïste ne sera que partage. Il fera deux parts dans son temps, dans sa liberté, dans son cœur. La part qui sera soumission au Seigneur de l'appel, et la part de la fantaisie, du confort et de l'amour propre. Il vivra en homme partagé, dans ses désirs comme dans le don de lui-même, et la part qu'il aura donnée à Dieu lui apparaîtra toujours trop mesquine. C'est maintenant qu'il faudrait donner tout à Dieu ; c'est maintenant qu'il lui faudrait être l'homme d'une seule idée et passer tout entier dans le don de lui-même. Le bonheur, tel que Jésus l'entend, est à ce prix, et il a donné sa vie pour nous le faire comprendre.

               

Mené, téqel uparsin : c'est écrit sur le mur, de la main de Dieu.

 

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